C’est le dernier volet de notre enquête participative sur les ordinateurs d’occasion envoyés par dizaine de milliers chaque année en Afrique occidentale. Que deviennent-ils en fin de vie ? Quelles solutions de recyclage existent déjà ? Quelles solutions sont à l’étude ? Avec vos contributions, quelques éléments de réponse.« Garantie de 2 semaines à 1 mois maximum… »Ces "plusieurs mains" comme les appelle l’un des animateurs de l’association Africa Reporters, nous les avions laissés sur le terre-plein du Port de Lomé, chez les centaines de revendeurs de matériel d’occasion des capitales africaines, sur les marchés « alignés comme des carottes », dans les cybers, équipés à 99% de ces machines parfois en fin de vie. Et après ? Selon Mamadou, journaliste à Conakry en Guinée, « tu peux acheter une machine occasion, quelques mois après elle commence à planter ou tu l'éteins et l'allumer devient un casse tête pour toi. » Forcément plus accessible « à la petite bourse, ce qui permet à la grande partie de la pauvre population d’Afrique de rester à la page », rappelle Edo depuis Kinshasa en République Démocratique du Congo, l’ordinateur d’occasion est aussi par définition…périssable et parfois à - très - court-terme. « Au début, il y a environ 10 ans, on trouvait très avantageux de se procurer un ordinateur à moins de 150 euros surtout pour les PME, raconte Touboui depuis Abidjan, mais aujourd'hui, on se rend compte que c'est un vrai piège pour les utilisateurs car ce matériel est vraiment trop obsolète et avec une garantie de 2 semaines à un mois maximum. Ne sachant aujourd'hui comment se débarrasser de ce stock indésirable, de grandes casses de matériel informatique se sont formées à Abidjan. »« Une dizaine d'enfants décédés à Dakar en 2008 »Les mettre dans « de grandes casses de matériel informatique » est un moindre mal pour se débarrasser de ces ordinateurs, dont les composants représentent un danger avéré pour la santé lorsqu’ils ne sont pas recyclés dans les règles. Amadou Diallo est coordinateur chez Enda Ecopole à Dakar, où l’association mène un grand projet de recyclage des appareils informatiques. Il rappelle que le rejet intempestif de ces déchets dangereux dans l’environnement et leur manipulation, par des enfants notamment, a provoqué il y a un an la mort d’une dizaine de personnes dans un quartier de Dakar :

Sans même aller jusqu’au drame évoqué par Amadou Diallo, Laré Némonka fait remarquer depuis Lomé au togo que « tout ce qui ne trouve pas preneur se retrouve sur les dépotoirs sauvages sans recyclage, à la merci des intempéries. Imaginons la suite après 10 ans ou 25 ans de plus sans réglementation des entrées des produits dérivés de nos pays… Sans doute des catastrophes. »Dakarois, John confirme l’état des lieux dressé par Enda et l’étend même géographiquement quand il écrit que « sur le plan environnemental, aucun de ces pays ou l'apport de matériel de seconde main est primordial ne possède pas la technologie de recyclage, tous les déchets sont mélangés et portés à la décharge sans aucun tri préalable. » Or, selon lui, « le vrai problème, c'est que nos populations et même nos autorités ignorent ou semblent ignorer totalement les dangers que représentent ces ordures électroniques. L’initiative de déjà y penser et créer le débat est la bienvenue, mais la sensibilisation chez nous doit être de proximité et si les solutions ne tiennent pas compte de cette réalité, c'est peine perdue ».Car aujourd’hui, certains d’entre vous le disent, les questions environnementales ne sont pas prioritaires en Afrique francophone, pour employer un euphémisme. Ainsi Abani estime-t-il depuis Zinder au Niger « que l'autre aspect qui pourrait être celui de la pollution est vraiment négligeable, » car écrit-il, "on ne peut faire des omelettes sans casser les œufs".Pour Emmanuel, toutefois, « la question se pose plutôt en terme d'urgence de mise à la disposition de moyens d'information sur les dangers de la mauvaise élimination de ces déchets. Donc à mon sens le danger provient plus du manque d'information sur les conséquences éventuelles de la destruction ou de l'exposition à ciel ouvert de ces déchets. Ne dit-on pas que mon peuple périt faute de connaissances ? »"Des enfants qui brûlent les câbles...et à côté d'autres qui jouent au football..."C’est ce qu’a pu constater Nyaba Ouedraogo à Accra au Ghana. Photographe burkinabé indépendant venu couvrir la Coupe d’Afrique des Nations en 2008, il a été sollicité par un chauffeur de taxi pour aller visiter un lieu « tabou » pour les étrangers, la décharge d'Aglogbloshie market. Une visite suivie de beaucoup d’autres dont il a fait une série de photos impressionnantes publiées sur plusieurs sites dont celui du magazine Géo …Or, malgré les fumées toxiques issues de la combustion des câbles des ordinateurs, personne ne semble se soucier des risques sur la santé des riverains.

