On voit souvent dans les réseaux sociaux le canal privilégié des contenus viraux qui informent en divertissant la génération Mobile First, et moins comme opportunité pour les jeunes de s'exprimer à travers des médias hyper-locaux. C’est pourtant l’autre effet moins connu de la génération connectée, qui ne l'est pas seulement à l'infotainement. 

Les ados ne sont pas tous et pas seulement des aficionados de news acidulées, et tous sont loin de se reconnaître dans les selfies de stars instagramées sous un soleil surfait. Beaucoup d'entre-eux sont demandeurs de médias qui les informent sur ce qu'il se passe autour d'eux, et qui leur donne en même temps la possibilité d'être une voix de leur quartier ou de leur village. Pour attirer les nouvelles générations, la presse locale traditionnelle cherche à faire sienne les usages des jeunes, qui répondent présent à condition qu’on aille les chercher sur les réseaux sociaux pour leur offrir des contenus personnalisés et la possibilité d’interagir avec le média. Dans le même temps, des médias locaux dits « alternatifs » se développent. Résultat : les jeunes trouvent une échelle qui leur permette de s’approprier l’information, et la presse locale, diversifiée, pourrait devenir davantage représentative des jeunes que les grands médias qui ciblent les 15-24 ou qui consacrent des sujets aux « générations Y et Z ». 

Radio connectée 

A France bleu Touraine, par exemple, la convergence entre le site, l’appli mobile et la page Facebook permet d’aller chercher les jeunes de la région là où ils sont. Sur 5 millions de visiteurs par mois, la moitié provient du mobile, preuve qu’elle parvient à capter les jeunes. Elle a d’ailleurs été la première radio française à intégrer un bouton sur l’application mobile pour appeler directement la radio. L’appli a été téléchargée 110 000 fois en 5 mois.

Contenus personnalisés

Les 15-24 ans s’informent via mobile, et seuls 10 % d’entre-eux sont des lecteurs réguliers de la presse. Faut-il donc tirer un trait sur le papier pour s’attirer les générations futures de consommateurs de l’information ? « Ce qui est dépassé, ce n’est pas le papier ; c’est ce qu’on met dessus. », a rectifié aux Assises du journalisme Jean-Pierre de Kerraoul. Le patron du groupe de presse hebdomadaire régional Sogemedia, basé dans le Nord de la France a investi 6 milliards d’euros pour créer une offre print de quotidien régionale personnalisé. Comme sur la Matinale du Monde où le lecteur fait sa sélection numérique sur smartphone, le lecteur des titres du groupe (L’Observateur, La Sambre, Le Bonhomme Picard et treize autres titres) choisit les rubriques qu’ils souhaitent voir imprimées. Sur un rayon de 20km, plusieurs versions d’un même journal peuvent ainsi être modulées, en fonction des affinités du lecteur avec certaines thématiques mais aussi en fonction de la zone où il habite ou travaille. En clair, on lui permet d’être à soi-même son propre algorithme de recommandation. 

Participation et conversation 

Du côté du groupe Centre France – La Montagne, qui rassemble 8 quotidiens régionaux, c’est la question de la participation des lecteurs qui préoccupe les rédactions. Le groupe a monté des modes de collaboration transverse et a ouvert les rédactions aux lecteurs. L’objectif selon Soizic Bouju, sa directrice de l’innovation éditoriale est de « générer plus d’intelligence collective dans la perception des besoins des lecteurs en allant à leur rencontre. » Et c’est exactement ce qu’attend cette fameuse génération « Y ». 

Mashable sur Line, la BBC sur What’sApp : on le voit, la messagerie est devenu un moyen pour les médias d’entretenir un contact permanent et spontané avec sa cible, afin d’engager des conversation et d’appeler de l’information. La presse locale réfléchit aussi à ce mode d’interaction pour toucher les jeunes moninautes. 


Parler des jeunes, parler aux jeunes

Plus profondément, ce sont moins les supports, les formats et les technologies qui expliquent la faille entre les jeunes et les médias que les représentations dont les jeunes font l’objet dans les médias. D’un côté, les médias qui s’adressent aux jeunes érigent en modèle un lifestyle pop standardisé à coups de selfies et d’émoticônes auquel tous ne s’identifient pas. De l’autre, les marques médias traditionnelles cèdent souvent à la facilité de dépeindre la jeunesse à travers des épiphénomènes érigés en vérités générales par les journalistes, comme l’observe Nicolas Becquet dans L’info et les jeunes, le grand malentendu. Ces manquements, seule une presse à la fois hyper-locale et hyper-connectée peut les combler.


Manier les infomédiaires

Dans les grands ensembles aussi bien que dans les zones rurales, les médias de proximité se posent comme relais de la parole citoyenne, comme narrateurs de l’évolution de territoires relégués de l’information. La focale est mise sur le temps du quotidien plus que sur l’événement exceptionnel. Après les attentats à Charlie Hebdo, l’Etat a déboursé 1 million d’euros à destination des médias libres. Les radios associatives, pour leur part, bénéficient d’une somme annuelle de 30 millions d’euros qui font vivre 650 radios libres.

Lors de la dernière édition des Assises du journalisme à Tours, Nordine Nabili directeur du Bondy Blog est revenu sur l’expérience du Bondy Blog, né après les émeutes survenues en 2005 : « On voit très peu de jeunes entre 20 et 25 ans présents sur les plateaux télé, surtout lorsqu’ils sont issus des quartiers. A travers le blog, on leur offre une réelle chance de s’exprimer et d’avoir un regard sur l’actualité.» Et, si le blog est visible par la société dans son ensemble, c’est bien parce que ses contenus sont partagés sur les réseaux sociaux, qu’ils sont cités, relayés, commentés.

A cet égard, les médias locaux de petite portée en terme d’audience se servent des infomédiaires tels que Facebook et Twitter pour s’intégrer au maillage de l’information. Sur Facebook, par exemple, un incipit attirant et des commentaires pertinents attirent des lecteurs vers l’article d’un site qui resterait confidentiel sans le relais du média social. C’est de cette manière que la génération connectée l’est aussi, indirectement, à la presse hyper-locale.

 

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Journaliste médias à Intégrales Mag et à Socialter en même temps ; sème aussi des chroniques, notamment à Sud Radio (Le Brunch Médias) ; intervenante au Celsa "nouveaux médias".
Twitter : @ClaraSchmelck
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