Open quoi? Y a-t-il un véritable sens derrière les concepts?

En écoutant une interview d'Evgeny Morozov, critique américain des technologies sur France Culture la semaine dernière, il a affirmé ceci

" les éléments de langage qu'on utilise dans ce domaine (ndlr: les technologies). Vous savez tous ces termes : disruption, entrepreneuriat, innovation, l'ouverture, la rupture et ainsi de suite. Ce sont des mots creux ou alors ce sont des mots qui sont polysémiques. Ils changent de sens selon le jour. Ou alors "l'économie partagée", voilà un terme particulièrement ridicule. Il faut être critique du vocabulaire même, qui nous est imposé par la Silicon Valley parce que bien souvent ces termes ont été adoptés par des gens dans d'autres domaines, par des responsables politiques, des théoriciens et ça s'applique à des sujets sérieux sans comprendre le peu de profondeur de ces termes. Aujourd'hui on parle de politique en open-source. Vous allez me dire, ce que ça veut dire ça ? Je n'en ai aucune idée, moi. Il n'y a pas plus creux."

Cette phrase m'a fait alors penser à une autre interview, celle de Ethan Zuckerman, grand activiste d'internet, toujours sur France Culture, dans la même émission qui a tout simplement qualifié de critique facile les arguments du chercheur Morozov.

Afin de me faire mon propre avis, j'ai décidé de faire un exercice tout bête.

Pour qualifier effectivement de critique facile le discours du chercheur, il faudrait que celui-ci soit faux à mon avis parce que le vocabulaire qui entoure des objets est quand même très important. S'il permet de le vendre, pourquoi ne devrait-il pas permettre de le critiquer?

Pour le coup, je ne m'intéresserais pas au discours qui entourent les objets en soi ( quoique ce serait plus facile de vous expliquer que les chromecast de Google par exemple ne vous permettent pas de profiter instantanément de vos préférences musicales ou cinématographiques, il faille d'abord disposer de ces contenus sur un support ou encore que les Google Glass n'ont pas été "que designed for you" mais d'abord correspondent à un besoin-qui n’existe même pas pour répondre aux intérêts économiques d'une entreprise à travers un objet du quotidien) mais aux valeurs qu'ils véhiculent.

Comme je l'expliquais plus haut, j'ai donc vérifié tout simplement si les termes comme innovation, open source, open data (j'ajouterais personnellement "réalité augmentée") qualifiés de creux par Evgeny Morozov le sont vraiment. Pour faire cet exercice, j'aurais pu tout simplement interroger des gens pour recueillir leurs compréhensions afin de m'assurer que les termes sont bien compris ou encore demander l'avis d'experts dans le domaine (qui sait? ils vont peut-être se contredire :D) mais tout ça, c'était bien trop ambitieux on va dire ou je suis peut être assez flemmarde en ce moment.

Bref, j'ai choisi un seul mot (Open Data) et j'ai fait le tour de la littérature numérique (juste quelques sites web, rassurez-vous) pour voir ce qu'ils en disent et ce qu'on peut retenir.

Sur Wikipédia, une donnée ouverte (c'est le résultat qui s'affiche quand on entre Open Data)

"est une donnée numérique d'origine publique ou privée".

Sur le site de la ville de Nantes

"Le mouvement « Open Data » (ou « données ouvertes ») est une démarche de publication de données numériques en ligne selon une série de dix critères garantissant leur libre accès et réutilisation par tous".

Sur la plateforme municipale de Bordeaux,

"le mouvement international Open Data prône la mise à disposition massive et la plus large possible des données notamment publiques – gratuitement et sans restriction d’usage – afin de favoriser le développement économique et l’action démocratique."

Ainsi, malgré des bases communes sur la notion (je vais garder ma bonne foi même si d'un côté c'est un mouvement ou une démarche et de l'autre c'est simplement une donnée ouverte), on remarque que beaucoup de choses restent peu explicites:

Dans un premier temps, de quelle donnée on parle? Brutes? enrichies? ou futures? Sous quel format sera disponible la donnée? Pourquoi telle donnée plutôt qu'une autre? Qui décide de mettre à disposition les données? et puisque j'entend souvent les politiques prôner l'"Open Data", je me demandais si au nom de la transparence, nous auront droit aussi à la facture des dîners municipaux ou à celle des sondages?

En parlant de transparence, Daniel Kaplan disait  que

" la transparence totale dresse les intérêts particuliers les uns contre les autres, inhibe la prise de décision et réduit la confiance ".

(Je n'irais pas aussi loin)

Ensuite, nous en savons très peu sur l'utilisation des données mis à la disposition du public (du moins, la question fait encore débat et est loin d'être résolue).

Par ailleurs, les termes Open Data, Big Data ou encore Open Gov (démocratie ouverte?) sont très souvent confondus par plusieurs acteurs. Ce qui dénote quand même du flou autour de tous ces termes.

Aussi, malgré que ce soit un terme à la mode et à connotation positive dans les discours, plusieurs institutions n'ont pas franchi le pas du "tout ouvert". Pourquoi?

Ces quelques controverses cachent la partie inconnue de l'Iceberg et surtout des intérêts et enjeux économiques, stratégiques, politiques aussi bien dissimulées derrière des termes positifs mais pas claires .

En parlant d'Open Data, Tim O'Reilly ("le gourou" du web)disait,

"il y a dans l'usage des technologies collaboratives au cœur du Web 2.0 un potentiel de rénovation profonde de l'action publique. L'expression " Government 2.0 " suggère l'idée d'une plate-forme d'innovation ouverte, permettant à chacun de contribuer à résoudre des problèmes collectifs en faisant remonter l'information et l'expertise diffuse dans la société".

Je ne sais pas si vous avez tous saisi l'essence des mots soulignés mais en ce qui me concerne et pour ne pas m'attarder à nouveau sur des expressions, je ne suis pas certaine que tout le monde (si déjà tout le monde se sent concernés et participent-généralement c'est une minorité qui est constante-) est capable d'apporter des solutions aux problèmes dits collectifs.

Et vous qu'en pensez-vous maintenant? Evgeny Morozov a t-il raison lorqu'il parle de concept creux? Est-ce une critique facile ou justifiée?

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Balises : controverse, critique, culture, data, de, données, ethan, evgeny, france, internet, Plus...la, morozov, numérique, open, ouverte, place, toile, zuckerman

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