Numérique : pourquoi le Gabon a-t-il tout bon ?

Numérique : pourquoi le Gabon a-t-il tout bon ?

L’émergence du continent africain passera inévitablement par le développement des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC). Elles permettent une meilleure connexion entre les acteurs économiques et le développement des services dans des régions encore largement dépendantes des secteurs primaire et secondaire. Certains pays, à l’image du Gabon, on tôt compris que le numérique occuperait une place de choix dans la politique de développement de l’Etat. Derrière l’engagement gabonais dans le développement numérique, se cache le directeur de cabinet de la présidence, Maixent Accrombessi, qui a su convaincre Ali Bongo de mettre la barre sur le cap du Gabon 2.0.

Frappée de plein fouet par la crise mondiale du pétrole, l’Afrique accuse le coup. Alors que les économistes présageaient que le continent connaitrait ses « trente glorieuses » au tournant de 2015, la croissance ralentit un peu partout à mesure que le prix des hydrocarbures chute. « Le défi est d’autant plus redoutable que, à la différence des cycles précédents, les prix du pétrole devraient cette fois-ci rester durablement bas. En effet, les marchés à terme ne laissent entrevoir qu’un léger redressement des cours à environ 60 dollars le baril d’ici 2019 », expliquait la Directrice Générale du Fond monétaire international (FMI), Christine Lagarde. Si bien que l’or noir, pressenti comme le levier de la croissance du continent – comme il l’a été pour certains pays du Moyen Orient – est relégué au second plan des économies africaines en phase de diversification, et ce sont les nouvelles technologies qui portent aujourd’hui leur croissance. Ainsi, la croissance soutenue de l’économie gabonaise enregistrée sur la période 2010-2014 (5,9%/an), résulte essentiellement des performances du secteur hors pétrole, en particulier dans les services (+7,2% de croissance).

Si, en 2016, il y a fort à parier que la croissance économique marque le pas, la diversification de l’économie gabonaise par le numérique demeure la solution pour recouvrer le dynamisme affiché durant les années antérieures. Elle a déjà permis au pays de sortir quasi indemne de la crise des hydrocarbures, alors que le reste de la région en a subi les répercussions de plein fouet. Et pour cause : les efforts consentis ont étés considérables. L’année 2015 restera dans la mémoire collective comme étant celle de l’explosion du numérique au Gabon, avec le lancement du projet de construction des villages numériques, en février 2015 (un grand chantier de construction de plus de 2 500 centres ou villages numériques à travers le pays). « La mise en place de ces plateformes novatrices permettra de réduire les inégalités d’accès aux services de base dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de l’électricité et de l’eau dans les zones défavorisées des villes et des villages », expliquait ainsi le ministre des Affaires étrangères, Emmanuel Issoze Ngondet. On peut également citer le projet « Train my Generation », lancé au mois de mai en partenariat avec l’UNESCO et l’opérateur de téléphonie mobile AIRTEL GABON, qui vise à former 5 000 jeunes âgés de 17 à 35 ans sur trois ans dans le domaine des TIC.

Toutes ces initiatives attestent de la volonté étatique de signer des partenariats de développement de technologies de l'information et de la communication, en offrant un cadre positif pour ces initiatives, et en soutenant les forces vives du pays. « La première chose que nous essayons de faire est la construction d’une infrastructure numérique de rang mondial et le développement simultané des applications de l’e-gouvernement. Le marché des télécommunications au Gabon est donc marqué par cette implication de l’État, parce que le Président de la république veut absolument développer ce secteur comme étant l’un des moteurs de la croissance de notre pays », développait Pastor Ngoua N’neme, ministre gabonais de l’Économie numérique. L’Etat gabonais a en effet très tôt choisi d’encourager les acteurs du secteur à s’organiser et à se mobiliser pour relever le défi de la transformation numérique du pays. Derrière cette volonté de se numériser – à une époque où la question du numérique en Afrique était largement ignorée – se cache « l’homme à la manœuvre », Maixent Accrombessi. Le directeur du cabinet du président, fort de sa connaissance pointue du dossier gabonais, a su convaincre Ali Bongo que le rôle du numérique serait central pour le pays – et ce dès son élection en 2009.

« Notre pays a longtemps été une économie de rente pétrolière, un secteur qui d’une part crée peu d’emplois, confirmant le risque de « jobless growth » qui caractérise les pays dont l’économie se base sur les industries extractives, et qui d’autre part n’est pas durable, car confronté au risque d’un épuisement rapide de ressources non-renouvelables » expliquait-il au New York Forum Africa 2014, pour justifier la stratégie gabonaise. « Le Gabon a donc choisi, avec vision et volontarisme, non plus une simple croissance de son PIB, mais une transformation structurelle, seule garante d’une croissance durable et inclusive. Ce choix est incarné et détaillé dans le Plan Stratégique Gabon Emergent. » Et ce dynamisme convainc. L’ICANN, l’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers, l’organisme international chargé de la gestion de l’adressage sur Internet, est disposé à accompagner le Gabon dans sa marche vers la société de l’information. Promesse en a été faite par le vice-président de l’ICANN en charge de l’Afrique, Pierre Dandjinou, lors de la première édition du Salon international de l’Économie numérique et de l’Innovation du Gabon (SENIG 2015) qui s’est tenue du 14 au 18 décembre 2015 à Libreville.

Ce succès vient du fait que le pays s’est lancé dans sa transition avant d’y être contraint par la crise. Michel Rogy, conseiller en politiques des TIC à la représentation gabonaise de la Banque mondiale, a salué « un excellent départ dans le très haut débit », avant d’ajouter que le « Gabon est un exemple très intéressant d’une politique de développement de l’Internet et de l’économie numérique qui prend bien en compte tous les éléments nécessaires pour que cela soit un succès. » Cela explique pourquoi la Banque mondiale a accepté de payer 56 millions de dollars pour soutenir le projet e-Gabon qui va œuvrer dans le domaine de l’e-Santé et la mise sur pied d’un incubateur du numérique pour le soutien aux jeunes innovateurs. Sur un tout autre plan, l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) a également reconnu le développement de l’économie numérique au Gabon comme source potentielle d’emplois, et a notamment mis en place un Fonds Francophone pour l’Innovation Numérique (FFIN), doté de 500 000 euros (environ 328 millions de francs CFA) pour sa phase pilote.

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Consultant en développement numérique, je travaille essentiellement à la définition et à la mise en oeuvre de politiques de développement auprès de gouvernements d'Afrique francophone.

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