Depuis dix jours, la campagne #NotInMyName, lancée par de jeunes britanniques musulmans en vue d' inciter l'opinion à désolidariser l'islam des mouvances extrémistes agissant au nom de cette religion rencontre un succès encourageant sur les réseaux sociaux, et reçoit la faveur des médias européens. Suffisant pour mobiliser contre l'extrémisme ? 

Contrer la propagande des extrémistes sur les réseaux sociaux 

Au lendemain de l'assassinat de l’humanitaire écossais David Haines, le 14 septembre, de nombreux européens de confession musulmane ont exprimé leur indignation sur Twitter, en ponctuant leurs messages incitant à éviter l’amalgame entre islam et fanatisme du mot-dièse #NotInMyName.

Puis, la fondation londonienne Active Change, dont le projet est de lutter contre la propagation des extrémismes, a donné de l’ampleur à ce mouvement spontané en offrant une campagne de communication à #NotInMyName. À travers une vidéo qui circule depuis une dizaine de jours sur les réseaux sociaux, de jeunes britanniques dénoncent, face caméra et pancarte à la main, la barbarie des actes de l’organisation de l’État islamique, qu’ils jugent contradictoire avec la pratique éclairée de l’islam.

La campagne « Not in My Name » des jeunes musulmans rappelle le mouvement du même nom conduit par un collectif d’étudiants juifs new-yorkais en juillet dernier, alors que Tsahal déployait une active propagande sur les réseaux sociaux pour faire passer dans l’opinion la conviction que le bombardement de Gaza était légitime.

NotInMyName incarne une forme nouvelle de communication de contre-propagande sur les réseaux sociaux, depuis que ces plate-formes sociales sont utilisées de manière systématique pour radicaliser les jeunes.

Donner visibilité aux plate-formes locales de blogging

Depuis dix jours, plus de 80 000 tweets avec le mot-dièse #NotInMyName (ou #NIMN) ont été publiés et la vidéo d’Active Change a été vue plus de 73 000 fois. Si ces campagnes sont efficaces en terme de viralité, le problème est qu’elles touchent principalement des gens convaincus par le discours des NotInMyName. Lorsqu’on observe les profils qui « likent », « partagent » et « retweetent », on constate qu’il s’agit principalement d’Européens et d’Américains déjà sensibilisés au danger d’amalgamer l’islam ou le judaïsme à des groupes ultra-radicaux qui prétendent agir au nom de ces religions.

Si les médias européens ont largement relayé l’initiative des jeunes britanniques musulmans, cela tient aussi du fait qu'il s'agit d'un mouvement qui a pris corps en Europe. En proportion, ces même médias parlent bien trop peu des initiatives prises par des jeunes qui vivent au proche et au moyen-orient, et qui s’attachent, à travers leurs blogs par exemple, à démêler les amalgames.

L'apport de ces journalistes et bloggeurs est pourtant plus que précieux. Parce qu'ils appuient leur critique des extrémistes à une information locale, ils sont, à certains égards, les mieux placés pour convaincre - et non simplement persuader - des danger du radicalisme. 

Tawfik Bensaud, 18 ans, a été assassiné à Benghazi le 19 septembre, dans un pays que Reporter Sans Frontières classé troisième pire pays en terme du respect de la liberté de la presse. Ce jeune activiste contribuait régulièrement à Libyablog, une plateforme de blogging lancée par France 24 et RFI en 2012. Sur son blog, il a rédigé plusieurs billets qui expliquaient les raisons de sa réticence envers le Conseil de la révolution de Benghazi, dont les membres sont issus d'Ansar al-Charia. Un travail comme celui de Tawfik Bensaud relève de ce qu'on pourrait appeler la Résistance intérieure. 

Si les médias européens et américains ne profitent pas du mouvement #NotInMyName pour donner davantage de visibilité aux réseaux de blogging activistes dans les pays concernés en premier chef par la montée des extrémismes, le hashtag #NIMN risque de ne porter qu'une partie de ces noms qui disent non, et de finir par devenir un voeu pieux.   

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Journaliste médias à Intégrales Mag et à Socialter en même temps ; sème aussi des chroniques, notamment à Sud Radio (Le Brunch Médias) ; intervenante au Celsa "nouveaux médias".
Twitter : @ClaraSchmelck
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Commentaires

  • Le but pourrait aboutir je crois, il ne faut pas sous-estimer le pouvoir des réseaux sociaux dans le cadre des mobilisations, démobilisations, propagande.... Ils (les réseaux sociaux) ont déjà fait leurs preuve dans certains événements 

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