Moines‑Mendiants‑Wylie‑1.jpg/ 401 × 407 - Des moines mendiants au Moyen Age/ interet-general.info


Quand on veut abattre un arbre ou l'immeuble d'une administration d'organisations de malfaiteurs, il faut atteindre les fondements ou les racines. C’est pourquoi chasser les mendiants des rues de Dakar n’est pas une solution mais bien l’expression d’une impuissance jusqu’ici cachée pour combattre efficaceent la pauvreté,le vol,la corruption.l'injustice,le chômage et d'autres problèmes...

Tiken Jah Fakoly s’interroge : « Où veux tu que je m’en aille ? »

Chasser les mendiants de Dakar, vous les retrouverait à Mbour, à Tivaone, à Thies, à Zinguinchor.Imaginez vous un mendiant dans la belle et généreuse nature de notre chère Casamance. Imaginez un mendiant à quelque pas des mines de Sabadola.C’est un crime.Un crime collectif exécuté par l’Etat et parrainé par un peuple qui refuse de s’instruire, de travailler, de s’aimer et de partager équitablement, même avec ceux qui ne peuvent rien faire ou à qui, à cause de quelques handicaps naturels ou accidents graves,ont été marginalisé dans les études et dans la formation pour intégrer certains secteurs de production,comme si un bras coupé ou le fait ne pas pouvoir marcher empêchait fatalement d’être un grand mathématicien ou un grand philosophe.

Cette idée est grave et me révolte ,surtout quand elle vient d’un premier ministre censé être parmi les spécialistes du droit particulier de notre Etat et du droit universel qui s’occupe de tous hommes. Chasser les mendiants des rues de Dakar, c’est affirmer que nul n’a le droit d’emprunter les rues de Dakar s’il n’a point avec lui le pouvoir de subvenir à ses propres besoins. Autrement dit, il se pourrait que nous autres très pauvres et pourtant travailleurs, que nous soyons aussi un jour ou l’autre appelés à faire nos bagages.

Si le droit de séjourner à Dakar et de se déplacer dans les rues de Dakar dépendait seulement du pouvoir d’y survivre sans tendre la main à personne, certainement les rues de Dakar seraient aussi désertes qu’elles le sont quand arrive le Magaal de Touba ou le Gamou de Tivaone ou le pélerinage de Popenguine.

Et pourtant le premier ministre a raison. Lorsque l’on est premier des ministres d’un gouvernement dont le prince se félicite publiquement d’avoir créé de nouveaux riches en quelques années et une nouvelle bourgeoisie à côté de celle que Abdou Diouf et Senghor ont produites, et qu’en même temps on voit le taux de mendiants augmenter de jour en jour jusqu’à se placer parmi les faits sociaux les plus répandus, il y a de quoi chercher à exiler les mendiants des belles rues de Dakar, craignant que certains esprits pervers ne se disent que c’est en renforçant le taux et le degré de pauvreté dans la cité que tous les princes ou quelques princes du monde créent la richesse de leur cour.

A propos du nombre des mendiants dans les rues de Dakar,on peut en effet paraphraser le sociologue français Emile Durkheim dans son ouvrage intitulé Le suicide :chaque société est déterminée dans son organisation et dans son fonctionnement et par d'autres facteurs naturels ou culturels, à fournir un "contingent" déterminé de mendiants dans les rues de ses cités.Autrement dit,le problème n'est pas le mendiant unique dans la rue ou l'armée des mendiants dans les rues,mais bien ce qui dans l'organisation et dans le fonctionnement de la société au sein d'un environnement physique,produit silencieusement le mendiant.Ensuite chercher à savoir si cette cause est nature ou culturelle ou une combinaison de divers facteurs dans ces deux genres de causes,est maîtrisable.Tel est le problème et ce n'est pas la force brutale qui va le résoudre.Car s'il suffisait de cette force pour venir à bout des maux de la cité, les eaux des marigots et des fleuves indésirables en certains lieux de la cité seraient déjà bues par ces forces.

"Où veux tu que je m'en aille?"

C’est un crime, un génocide au même titre que celui du Yopougon ou même l’extermination des juifs, car il s’agit ici comme là-bas d’une liquidation barbare et ou très rusée d’une classe d'individus sélectionnés par les critères de la race ou par l’appartenance politique ou par l’appartenance religieuse ou encore par...au profit d’une autre classe:celle des nouveaux riches qui estiment que la présence de la pauvreté est devenue très visible à Dakar malgré les belles parures de la capitale et que quelque part ce paradoxe pourrait amoindrir notre gloire.

