Netflix au pays d’Astérix

Cette semaine, focus sur l’arrivée de Netflix, le service de vidéo par abonnement, qui arrive en France et dans plusieurs pays d’Europe à partir de lundi.

 

Netflix au pays d’Astérix. Non, ce n’est pas le titre d’un nouvel album du célèbre gaulois ! Et pourtant, l’arrivée lundi de ce géant mondial de la vidéo payante, fort de 50 millions d’abonnés, ressemble un peu à la grande offensive d’un empire non seulement en France, mais aussi en Allemagne, en Belgique, en Suisse ou au Luxembourg. Alors un peu comme César, Netflix a l’avantage d’avoir de belles conquêtes : après les Etats-Unis, il est présent notamment au Royaume Uni où il a fait une solide percée en obtenant 3 millions d’abonnés en trente mois. Netflix, ensuite, a beaucoup d’argent – 3 milliards de dollars pour l’achat de programmes – et déjà ses figures de proue comme Kevin Spacey dans House of Cards.

 

Comme tous les conquérants, le géant ne s’embarrasse pas trop des coutumes locales même s’il s’efforce de montrer patte blanche en créant des séries européennes, à l’instar de la future fiction Marseille. Il n’a ainsi pas l’intention de respecter les quotas de diffusion d’œuvres françaises et européennes et les obligations d’investir dans les productions frappés du coq gaulois. Quant à son siège social en Europe, il sera établi à Amsterdam, à la fiscalité avantageuse.

 

En cinq ou dix ans, Netflix veut conquérir un tiers des foyers européens. Son arme principale ? Un algorithme qui l’amène à suggérer à ses abonnés des choix de films ou de séries en fonction de leurs habitudes de consommation. Comme la plateforme a un catalogue essentiellement composé de films de plus de trois ans, cela ne devrait pas inquiéter beaucoup les champions du cinéma inédit et de la création originale. Et pourtant, avec un tarif à moins de 8 euros par mois, Netflix a amené Canal + en France ou Sky et Prosieben Sat1 en Allemagne à réagir. Sky Deutschland par exemple casse les prix en deux en proposant un abonnement mensuel à moins de 4 euros tandis que Canal+ a affiné son moteur de recommandation et annoncé le lancement de séries adaptées à Internet et au mobile.

 

Mais ce à quoi doit s’attendre Netflix, c’est surtout l’édification d’une forteresse en France, soit de la part des fournisseurs d’accès à Internet qui lui reprochent d’engloutir trop de bande passante, soit de la part des milieux du cinéma qui craignent que l’on fragilise Canal+ qui les financent. Le drame, c’est que cet esprit de village assiégé n’a pas donné naissance à un champion français ou européen de la vidéo. Des discussions auraient lieu, paraît-il, en ce sens avec Orange, Vivendi et France Télévisions. Mais c’est bien tard, les légions de Netflix sont aux portes du village. Et personne n’a de potion magique.


L’actu des médias, les médias dans l’actu : tel est le propos de la chronique d’Amaury de Rochegonde, rédacteur en chef adjoint à Stratégies, qui se propose de décrypter ce qui change les médias à l’ère numérique. Les évolutions technologiques, la crise des modèles classiques, les nouveaux vecteurs d'information... Tels sont quelques-uns des éléments qui seront explorés sur la planète média. Tout en couvrant les grands événements «médias» qui touchent la France. Une attention particulière sera accordée à l'actualité internationale des médias, notamment intéressant les pays du Sud. La chronique pourra revenir aussi avec un regard critique sur la façon dont les médias couvrent certains événements et sur la façon dont les médias sont eux-mêmes transformés par une actualité qui leur est propre.

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Amaury De Rochegonde
Journaliste, rédacteur en chef-adjoint à Stratégies, spécialités Médias et RH, chroniqueur @RFI

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