Pourquoi les ados font la tête à Facebook

Pourquoi les ados font la tête à Facebook

Facebook, le plus vieux média social, devient-il un média social de vieux ? En tous cas, la génération Z (les 13-18 ans) font la tête à l'immense livre en ligne des visages. Et le géant américain semble anticiper la désertion des ados du réseau en ciblant de plus en plus les seniors. 

L'usage a changé

4 ados français sur 5 possèdent un compte sur Facebook, mais en France, la part des 13-19 ans inscrits est passée de 85% il y a deux ans à 78% aujourd’hui. Aux Etats-Unis cette fois, 3 millions d’ados ont supprimé leur compte entre 2011 et 2014, traduisant un sentiment de lassitude vis-à-vis du site. Parallèlement, les plus de 40 ans sont de plus en plus nombreux à s'inscrire sur la plateforme. En 2009 en France, seuls 10% des 40-59 ans se connectaient à ces services. Depuis, cet usage a fortement progressé parmi ces internautes pour atteindre en 2016 presque 40%. Les plus de 70 ans s'inscrivent également de plus en plus massivement, voyant dans Facebook l'opportunité de tenir un album de famille interactif. 

Facebook reste quand même le premier réseau social chez les "teenagers" outre Atlantique. 60% des ados américains y vont tous les jours…mais l'usage a changé. On va sur Facebook pour vérifier ses notification comme on se rend sur sa boite mail, ou pour rassurer ses parents en publiant une photo qui sert de vitrine.  Le réseau social historique est donc moins populaire auprès des ados qu’Instagram, mais aussi Snapchat, Vine et Twitter. 

Alors, pourquoi les ados boudent-ils Facebook ? Tout d'abord à cause des adultes, qui se sont mis à vouloir y surveiller leurs enfants en contrôlant leurs publications ou en commentant abondamment leurs posts, ce qui peut produire un effet aussi gênant qu'un père ou qu'une mère qui entre dans une chambre sans frapper à la porte. La concurrence peut remercier tous les parents de la planète : il n'y avait pas de meilleur moyen pour faire fuir les collégiens et les lycéens sur d'autres plateformes sociales. 

La deuxième cause est Facebook lui-même, qui, en voulant devenir une plateforme globale, un web dans le web, a perdu sa dimension de réseau social, pourtant si recherchée par les adolescents  : aujourd’hui, on observe ce que l’on pourrait appeler une haussmanisation de Facebook : autrefois, c’était un réseau quasi confidentiel, un tissu anarchique de « profils » à retrouver. On s’y perdait presque. Aujourd’hui, le plan de Facebook parait dégagé. Tout y est concentré, ordonné, indiqué (colonnes avec les applis, les groupes, onglets permettant de différer la lecture d’un article…). 

Avec la mise en place d’Instant Articles, de plus en plus de médias traditionnels y font leur place. Or, les plus jeunes n’ont pas forcément envie de se rendre sur Facebook pour lire la presse de leurs parents, mais plutôt pour y découvrir des liens insolites repérés par leurs amis. 

Pays émergents, ados conscients 

Face à ce processus de désertification, le géant américain lorgne les pays dits émergents, où il cherche à apparaitre aux yeux des ados comme une solution pour accéder à une information globalisée. Moins personnalisée, moins ethno-centrée, plus libre. Le réseau fondé par Marc Zuckerberg totalise 60 millions d’utilisateurs actifs quotidiens en Afrique subsaharienne, ce qui représente 8 % des 1,4 milliard d’utilisateurs dans le monde.

Facebook a annoncé récemment une nouvelle technologie qui permettra l’accès à Internet dans les régions où la connexion est lente ou sporadique, (en 2G) et qui permettra aux utilisateurs de rédiger - même sans réseau - des commentaires sous forme de brouillon. Ils seront automatiquement téléchargés dès la connexion rétablie.

