Où en est la presse en ligne française ?


La maison des métallos était investie, vendredi 22 octobre, par les acteurs et les penseurs de la presse en ligne française.
Organisée autour d'ateliers/conférences il était question de dresser un état des lieues de la presse en ligne.
C'est le jeune
syndicat de la presse indépendante d'information en ligne qui a initié cet évènement, l'occasion de fêter son premier anniversaire.

Quel modèle économique viable ?
Pour débuter, un état des lieux économique. Emmanuel Parody a distingué deux modèles. D'un coté la religion du clic. L'enjeu est d'attirer le plus de passants sur un article. Le revenu est basé sur la publicité, il faut donc être performant sur le référencement Google à travers l'achat de mots clefs et le SEO (le système qui détermine quels sont les premiers résultats sur une recherche via le moteur de recherche). Cette vision a ses limites, le marché de la publicité étant de moins en moins rentable pour les éditeurs.
En face, il y a une vision plus qualitative. L'enjeu n’est pas d’attirer le plus de monde possible mais des lecteurs intéressés, des personnes qui ne sont pas là par hasard. On perd en nombre de personnes qui passent sur le site, mais on gagne en temps de présence. Le grand roi n’est plus Google mais les réseaux sociaux. Emmanuel Parody rappelle qu'il ne faut pas s'attendre à recevoir autant de visites, mais celles-ci seront de qualité. En revanche, cela permet de mettre en avant une image de marque. Le média devient une référence, avec une ligne éditoriale précise et connue des utilisateurs qui se fidélisent.

Quelles sources de revenus ?
Lors de l'atelier consacré au médias locaux, chacun a présenté ses sources de revenus. Tout d'abord, la publicité, le principal conseil donné, le prix a fixer. Il ne doit pas être trop bas pour s’assurer une réelle rente, quitte à attendre d’avoir un lectorat conséquent pour proposer de la publicité. Vient ensuite l’offre de services, un média peut par exemple proposer des formations ou la création de sites internet ( c’est notamment une source de revenues pour Rue89 ou OWNI). Il y a le financement publique avec les subventions. Toutes ces solutions se complètent et sont modulables.
Et si le lecteur payait pour le contenu ?
Avec cette notion de marque, et de lectorat de qualité qui y est associé de nouvelles possibilités apparaissent. Il y a le système mis en place par Mediapart du tout payant ou la possibilité de faire payer l'accès à une partie du contenu.
Il y a également le soutien, j’aime alors je donne. C’est sur ce principe que repose le crowdfunding ( la levée de petites sommes par la foule ). Il existe différents modèles dont vous entendrez bientôt parler à l’atelier des médias. En France, l’offre est encore réduite mais des initiatives sont sur le point de voir le jour. Laurent Mauriac et Damien Ciroteau, nous ont présenté la future plate forme de don, jaimelinfo. Cette initiative a été lancée par Rue89 dans le but de servir à tous les acteurs de la presse en ligne.

Écoutez L. Mauriac et D. Ciroteau (2min. et 13 sec.)

