Iqbal Hussain est le portraitiste du quartier rouge de Lahore. Dans son immeuble, la terrasse sert de restaurant, le
rez-de-chaussée d’atelier. Iqbal fait poser les prostituées. Et garde
leurs secrets.
En toile de fond, la belle mosquée Badshahi s’allonge sur son esplanade, vague de pierre de beige et d’ocre remplissant dramatiquement
l’espace. Au second plan, deux volières enferment quelques oiseaux et
des pots en terre. Autour, la vie se dessine. Des oies poursuivent les
passants puis retournent à leur place habituelle, près des volières aux
oiseaux. Un chien pelé au cou écrase sa tête contre le sol brûlant. Au
premier plan enfin, l’homme qui monte la garde vient de balancer son
mégot. Accrochées à un arbre, deux balançoires crottées. Tout est en
place. Il est 9 heures du matin en face de l’immeuble du peintre Iqbal
Hussain, juste devant Heera Mandi, le marché aux diamants,
quartier des prostituées de Lahore.
Là, en retrait, Iqbal s’affaire devant son chevalet qu’il a trimballé dans la rue. La mosquée n’a pas ses faveurs. Ce matin, il peint le
vieil édifice situé de l’autre côté de la rue. Un immeuble typique du
vieux Lahore, dans lequel il a grandi, dans lequel il vit toujours.
C’est sa boîte à bijoux. Alors, forcément, il y a déposé ses trésors.
Des Bouddhas rapatriés d’Afghanistan, une Marie en prière ou une statue
hindoue représentant un éléphant qu’il a posée, en pied de nez aux
intégristes, sur l’enseigne qui indique que l’immeuble fait aussi
restaurant.
« Il y a quelques jours, j’ai mis devant ma porte la statue d’une femme dénudée que j’aime beaucoup. Chaque fois qu’un religieux passe
dans la rue, il s’arrête devant elle. Et il a toujours l’air perdu », dit-il
avec un sourire malicieux. Il vient d’arrêter de peindre pour nous
montrer l’indécente. Son immeuble est décoré à l’intérieur comme à
l’extérieur à la manière d’un temple du syncrétisme et il sait bien que
cela aussi en irrite plus d’un au Pakistan.
Des peintures de demoiselles en sari
Iqbal Hussain est né à Heera Mandi. Les femmes de sa famille ont toujours dansé pour les hommes. Elles étaient les courtisanes du
Maharaja de Patiala qu’elles ont quitté en 1947 pour rejoindre la ville
la plus proche du nouvel Etat pakistanais : Lahore. Par instinct, elles
se sont dirigées vers le quartier traditionnel des prostituées et y sont
restées. Iqbal est le fils d’un client de passage. Aujourd’hui, il
signe les papiers administratifs et les livrets scolaires des enfants
sans pères d’Heera Mandi.
L’artiste abat peu de toile d’importance en extérieur. Il se distrait en crayonnant des vues de son immeuble ou de la rivière Ravi mais de ce
côté-là, il n’y a pas révolution. Le projet de sa vie, celui qui l’a
rendu célèbre à Lahore, est bien plus puissant et l’oblige à travailler
dans le secret de son immeuble. Ce projet, il l’a inauguré alors qu’il
était encore étudiant en art.
Iqbal peint les prostituées de son quartier. Certains l’appellent même le « Toulouse-Lautrec du Pakistan » et l’artiste d’Heera
Mandi n’apprécie pas toujours la comparaison. « Toulouse-Lautrec
était étranger au monde des prostituées. Il les peignait et il s’amusait
certainement avec elles. Moi, je fais partie de la vie de ces femmes »,
nuance-t-il alors qu’il s’apprête à faire poser l’une d’entre
elles.
Au rez-de-chaussée, là où sont entreposées des peintures de demoiselles en sari, une lourde porte encadrée de céramique
ouvre sur l’atelier. Le chevalet y fait son grand retour, placé au
milieu de la pièce. Il est assisté de deux fidèles statues de Moghols.
Dans un miroir, se reflète le visage blanc d’une toute jeune prostituée.
Allongée sur une banquette en face d’Iqbal, elle regarde droit dans les
yeux mais entre toujours par la porte de derrière, incognito.
Peindre, c’était « mélanger des couleurs »
Des tubes de couleurs sont jetés sur le sol. Au mur, le portrait d’une femme sur le dos, les jambes légèrement ouvertes. Iqbal trace les
contours de son amie sur la toile. La jeune fille lui parle de son
frère, de l’augmentation du loyer de leur maison. A 5h30 tous les
matins, Iqbal se rend au bazar et commande une tasse de thé. Il y voit
les débris de la nuit, des femmes qu’il a autrefois peintes, qui se sont
éloignées du quartier avec un client généreux et qui sont revenues à
moitié folles. Souvent, en fin d’après-midi, Iqbal et ses modèles
boivent une bière ensemble. Ils décompressent.
« C’est dur d’écouter les femmes d’Heera Mandi parler de leurs problèmes. Je me demande parfois comment j’arrive à digérer toutes ces
histoires. J’ai l’impression de peindre des cris silencieux »
explique-t-il après m’avoir demandé d’un air absent si je connais la
fameuse peinture de Munch, Le Cri.
