Olympe de Gouges est née le 07 mai 1748. Personnage presque méconnue de l'histoire de la Révolution Française, son dévouement aux droits de la femme et de la citoyenne et son opposition à la dictature de Robespierre l'ont amené à la guillotine. De Gaulle, Simone Veil et Lucien Neuwirth, républicains convaincus, continueront sa tâche depuis l'Assemblée Nationale, en face de la place que la vit mourir en 1793.

Olympe de Gouges: 266 ans depuis de sa naissance

07 mai 2014: Olympe de Gouges se balade à l'emplacement du Panthéon très près du Parc du Luxembourg. Elle vient d'avoir 266 ans mais peu de personnes l'ont félicitée. Bien que la situation politique actuelle est loin des événements de 1793, l'ingratitude est restée intacte.

Quand Olympe naquit en 1748, son père ne la reconnut pas. Elle fut une bâtarde de plus dans un monde du XVIIIe siècle où les femmes n'avaient aucun droit. Élisabeth Ire, "Reine Vierge", ou Isabelle la Catholique pouvaient parfaitement régner en Angleterre ou en Espagne et parallèlement on pouvait les empoisonner ou les cadenasser à vie dans un château. Elles incarnaient le role de la soumission. 

Tandis qu'elle était injuriée et huée par les femmes, l'ancienne reine Marie - Antoinette demandait pitié: « Je ne répondrai pas parce que la nature elle-même rejette une telle accusation. J'appelle à toutes les mères qui se pressentent ici. Je vous appelle ». La seule qui répondit à son cri est Olympe de Gouges, mais elle fut aussi ligotée en face du Tribunal Révolutionnaire, traînée dans la boue.

Olympe de Gouges: non au mariage, non à l'esclavage

La plupart des hommes orphelins ont une attirance pour les hommes plus âgées. Par contre, Olympe, orpheline, ne voulut jamais se marier. Néanmoins on lui imposa d'épouser un boucher grossier qu'elle méprisait. Suite à la mort de ce monstre, elle se consacra pleinement aux lettres, délivrée du châtiment du mariage.  Puis elle écrira une pièce de théâtre en faveur de la liberté des mulâtres. Rien d’étonnant car elle se considérait une esclave.

Avant qu'une fille américaine connue Harriet Beecher Stowe ne commençât à rédiger « La Case de l'oncle Tom » et fût la responsable de la guerre civile américaine (1861 – 1865), Olympe de Gouges avait déjà prôné qu'il fallait réformer la Première République française en accordant la liberté aux noirs.

Tous ses efforts cherchaient à empêcher un retour humiliant à une autocratie napoléonienne (1804), puis une nouvelle monarchie (1815) et finalement à une autre autocratie étouffante (1851). Olympe fut en quelque sorte plus radicale que Robespierre et fut elle la vraie incorruptible.

Olympe n'eut pas la chance de naître sous la République américaine. Tant pis pour elle, elle vit émerger une République française prête à s'acharner sur tous ceux qui demandassent de la modération. Est-ce que dans l'histoire américaine fut -il envisageable d'envoyer George Washington à l'échafaud, agenouillé vis-à-vis de la guillotine? 

Olympe de Gouges: mariage, acte civil et referendum

Elle disait que le mariage était le tombeau de l'amour et elle prônait que l'Assemblée Nationale fît voter une sorte d'acte civil que l'on connaît à partir de 1999 comme Pacs. Est-ce qu'elle aurait été dans la marche des fiertés pour le mariage homosexuel?

C'est une question sans réponse mais c'est sur qu' elle n'aurait jamais fait partie des manifestations catholiques qui cherchaient à barrer la route à cette loi. Olympe était une libérale d'acier et elle dénonçait amèrement que le pire ennemi d'une femme émancipée était une autre femme répressive. La guillotine était, à vrai dire, du sexe féminin.

Mais si le mariage, conduit par un curé du sexe masculin, était le tombeau de l'amour, sa passion excessive fut l'élan qui la poussa au bord d'un goufre qui donnait sur une fosse commune.

Elle fut guillotinée par la Première République place de la Concorde et accusée d'échapper à ses tâches appartenant exclusivement à son sexe. Elle venait de prôner que la France décidât son destin par biais d'un référendum.

Ironiquement tout au long de son histoire, la France a eu recours au référendum à plusieurs fois.

 

Quand le peuple voulut le départ de de Gaulle, il vota contre le referendum de 1969; quand il voulut rejeter la Constitution Européenne, il vota contre en 2005.

On a envie de dire à Olympe de Gouges qu'il n'y a rien à craindre de la Cinquième République. Elle ne la guillotinerait plus, elle ne s'élancerait plus sur elle comme un vampire. Il y a eu tas de changements dans ce pays. Olympe de Gouges aurait du mal à le reconnaître. Sauf une chose reste perdurable... l'ingratitude.

De Gaulle: la dépénalisatiode la pilule contraceptive

Face à Olympe de Gouges, se trouve de Gaulle, symbole de la Cinquième République, qui aimait le référendum autant qu'elle pour renforcer son pouvoir sans violer la Constitution.

En 1967, malgré son côté conservateur, cette France gaullienne, grâce au député Lucien Neuwirth, fit adopter la dépénalisation de l'usage de la pilule contraceptive.  Les femmes pouvaient choisir librement. Il était déjà possible qu'elles pussent être patronnes de leur corps. Olympe aurait eu 219 ans quand la loi fut promulguée.

La France donnait la parole doucement aux femmes, loin de la humiliation de la Terreur qui finit avec la vie d'Olympe en 1793. Comme la plupart des exécutés, la tête d'Olympe fut placée au milieu de ses jambes, comme si sa tête s'agissait d'un nourrisson. Les deux, le corps et la tête coupée, aboutirent sur une charrette qui, selon les témoins, les transporta à une fosse commune. Mais Olympe ne fut pas la seule à être assassinée au nom de la liberté.

Quand elle était devant le Tribunal Révolutionnaire en novembre 1793, personne ne put l'aider. Aucun homme si courageux n'osa la sauver. Rien d'étonnant. Un mois avant cette même bande de soudards du Tribunal Révolutionnaire accusa Marie - Antoinette d'avoir couché avec son propre fils. Le petit Louis XVIII, fut forcé à calomnier pour que la reine n'eût aucune échappatoire. La même société obligeait les femmes à voir des enfants et avait aussi le droit de les injurier.

Tous savent qu' Olympe était enceinte lors de sa décapitation en 1793. Elle le fit savoir au Tribunal Révolutionnaire et la réponse fut un éclat de rire. Elle mentait à leurs yeux. En tout cas, en sachant qu'elle disait la vérité, les révolutionnaires trouvèrent mieux qu'il fallait se défaire de toutes les traces que Olympe pût laisser sur la face de la terre: son cerveau et ses entrailles.

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