Il y a 6 mois, le 17 septembre 2011, un millier de manifestants occupaient le parc Zuccotti près de Wall Street à New York. C’est ainsi qu’a commencé Occupy Wall Street, un mouvement anti capitaliste qui a pris une dimension planétaire. Reportage à lire ét écouter dans ce cillet pour mieux comprendre ses modes d’actions et de communication.

Peu présent dans les médias traditionnels depuis son éviction de Zuccotti Park en novembre 2011, le mouvement Occupy Wall Street n’a cessé pendant l’hiver d’accroître sa présence en ligne, de s’organiser, de préparer des actions dans le but peser sur la campagne électorale américaine, permettre à la population de débattre de thèmes que certains disent « endormis » par les autorités. Pendant dix jours, je me suis immergé à New York dans le quotidien des « Occupy », suivant leurs réunions, assemblées générales, manifestations.


Un grand reportage à découvrir le samedi 24 mars 2012 sur RFI dans l’Atelier des Médias, et un long récit texte et photos sur OWNI.<

"Il n’y a pas une porte vers Occupy, il y en a 1000". Depuis début octobre, cette nuit passée à suivre à Paris les livestreams de l’occupation de Brooklyn Bridge, l’arrestation de 700 manifestants, j’ai tenté d’identifier par quelle « porte » entrer. Sur Twitter, les Hashtag les plus présents après #OccupyWallStreet et #ows étaient « UsDayofRage et #usdor.

 

 

Sur leurs sites et pages Facebook, ce groupe revendique la réforme du système de financement des campagnes électorales, des élections nationales et fédérales, l’abolition du statut de « personne physique » pour les entreprises.

Alexa O’Brien, fondatrice du mouvement US Day of Rage m’a accueillie dans son petit appartement de Queens

 

 

Un après-midi, le compte Twitter d’Occupy Wall Street annonce une manifestation à Manhattan, en soutien aux Occupy d’Oakland, qui auraient été sévèrement réprimés la veille par les forces de police. Suivent 3 heures de cache cache nocturne dans les rue New York, encadrés par les forces de NYPD que les manifestants interpellent en leur chantant « «  You’re also the 99% ».

 

 

 

 

Tim Pool, un live streamer saisit chaque action, en commentant avec une voix calme les événements, tournant vers lui son I Phone. Dès le mois de septembre dernier, il est en tête des manifestations. Pas forcément militant, mais « journaliste citoyen ». Ses chaînes sur les différentes plateformes de stream sont les plus regardées, son nom est régulièrement cité par CNN lors des évènements. Je suis ses Livetweets depuis des mois. Lors d’une manifestation, quelqu’un tente de lui arracher son I Phone. C’est la première fois dans l’histoire d’Occupy qu’un live streamer est pris à partie par un manifestant.

 

 

Dans les commentaires, deux reproches sont faits à Tim. Le premier concerne sa manière –assez agaçante- d’entrecouper ses commentaires de « vous pouvez me suivre sur le compte @Timcast, et d’appels à dons pour qu’il puisse poursuivre son travail.

Le second met en débat son goût affiché pour une transparence totale, quitte à mettre en danger, montrer aux autorités qui suivent son stream, des militants qui commettraient des actes illégaux.

 

 

Dicey Troop, la personne qui est derrière le compte officiel de l’assemblée générale d’Occupy Wall Street me donne rendez-vous … À Wall Street. Dans le hall d’entrée d’un grand immeuble de bureau, une cinquantaine de personnes assistent à la General Assembly quotidienne, pendant que d’autres viennent bénéficier de la soupe populaire que distribue un groupe d’Occupy. Ici on ne vote pas, on approuve ou désapprouve par consensus, en utilisant les mêmes codes que les indignados espagnols. Langage de signes que retranscrit en direct Dicey sur Twitter, assis à côté des orateurs, pianotant à toute vitesse sur un clavier relié à un I Phone. Nous discutons du débat qui agitte Occupy, sur la transparence ou non . « Je pense qu’il y a vraiment deux approches sur ce qu’est ce travail ( de livestreamer) : est-ce montrer ce qui se passe et témoigner du contexte qui engendre des conflits entre les manifestants et des structures de pouvoirs ? Ou bien est-ce trouver les choses les plus scandaleuses qui se déroulent en mettant la lumière sur la police ou les manifestants ?

Je suis absolument pour la transparence, mais il y a aussi un droit à la vie privée, qui est parfois en conflit avec la transparence. Tu sais, on ne ferme presque jamais les portes, et parfois les gens ont besoin de se sentir en sécurité, qu’on n’écoute pas ce qu’ils disent. On demande parfois à des gens qui livestream pour un certain public de quitter la pièce, et même les photographes, et d’autres journalistes, mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de transparence. »

Certes il y a quelques poètes, musiciens, écrivains et artistes qui foisonnent d’idée, organisent des free speech comme ceux que l’on peut retrouver dans les images d’archives du mouvement hippie, mais Occupy s’est dès le début organisé. Oui Occupy est une idée, mais c’est aussi des centaines de structures, de comités dans tous les domaines, pour toutes les professions. Chaque jour à heure fixe, comme indiqué sur leur site, se réunissent des commissions qui débattent de thèmes très précis : réforme financière, électorale ; refondation des systèmes éducatifs et de santé. L’une de ces commissions, Occuppy with Art est en résidence pendant deux mois dans les locaux du blog Hyper Allergic. Ils m’invitent à l’une de leur réunion. Je rencontre Alexandre, Zef et Katy devant une table ou un groupe est en plein brainstorming pour inventer de nouveaux slogans. Ensemble ils ont fondé le collectif Revolutionary Games.

Selon Alexandre, « Revolutionary Games est un collectif consacré à Occupy Wall Street qui crée des jeux en ligne et hors ligne. Nous avons commencé à beaucoup citer un écrivain Hollandais qui s’appelle Huizinga, son livre s’appelle Homo Ludens. Il explique comment les jeux et le fait de jouer précèdent la culture.

Alexandre comme Zef se définissent comme anarchistes. Ce dernier a créé le concept d’Anarchive, sur le principe que chaque personne qui assiste à un événement d’Occupy doit collecter sa propre mémoire, sa propre expérience et la communiquer au plus grand nombre. Il est fermement contre l’idée d’une centralisation des archives, films, documents qui concernent Occupy, «  le meilleur moyen pour que notre histoire soit manipulée » selon lui.

« Ici, nous essayons de révolutionner la révolution. »

 

Photos : © Arnaud Contreras / www.arnaudcontreras.com

 

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