Et l’arrivée des nouveaux supports ça change quoi ?
L’éclatement des supports est à la fois une source de financement complémentaire et un facteur de bouleversement éditorial.
En diversifiant les supports il devient possible de faire payer l'accès au contenu. C’est notamment le cas sur les tablettes type iPad ou avec la sortie d'une version papier. C’est aussi l’occasion d’offrir une visibilité supplémentaire à la marque. Sur ce point l’expérience de Rue89 est intéressante. Alors que cette idée de lancer une version papier d’un média en ligne était vue comme un jeu risqué, le bilan comptable est positif puisque cela n’a pas occasionné de pertes de capital; et puis surtout des lecteurs peu aguerris sur le web, on découvert la marque chez leur marchand de journaux.
Du coté rédactionnel, il faut également prendre en compte cette diversification des supports et cela peut devenir un vrai casse tête . Ici, pas de solution miracle, le maître mot est l'expérimentation et l'adaptation. Terra Eco qui est présent sur le papier, le web et les téléphones mobiles à senti la nécessité de réorganiser le processus de production de contenu. Initialement la première question était pour quel support ? les rédactions web et papier étaient alors distinctes. Finalement, ils ont décidé de commencer par la question quel contenu ? et de choisir ensuite de la manière de traiter l’information pour chaque support. Les deux rédactions sont à présents réunies.
La présence sur internet a permis une participation grandissante des lecteurs, vus comme des contributeurs. L’expérience web enrichit alors l’expérience papier; Rue89 choisit les meilleurs commentaires pour les intégrer au format magazine.
Sur le mobile et les tablettes, le tâtonnement est encore d’actualité et les médias présents ont avoué ne pas produire de contenus spécifiques pour ces supports ( de la même façon que les quotidiens papiers lorsqu’ils sont passés sur internet ).


Finalement qu’apporte la presse en ligne à l’information du citoyen ?
Pour finir cette journée, Edwy Plenel ( co-fondateur de Mediapart ) a animé le débat sur “les enjeux démocratiques de la presse en ligne”. La présence de deux sociologues amenant de la profondeur, et celle d’animateurs de campagnes nous ramenant à l’enjeu pratique des élections.
Un tour de la question : Internet et démocratie. Derrière la pratique du net, il y a une idée de massification, celle des usagers et celle des contenus. Tout le monde peut avoir accès à tout, tout le temps. Tout le monde peut également participer, agir, créer du contenu, ou réagir au contenu créé.
A cela deux contradictions. Tout d’abord la possibilité d’agir n'amène pas automatiquement à l’action, et face aux usages se dresse un discours paternaliste. Il faudrait éduquer et surveiller l’internaute, c’est bien ce qui sous-tend la mise en place en France de la loi HADOPI.
Faire société en ligne, se résume aujourd’hui à exposer des éléments de notre intimité sur internet, des éléments qui sont pré-existants à notre vie en ligne. Nous en venons au réseaux sociaux et leur présence grandissante dans les pratiques.
Ces réseaux ont étés intégrés par le politique. Une campagne électorale se passe maintenant également sur le net. Obama en est la figure de proue, c’est un usager des réseaux sociaux, et sa campagne a été l’exemple de l’impact que peut avoir le net dans la création d’un réseau de soutien.
Cela a notamment était le premier exemple de Foundraising, avec plus de 1milliard de dollars pour financer sa campagne.
En France nous en sommes assez loin. Une anecdotes emblématique : des hommes politiques demandant de se faire faxer des mails ! Les politiques ont compris l'intérêt d’Internet dans une campagne mais n’en maîtrisent pas les enjeux. Ils donnent donc les reines à des spécialistes.

En conclusion, internet est un outil de la démocratie, un nouvel espace pour faire société. Notamment à travers la liberté d’expression qui reprend ses lettres de noblesse. Mais tout ne s’y joue pas. Si une campagne électorale s’appuiera nécessairement sur la toile, cela n’en sera qu’un des aspects.

Et la création de contenu dans tout ça ?
Le travail journaliste doit lui aussi évoluer, s'adapter. J'ai demandé à Alice Antheaume ce que sera le journalisme de demain.
Écoutez Alice Antheaume (1 min. et 52 sec.)






Les photos que j'ai prises lors de la journée de la presse en ligne.

Pour compléter la lecture de cet article :
Un résumé quasi exhaustif réalisé en temps réel par EniKao de Owni.
La vision de Alice Antheaume sur son blog Work In Progress, pour une vision plus portée sur les enjeux éditoriaux et démocratiques.
Un article plus porté sur les détails économiques de la journée par Vincent Truffy de Mediapart.


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Commentaires

  • Merci Jessica pour cette synthèse qui m'a appris de nouvelles choses sur le syndicat de la presse indépendante d'information en ligne.
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