Produire l’info sur le long temps. C'est la nouvelle tendance des médias sur web. Comment le net est-il devenu un support pertinent pour un modèle qui fut longtemps l'apanage du papier, le journalisme « long format » ? 

 

Le format long sur le web, un genre à part 

Les magazines Ulyces, Ijsberg Magazine, Le Quatre Heures, la nouvelle formule de StreetPress...les chaînes TV s'y mettent aussi : RFI/France 24 nouvelles écritures a par exemple proposé plusieurs webdocs depuis 2013.  Le choix de ce support paraît paradoxal, quand on sait que le web s’est construit sur un modèle d’information courte, répondant à une logique du clic. 

"Le tour du Maghreb, un web doc France 24 : http://http://webdoc.france24.com/TourMaghreb/"

Mais, l'apparition récente de nouvelles formes de storytelling digital a changé la donne : les formats longs sur le web sont entrain de s'émanciper des cadres de la narration empruntés au roman ou au port-folio, pour constituer un genre à part. Avec l’essor d’outils à l’instar de Racontr ou de snowfall, et, dans le même temps, le développement des nouvelles écritures par les sites internet des chaînes de télévision, le journalisme long format rencontre des lecteurs sur le web. 

Créer de nouvelles interactions 

L'information connectée a laissé les lecteurs contracter l'habitude d’entrecouper les articles de commentaires, au risque que les événements se trouvent submergés, voire déformés par les opinions. Un mode d'interaction qui finit par agacer, et auquel de plus en plus de lecteurs préfèrent l'immersion. Le format long, qui privilégie justement l'immersion, permet au lecteur de se plonger dans les faits, au lieu de s'écouter les commenter. 

Frankie Taggart, correspondant de l’Agence France Presse à Dakar, a voulu informer de l’épidémie en décrivant la maladie telle qu’elle s’est immiscée progressivement dans la vie des gens.

Pour faire comprendre Ebola comme phénomène vécu, Taggart a pris des risques. Il s’est enfoncé pendant onze jours, avec une équipe de l’AFP, dans une hot zone d’Ebola, à l’est de la Sierra Leone. Dans son reportage « Au lit avec Ebola », le journaliste décrit comment la maladie se propage peu à peu dans les gestes et conditionne les craintes du quotidien. 

Le prix de l'information 

Si les faits sont présentés tels des flash ex nihilo, les gens réclament des contenus consommables  gratuitement. En revanche, les lecteurs acceptent plus aisément le fait que produire des formats respectueux de la temporalité des événements implique un coût qu'ils doivent assumer s'ils tiennent à lire une information de qualité. En 24h, le bi-média Terra Eco, qui développe des débats économiques et sociétaux que l'on peut qualifier de dossiers long format, a réuni plus de 15 000 euros sur Ululle.fr, une plate-forme française de levée de fonds.

Un parallèle est amené à s’établir dans les mentalités entre l’idée qu’un événement se constitue lentement et non sans obstacles et l’idée que la production raisonnée de l’information n’est pas gratuite et sans embuches, elle non plus. Le slow journalism marquera t-elle la fin du tout gratuit dans la presse sur le web ?

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Journaliste médias à Intégrales Mag et à Socialter en même temps ; sème aussi des chroniques, notamment à Sud Radio (Le Brunch Médias) ; intervenante au Celsa "nouveaux médias".
Twitter : @ClaraSchmelck
myslowmedia@tumblr.com

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