S’il en existe peu, il y a quand même des structures de recyclage en Afrique occidentale ou au Maghreb. Trop peu toutefois, surtout si l’on considère la valeur de ces déchets que nous détaille Jean-Pierre : « récupération de pièces détachées et dé construction intelligente des machines: le fer, l'aluminium, le cuivre, l'argent et l'or sont récupérables ; la matière plastique peut être broyée et devenir un conteneur-poubelle ou de la laine polaire ... »

Récupérer ce qui peut l'être pour valoriser les vieilles machines et les revendre ensuite, c’est ce qu’ont commencé à faire les Ateliers du Bocage, signalée d’emblée par Philippe depuis la France. L’association est en effet l’une des rares structures en Afrique qui « recycle le matériel en générant des emplois sur place et réexpédie le matériel non traitable en France (en attendant mieux) ».L’un de ses membres, Sanou, est d’ailleurs membre de l’Atelier des Médias. Lors d'une précédente discussion sur le site de Web2solidarité, il y a détaillé les activités de cette association créée par une communauté Emmaüs en 1992 en France.En Tunisie aussi, il semble que les choses commencent à bouger. Selon Abdulkarim, son pays, est « en avance - tout est relatif - par rapport à nos amis africains - récemment nous venons de terminer la première phase du projet présidentiel de collecte des anciens p.c. qui consiste à faire des dons au profit des associations de recyclage . Notre association - a fait des pas très appréciables dans ce sens . Nous sommes arrivés à récupérer et revaloriser les composants électroniques des cartes mères et des disque dur et des moniteurs tout en les labellisant et contrôlant leur parfait état de réutilisation -seulement il reste beaucoup à faire malgré tout ! Après tout, conclut-il, nous sommes des bénévoles. »Les constructeurs commencent à bougerPourtant, le recyclage des D3E est un sujet d’actualité et les constructeurs, sans doute dans la crainte d’un scandale majeur qui affecterait leur marque, prennent eux aussi depuis peu des initiatives en matière de recyclage informatique et de prévention des déchets électroniques dans les pays émergents. Ainsi le fabricant Dell annonçait-il en mai dernier son projet de devenir « le premier constructeur informatique majeur à bannir l’exportation de matériels électroniques ne fonctionnant plus vers les pays en développement." Hewlett Packard, autre marque d’ordinateurs individuels lancerait quant à lui une série de projets de recyclage en Afrique du Sud (Cape Town) au Maroc et au Kenya selon un article du New York Times du 25 mai dernier.Mais en attendant que ces bonnes intentions soient suivies d’effets concrets, de nombreuses voix dans l’enquête menée ensemble prônent la mise sur le marché de matériel neuf à bas prix. C’est le cas de David professeur d'Arts Plastiques- Informaticien en Côte d’ivoire ou encore de Lisa. Membre de l’association APC, elle rappelle qu’ « il y a maintenant des ordinateurs écologiques à bas prix qui sont plus accessibles et qui peuvent fonctionner dans des conditions plus précaires (tel que le E2Même constat de la part de Chantal, Vice présidente de l’association Al Amal au Maroc qui ajoute que « de plus si on veut vraiment aider les gens ils faut leur envoyer du neuf et des modes d'emploi. Un bon vaut mieux que dix mauvais et le transport sera moins cher ». Ce qui ne l’empêche pas de travailler en parallèle au recyclage des vieilles machines puisque « le 31 octobre (2009 ndlr) nous officialisons un jumelage entre la Belgique et le Maroc. L'enjeu principal est justement cela : une aide au recyclage des déchets et une grande campagne de sensibilisation dans la vallée (sans prévention pas d'évolution). Des ingénieurs viendront sur place pour une bonne mise en route du projet. Nous avons déjà obtenu la subvention. »"Un monstre qui nous montre seulement sa tête..."« Il devient donc urgent d’appeler les Africains à une prise de conscience sur les risques environnementaux et sanitaires des e-déchets, conclut pour nous Denis depuis Abidjan, en rappelant par ailleurs "qu’il existe une convention internationale (la convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontaliers de déchets dangereux et de leur élimination), qui s’applique à ce type de déchets. Trop souvent, des justifications telles que « la création de ponts sur le fossé numérique » sont utilisées comme excuses pour obscurcir et ignorer le fait que ces ponts font aussi office de pipelines pour des déchets toxiques vers certains pays et des communautés les plus pauvres du monde. Il est très clair que ce scandale sur les déchets doit cesser au plus vite et surtout, il faut qu'une harmonisation des différentes lois liées aux recyclages soit mise en place avec une réelle concertation, avec tous les pays occidentaux et pays du Sud. » Une urgence à en croire Laré Némonka pour qui ce problème est « un monstre qui nous montre seulement sa tête mais son corps est sous l'eau. »Un grand merci à tous ceux qui ont participé à cette enquête participative sur le recyclage et le réemploi des ordinateurs d’occasion. Le sujet est complexe et nous n’avons fait que l’effleurer mais si notre discussion s’arrête en tant que telle, rien ne nous empêche de continuer à échanger sur ce sujet passionnant. " Pourquoi déjà les douanes Européennes laissent passer ces ordinateurs ?" demandait par exemple Stéphane ? faisant référence à la complexité de la définition d'un déchet, un sujet que nous n'avons pas abordé. "Je pense que chaque partie a sa part de responsabilité, le mieux est d'imposer une charte dans laquelle il faut interdire l'importation des équipements informatiques vieux de plus de dix ans." suggérait pour sa part Abdramane auquel Algoet répondait du tac au tac que "cinq ans me paraît réellement être un matériel de seconde main au delà tous les excès sont permis." C'est dire si le sujet suscite encore des interrogations : n'hésitez pas à m'en faire part, voir à m'envoyer des images qui nous ont peu fait défaut sur ce thème des ordures électroniques et nous continuerons à travailler ensemble sur la question pour ceux que çà intéresse.Nous sommes toutefois prêts à lancer un nouveau sujet d’enquête, voir plusieurs en même temps, pourquoi pas…Vos idées de sujet sont donc les bienvenues, faites-les nous parvenir sur le site de l’Atelier des Médias, en cliquant ici.
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Commentaires

