Startup Telepresence Roundtable at DC's AT&T Innovation Center par TechCocktail, via Flickr CC

 

Aujourd'hui, je me penche sur la question de l'innovation avec ce constat : nous devons changer la manière dont nous concevons le progrès. Une remarque qui vaut avant tout pour les grosses sociétés et entreprises françaises.

Changer la conception de l'innovation au coeur de nos entreprises

 

Nous savons que les grosses entreprises ont du mal à innover parce qu'elles doivent d'abord préserver leurs acquis. Se remettre en question, changer de cap, est difficile pour ces sociétés. A cela il faut ajouter qu'en France, on tend à réduire l'innovation à sa dimension technologique :

  • C'est d'autant plus incompréhensible que l'OCDE, l'organisation internationale qui regroupe les pays occidentaux les plus développés, retient quatre domaines d'innovation : les produits et services, les procédés, la commercialisation et l'organisation.
  • A cela nous pouvons ajouter que depuis Apple et les succès de l'entreprise californienne IDEO, nous savons que le design joue un rôle considérable. Il a même donné lieu à une méthode pour innover : le design thinking.

 

Mais ce n'est pas tout : par tradition, nous avons affaire en France à des entreprises encore plus hiérarchisées qu'ailleurs, plus structurées, moins horizontales et moins flexibles. Or on sait qu'une des caractéristiques des entreprises innovantes, c'est la légèreté de leurs structures hiérarchiques, l'ample degré d'initiative laissé aux employés et le fait qu'on encourage la prise de responsabilité.

 

Il y a aussi, bien sûr, l'invitation à contester l'autorité et la tolérance à l'erreur, voire l'encouragement, car qui ne se trompe pas n'a pas essayé d'innover d'une façon assez audacieuse. Changer notre conception de l'innovation passe par une remise en cause du mode de fonctionnement de nos entreprises : nous devons passer d'une approche hiérarchique, institutionnelle et fondamentalement technologique à une conception plus souple, plus horizontale, plus écosystémique (liquide ?).

 

Le numérique, omniprésent dans le monde entier, n'est plus un critère de l'innovation

 

Depuis la fin de mon voyage autour du monde de l'innovation, j'ai tenu plusieurs conférences et j'ai parlé avec beaucoup de gens. La majorité des personnes que j'ai rencontrées tend à me dire qu'elle fait un gros effort pour la digitalisation de leur entreprise ou, comme elles le disent elles-mêmes, pour "passer au numérique". Il se trouve que le "numérique", le "digital", est maintenant présent dans le monde entier. Le fait qu'il y a 6 milliards de cartes SIM en circulation montre que la plupart des humains de plus de 5 ans sont maintenant connectés. En être à se connecter me paraît donc révélateur du fait qu'on est en retard.

 

C'est pour cela que je pense que l'innovation est le nouveau digital. Les gens à la pointe mettent l'accent sur l'innovation plutôt que sur le passage au digital. Les gens me répondent alors : "mais nous innovons". Certes, mais les entreprises innovent depuis très longtemps ! Mais je crois qu'elles ne le font pas d'une manière convaincante. En tout cas, je ne vois pas beaucoup de résultats enthousiasmants. Rien n'est cependant plus difficile que de convaincre quelqu'un de changer quelque chose qu'il est convaincu de faire bien. Et beaucoup de Français sont facilement convaincus qu'ils font les choses plutôt bien, en tous cas mieux qu'ailleurs.

 

Quelles solutions pour innover mieux ?

 

Pour changer notre conception de l'innovation, il y a des éléments à partir desquels nous pouvons travailler. Le premier est une réalité : il y a des startups en France et des gens qui font exactement la même chose, avec la même volonté, le même enthousiasme et la même inventivité qu'ailleurs. Le second est le concept d'innovation ouverte et distribuée développé essentiellement par deux professeurs américains : Henry Chesbrough de Berkeley et Eric Von Hippel de MIT. Ils ne travaillent pas ensemble mais se complètent. Je retiens trois idées de ce que j'ai lu de leurs travaux.

  • L'idée centrale de l'innovation ouverte c'est que les entreprises (et pas seulement les françaises) ne peuvent plus se contenter de leurs employés et de leurs procédés pour innover. Elles doivent s'ouvrir à leurs clients et à leurs partenaires.
  • A cela il faut ajouter que l'innovation étant distribuée partout, il faut démocratiser les processus et s'ouvrir à des startups qui ne sont ni clients ni partenaires mais qui innovent.
  • Le troisième élément est que les technologies de l'information facilitent considérablement la collaboration avec des gens extérieurs, même s'ils sont loin.

 

Ce que je retiens de mon voyage Winch 5, c'est que l'innovation est distribuée globalement et que le pool de gens avec lesquels on peut travailler est considérable et varié. Je voudrais enfin terminer ce billet par deux idées simples :

  • La première est que les entreprises qui veulent innover sans tout bouleverser peuvent le faire en créant des espaces d'innovation virtuels et réels, où leurs employés peuvent rencontrer des innovateurs sans relation avec la boîte. J'en ai visité un de ce type hébergé par Samsung à Séoul
  • La seconde est qu'aujourd'hui, le processus d'ouverture doit être planétaire et pas seulement national, pour la bonne raison qu'on innove partout. Les innovations circulent et peuvent nous surprendre : autant donc anticiper.

 

L'avantage de cette approche, c'est qu'elle permet d'avancer tout de suite en remettant à un peu plus tard les bouleversements organisationnels dont je reste convaincu qu'ils sont indispensables.

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