Paris Photo, de Paris à Los Angeles...

Alors que paradoxalement la photographie n'a jamais été aussi présente dans les réseaux sociaux et à la fois aussi dépréciée par certains médias au point de mettre à mal le métier de photographe, voilà qu'elle confirme son entrée haut de gamme sur le grand marché de l'Art comme en témoigne la réussite de la dernière édition de Paris Photo au Grand Palais.

Le week-end dernier Paris accueillait la foire mondiale dédiée à la photographie : 143 galeries, 35 pays représentés, sous la direction artistique de Julien Frydman pour une 18ème édition qui s'annonce déjà comme un succès marchand et critique!

Badauds, curieux et professionnels... 60.000 visiteurs armés de patience prêts à en découdre pour découvrir la collection vintage Alkazi provenant d'Inde, Avedon et son portfolio inédit, les dernières acquisitions du Moma, les œuvres de Nicolas Dhervillers... pour rencontrer les Martin Parr, Richard Prince et autres Bettina Rheims. Une fois parvenus à entrer, les esthètes découvrent les stands de chaque galerie, organisés comme des salons intérieurs, regorgeant de photos de renom, avec des hôtes d'accueil prompts à séduire des acheteurs potentiels.

The show must go on comme l'atteste aussi la présence de nombreuses personnalités du show biz et des politiques, de Jane Birkin à Éric Cantona, ou de Jean-Jacques Aillagon au couple Jack et Monique Lang. Bienvenue à Paris Photo !

Au-delà de l'évènement, il existe une autre bulle que la verrière du Grand Palais, celle du marché de l'art où les prix montent très vite lorsqu'il s'agit d'acquérir ce que tous les autres convoitent ou bien de dénicher le photographe encore peu coté mais dont les œuvres s'envoleront dans les années à venir. Qu'est-ce qui fait d'une photographie une œuvre d'art ? Difficile de répondre, tant la subjectivité et l'irrationnel parfois entrent en compte, si ce n'est qu'elles ont comme dénominateur commun cette fameuse cote, fruit de la rareté du tirage et de l'écriture de son auteur. L'esthétique n'y a pas toujours sa place. Je vous renvoie à ce sujet au très bon article signé Eric Karsenty, Gwenaëlle Fliti et Camille Lorente paru dans le dernier numéro de Fisheye magazine (n°9 novembre-décembre 2014) qui dresse le panorama de cette fièvre récente.

Quelques exemples d'œuvres dont les ventes ont vite atteint les sommets : des vintages d'Agnès Varda acquis par l'International Center of Photography de New York de 8000 à 10.000€, les Still Life de Valérie Belin par des collection privées (30.000€), le portrait de Stromae par Daniel Templon vendu 120.000€, enfin Exasperated boy with hand grenade de Diane Arbus vendu par la galerie Howard Greenberg pour un montant de près de 500.000 dollars. A la quasi unanimité, les galeristes présentes déclarent qu’il s’agit bien là de leur meilleur cru. L’édition 2014 fut particulièrement exceptionnelle tant par son offre éclectique que sa capacité à fédérer les collectionneurs, les curateurs et de très nombreux groupes d’amis de musées internationaux. On souligne également la présence de près de 200 photographes : Raymond Depardon, Elliott Erwitt, Alberto Garcia-Alix , Jean-Paul Goude, Paul Graham, JR, William Klein, Georges Rousse, Joachim Schmid, etc.

Fort de cette reconnaissance, Paris Photo s'exporte comme n'importe quelle autre marque avec une édition prochaine à Los Angeles dans les studios de la Paramount qui promet également un fort rendement.

Une fois passée la cohue et le grand chambardement des passionnés et des critiques, le succès de ce type de manifestation porte en lui ce que la photographie et ceux qui la font au quotidien rencontrent aujourd'hui : une profonde variation qui les tournent vers des horizons nouveaux. Faut-il le voir comme de nouveaux débouchés ou bien comme l'accaparement du 8ème art, cher à Lucien Clergue, par ceux qui savent transformer une photo en œuvre et une œuvre en dollars. Quoiqu'il en soit, les réussites de Paris Photo et de fotoever, ou bien la fièvre récente pour le livre photo, témoignent que la photographie ne va pas si mal ! Elle se déplace dans une mue artistique où les plus audacieux repartent avec des certificat attestant de l'originalité du tirage.

A bon entendeur!

F. Héron

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Iconographe freelance, spécialiste de la recherche d'images (fixes et animées), de la gestion d'images (base de données), du droit lié à l'exploitation d'images.

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