  • Bonjour, tout cela ne fait qu'accentuer ce perpétuel cliché qui nous colle à la peau si je puis dire, les grandes firmes du domaine informatique, comme microsoft avec la fondation de bill, organise-t-elle, ou consacre-t-elle des fonds à la formation sur place dans le domaine du savoir-faire du recyclage?

    Bonnes volontés, longue vie.

  • ce n'est pas une usine c'est tout juste une unité de recyclage dans l'une des salles du local de notre association l'ASERIMOKNINE à MOKNINE EN TUNISIE - nous avons beneficier d'une petite subvention de notre ministére des technologies des communications pour se procurer les outillages les plus elementaires - TOUT CE TRAVAIL A ETE FAIT AVEC 5 STAGIAIRES DU CENTRE DE FORMATION PROFESSIONNELLE DE NOTRE VILLE + LES MENBRES DE NOTRE ASSOCIATION - c'est tout simplement un premier pas vers l'instauration d'une mentalité de recyclage avant de jetter comme ça et n'importe comment dans la nature tout ce qui est absoléte et en particulier les ordinateurs : c'été ça notre but en tant qu'association !
    avec tous mes respects ! ben dhia abdulkarim - président de l'ASERIMOKNINE .notre www.recyaserim.fr.gd ou www.aserimok.fr.gd
  • BEN bonjour, je veux juste savoir que sont les différentes étapes que vous avez traverser pour arriver à mettre sur pieds cette usine de recyclage des ordinateurs de seconde main. Avez vous eu le soutient d'un organisme de financement où ONUDI?

    Dans l'espoir de vous liez recevez mes salutations les meilleurs.
    Aurélien
  • avec plaisir !
    ces piéces representent des piles ou accumulateurs de differentes capacites - des chipsets -un tirroir de vis differents modéles - des condensateurs differentes marques -des resistances - des ventilateurs ......etc....toutes ces piéces ont étés déssoudées à partir des cartes méres - boites d'alimentation ou autres cartes composants des unité centrale des ordinateurs qui ont étés classés non revalorisable ou reutilisable et dont les piéces electroniques aprés controle technique peuvent etre reutiliseés pour d'autres dépannage et réparation TV...MACHINE A LAVER .....n'importe quel autre materiel electronique .....ceci en bref .merci anne laure !
  • Bonjour Abdulkarim,
    Vous pourriez commenter la photo postée de manière plus précise ? C'est une photo destinée à monter votre activité de recyclage ?
    al marie
  • ces composants sont en parfait etat de marche : c'est la récolte de unités centrales - cartesméres et p.c complétement décortiqués dans notre branche de recyclage .
  • c'est malheureux d'étre aussi nonchalant vis à vis d'un probléme aussi épineux et crucial futuriste "voire"fondamental - je suis sur qu'on a besoin de nous recycler les mentalités avant le recyclage deee ou autre - il s'est avéré QUE RECYCLER OU NE PAS RECYCLER - C'EST SURTOUT DES MENTALITES !!!!!!
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