A l’adolescence, la sœur d’Iqbal a commencé à prendre des cours de danse et de chant, comme le veut la tradition. Elle a ensuite fait vivre
le foyer en se prostituant. Grâce à elle, le fils de la famille a
étudié à l’université. Petit délinquant passé par la case prison pour
des histoires de bagarres, Iqbal a été repris en main par les hasards de
la vie. A vingt ans, il était lancé dans la peinture comme on apprend
la plomberie. Par besoin, sans jamais rêver d’être un artiste. Pour
Iqbal, peindre, c’était « mélanger des couleurs ». On est loin
des tralalas d’Henry Miller : “peindre, c’est aimer à nouveau” …
Artiste, Iqbal l’est devenu. Artiste maudit même. Après des années de galère, il eut en 1996 l’idée d’ouvrir un restaurant sur la terrasse de
son immeuble. Des drogués mourraient alors régulièrement dans le parc
longeant la mosquée Badshahi. Il fallut la visite de l’ambassadeur
américain Thomas Simons pour que le restaurant d’Iqbal décolle enfin.
Depuis, des Land Cruisers sont souvent garés devant l’immeuble devenu
une institution, à quelques pas de là où vivent les habitants les plus
marginaux du pays.
Heera Mandi n’existe déjà plus
Toutes ces années, la sécurité n’a jamais compté dans le quartier. Pour la première fois depuis bien longtemps, les prostituées sont
menacées par les extrémistes. Cinq petites bombes ont explosé le 21 mai
dernier à Tibbi City, la partie la plus pauvre d’Heera Mandi. Les
eunuques et les prostituées se sont vite retranchés dans leurs
appartements. Après avoir entendu les détonations, Iqbal s’est rué sur
le téléphone. Il a pris des nouvelles de ses modèles, de ses protégés.
Lui aussi dérange. Mais au moins, il ne doit plus se battre avec les autorités. « En 1984, j’avais organisé ma deuxième exposition.
C’était le régime de Zia. Le jour de l’ouverture, des policiers ont fait
irruption. Ils m’ont dit que certaines peintures étaient indécentes.
C’était stupide, il n’y avait rien d’obscène. Ils se justifiaient en
disant qu’on pouvait voir sous le tissu, en transparence, le bras des
femmes représentées », raconte-t-il alors que nous marchons dans
Tibbi City.
Récemment, une école coranique tenue par des fondamentalistes a été ouverte à Heera Mandi. Les religieux de l’établissement font courir une
terreur bien dosée dans les ruelles crasses. Bordels et familles de
prostituées se font plus discrets. Les pièces de tissus tendues devant
les habitations ne laissent passer aucun murmure. Autrefois éternelles,
les lumières s’éteignent et la musique s’essouffle, la nuit, dans la rue
principale d’Heera Mandi.
Pour Iqbal, Heera Mandi n’existe déjà plus : « Quand j’étais jeune, Heera Mandi était un quartier très différent. Les femmes étaient
belles et élégantes. Elles prenaient des leçons de musique et de danse
l’après-midi et réalisaient leurs performances le soir. Elles
travaillaient aussi lors de mariages ou d’anniversaires et obtenaient
ainsi la bénédiction de la communauté. Elles n’étaient pas seulement
considérées comme des prostituées ».
Iqbal ne sort plus beaucoup dans le quartier. Son temps, il le passe avec sa famille. Avec ses filles qui ont fait des études et ne vendent
pas leurs corps. Avec ses modèles, qu’il invective en utilisant le
langage ordurier d’Heera Mandi quand elles n’arrivent pas à l’heure. Il
ne fréquente pas l’élite qu’il régale dans son restaurant. Il préfère la
compagnie des prostituées et réfléchit beaucoup à sa condition
d’artiste.
Photographie prise par Lou
en ligne: http://lechodeshalimar.wordpress.com/
Aline marie-christine ZOMO-BEM a promu le blog CE QUE JE PENSE DE LA FÊTE NATIONALE DU CAMEROUN A PARIS de Aline marie-christine ZOMO-BEM
Une vidéo de Simon DECREUZE a été présentée en exclusivitéAjouté(e) par Simon DECREUZE
Ajouté(e) par Awa Seydou, Journaliste
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26 mai 2013 de 10:00 à 18:00 – La Grange
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Démarrée par lawson melli dans Actualité et débats il y a 50 minutes. 0 Réponses 0 Promotions
Bonjour à tous,Se renseigner sur le site web:www.msvd.orgNous rejoindre sur Facebook:Msvdtogo AsTél 003362714683/ YVES/chargé de communication internationale.Faire…Voir la suite
Démarrée par ATITSOGBE dans Actualité et débats il y a 19 heures. 0 Réponses 0 Promotions
Vous êtes étudiants, fonctionnaires, groupe d’amis ou de scouts et vous avez toujours rêvez de connaitre l’Afrique dans touts ses réalités bien sur en vous rendant utile en participant a un projet de…Voir la suite
Démarrée par ATITSOGBE dans Actualité et débats il y a 19 heures. 0 Réponses 0 Promotions
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Démarrée par lawson melli dans Solidarité et Humanitaire il y a 21 heures. 0 Réponses 0 Promotions
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