Ces fonctionnalités s’adressent aux pays émergents qui se connectent sur des réseaux à faible débit, principalement depuis leurs téléphones. Mais elles pourraient aussi être utiles dans les pays développés - là où les connexions sont mauvaises ou coupées, comme dans un tunnel ou parmi une foule.

Comme le fil d’actualités est la page la plus importante de Facebook, l’algorithme détectera les articles qui n’ont pas encore été lus et les afficheront selon un ordre de préférence qui prend en compte les habitudes de lecture de l’usager. Ainsi, dès la moindre connexion, aussi faible soit-elle, il n’y aura pas d’attente pour que la page se "rafraîchisse". 

Mais, les pays dits émergents n’ont pas dit leur dernier mot et l’heure semble plutôt à l’émancipation vis-à-vis de Facebook qu’à la dépendance dénuée d’esprit critique. Pour s’en convaincre, il suffit de se rappeler la lettre cassante qu’a adressé le régulateur des télécoms de l’Inde (Telecom Regularoty Authority of India, TRAI) lundi 18 janvier  au réseau  social qui dénonce son lobbying médiatique en faveur d’un de ses services. Les ados semblent saisir, peut-être avec davantage de maturité qu’en Europe et qu’en Amérique du Nord, les enjeux que posent l’hégémonie de Facebook. Sur le continent africain,les réseaux sociaux made in Africa sont de plus en plus nombreux. MXit, premier réseau social en Afrique du Sud, revendique plus de 10 millions de membres actifs et près de 35 000 nouvelles inscriptions quotidiennes.

Autre tendance : les Digital Natives du Sud sont de plus en plus attirés par des réseaux sociaux dont les modèles économiques répondent à de réelles nécessités sociales. En témoigne la pléthore de réseaux sociaux dédiés aux initiatives qui visent à créer des projets dans les secteurs de l’éducation, de la santé ou de la religion. Ushahidi, par exemple, qui signife témoignage en swahili, est une plate-forme de crowdsourcing qui cartographie les zones de tension et de crises sociales. Elle est utilisée par de nombreux médias et ONG internationaux, tels qu’Al Jazeera ou l’ONU.

Facebook parie sur les seniors

Alors, Facebook, un média de vieux ? Les séniors, ou plutôt les digital silvers (ceux qui ont fait naître le numérique), pourraient devenir la cible privilégiée du plus vieux média social du web 2.0. (My Space existait sous le web 1.0). D’ailleurs, Facebook semble parier sur les plus âgés en proposant de plus en plus de services à la personne via messenger (conciergerie, soins à domicile.…). Les séniors aiment à avoir une plateforme inclusive, qui intègre, sur une interface intuitive et au design agréable,  contenus d’information, services et espace d'expression spontanée. Avantage de taille pour le groupe américain : les seniors sont une cible bien plus stable que les jeunes, dont les usages changent au gré des tendances. 

Ainsi, Facebook est entrain de devenir tout le contraire d’une plateforme à l’instar de Snapchat, qui sait que  les jeunes aiment se montrer en s’effaçant, se cacher là où on ne les attend pas. Snapchat que Facebook n’a pas réussi à racheter.

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Journaliste médias à Intégrales Mag et à Socialter en même temps ; sème aussi des chroniques, notamment à Sud Radio (Le Brunch Médias) ; intervenante au Celsa "nouveaux médias".
Twitter : @ClaraSchmelck
myslowmedia@tumblr.com

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Commentaires

  • l’étude est bien vaste et ciblée, felicitation Clara-Doïna Schmelck

  • votre étude n,indique pas le taux de couverture par fb.une chose est certaine les ados sur la toile avec les portables.faut il en prendre comme élément des ados.le haut débit existe dans certains pays émergents.une chose est évidente les media sociaux influencent les seniors.

    • après avoir lu a tête reposée le billet,je pense la cible est bien vue.

      • tu es déjà une grande journaliste.régulièrement,je lis tes billets.

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