« Où voulez vous que je m’en aille ?»

En tout cas nous autres "Baye Fall" de tout bord, marchant pieds nus et avec la même tenue sous le soleil comme sous le froid, nous n’irons nulle part. Nous ne sommes pas des mendiants dont le nombre permettrait de juger de votre bonne ou de votre mal gouvernance,car vous savez et votre chef et tout votre gouvernement le sait,nous existons bien avant vous et vous n'avez pas la mémoire aussi oublieuse pour ne pas savoir autre chose de nous.

Nous ne sommes pas des pauvres que votre système a créés:c'est Serigne Touba et Cheikh Ibra Fall qui sont nos maîtres et c'est eux qui ont créé cette voie, cette manière de vivre que nous suivons et qui vous fait peur. Nous ne forçons personne à nous regarder et encore moins à jeter un centime dans notre écueil. Nous comptons sur le principe de solidarité islamique recommandé à tous les musulmans et par delà les musulmans et les chrétiens qui trouvèrent déjà ce principe chez les anciens, à tous les hommes de la terre, notamment aux prolétaires depuis Karl Marx.

Nous ne disons jamais "donnez moi l'aumone" mais bien "Lorsque nous empruntons les rues de Dakar et des autres cités du Sénégal,nous et les autres sans aucune infirmité,nous espérons calmer les handicaps de notre manque de formation professionnelle,nous espérons nous détourner des voies tortueuses que nous pouvions bien emprunter,en comptant sur tous ceux là qui pensent que tel Cheikh mourides ou tidiane ou kgadre, ou layène ou autre n'a jamais prié pour quelque femme ou quelque homme pour le voir devenir riche en vue de se verrouiller dans l'univers de l'égoïsme avec sa fortune.

Pauvre ministre premier de la liste de son chef qui crée des richards nouveaux hier pourtant mendiants ! Au lieu de dire à ces mendiants venus d’ailleurs que le Sénégal est une terre qui s’évertue à devenir une terre de Teranga et de satisfaction par la puissance de la solidarité, il ne trouve que cette horrible idée.

J’ai été très choqué l’autre jour de rencontrer un ancien blessé de guerre de l’armée sénégalaise dans les rues de Dakar. C’était la nuit et l’électricité était coupée. Mais j’ai pu voir qu’il portait un uniforme de l’armée sénégalaise où je voyais distinctement le drapeau national dont les lumières éclairaient suffisamment la ruelle où nous nous rencontrâmes dans un quartier envahi par les eaux de pluie mélées à celles des latrines.

Quand le jour arrive, il enlève l’uniforme, car il ne veut pas que les jeunes se disent que cette république ne mérite pas qu’on lui sacrifie un membre ou une vie entière, elle qui laisse ses braves jambars mourir dans la déchéance en pleine rue.

"Où veux tu que je m'en aille" et de quel droit voudrais tu m'exiler de cet Etat et de cette république auxquels j'ai donné et ma force et mon coeur dans les plus beaux moments de ma jeunesse?

Nous n’irons nulle part par la contrainte. Nous sénégalais, nous maliens, nous guinéens et tous les hommes nés dans d'autres cités qui n'on point su leur donner leur satisfaction, mendiant dans les rues de Dakar.

« Où voulez vous que je m’en aille ? »

Réfléchissez encore avec vos conseiller et votre prince avant de voir trop tard qu’en attaquant de manière aussi brutale des vies humaines certes très appauvries non pas seulement et tant par la nature, mais par des projets politiques macabres conçus et froidement exécutés par des hommes, vous attaquez de front toutes les femmes, tous les hommes qui sont prêts à jeter dans l’écueil de ces mendiants toute leur poche sans rien y garder au nom du principe du droit de tout homme à chercher les fruits de sa satiété sans faire du tort à personne et au nom du principe de solidarité entre tous les hommes de la terre.

Il s’agit encore de manière flagrante, d’une atteinte à la dignité humaine et au droit universel de tout homme à chercher partout sur la terre et par tous les moyens dont il dispose sans nuire à personne, les fruits de sa satiété.

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