Le lancement a été rendu officiel à la fin du mois de janvier. La création d'un musée européen des médias est en cours de réalisation et le projet a été mûrement réfléchi pendant deux ans. Cette initiative - qui verra le jour à l'horizon 2025 - est portée par un ancien visage phare de LCI, Christine Kelly. La journaliste qui a été membre du Conseil supérieur de l'audiovisuel (2009-2015) est aussi écrivaine, présidente de la fondation Kdurgences et présidente du projet du musée européen des médias. Pour le lancement de ce lieu culturel à l'échelle continentale, Christine Kelly peut compter sur le soutien de certains confrères : David Pujadas, Emmanuel Chain, Laurence Ferrari ou encore Patricia Loison, notamment. Pourquoi entamer la réalisation d'un tel musée ? Ce nouvel espace culturel, à quoi va-t-il ressembler ? Christine Kelly nous fournit quelques éléments de réponses à ces questions et à bien d'autres. Entretien.

Comment avez-vous eu l'idée de créer un musée européen des médias ?

Tout est parti d'un constat. J'ai constaté qu'il n'y a aucun endroit où des enfants et des adultes pouvaient toucher aux métiers de l'audiovisuel en France, premièrement. J'ai observé qu'il n'y a aucun endroit où l'on explique aux téléspectateurs, aux auditeurs, ce que c'est que l'audiovisuel, deuxièmement. Ensuite, nous ne disposons d'aucun endroit où on peut raconter l'histoire de l'audiovisuel, par exemple la révolution des radios libres avec NRJ (Radio Nouvelle Jeune) - première radio de France - comment tout à commencer en 1981, avec le président de NRJ qui a loué un studio au 55 rue du Télégraphe à Paris envers et contre tous. On voulait le déloger et il a gardé son émetteur dans la salle de bain, il y a toute une histoire. Je m'aperçois également, qu'il n'y a aucun endroit pour faire de l'éducation aux médias. Ce n'est pas normal qu'aujourd'hui, certains jeunes se méfient des informations données par un journaliste, mais qui croient absolument ce que va dire un tweet ou une personne sur Internet. Ce n'est pas normal qu'il n'y ait pas un endroit qui matérialise l'exception culturelle française. On est le seul pays au monde où l'audiovisuel finance le cinéma, les radios associatives, la presse écrite et même jusqu'au club de football amateur. Et pourtant ce n'est pas matérialiser et expliquer aux téléspectateurs et aux auditeurs.

Pourquoi parler d'un musée européen et non français ?

Parce que la France a une particularité européenne et mondiale, mais il s'agira d'un musée européen et non mondial, car je souhaite que la France puisse porter les valeurs des médias européens. En étant passée par le CSA, j'ai beaucoup travaillé avec des organismes de régulation au niveau européen et j'estime que nous avons beaucoup de choses à partager avec les autres pays de l'Europe. On ne pourra pas être exhaustif sur l'histoire des médias espagnols, grecs, italiens etc., mais on pourra avoir des partenariats avec les médias italiens, raconter ponctuellement l'histoire des médias en Italie. Sur la tuerie de Charlie Hebdo, on pourra donner un éclairage de la presse européenne, déterminer les angles choisis par les confrères du continent. Voilà, la dimension européenne que je veux donner au musée et je veux absolument que ce soit un musée européen des médias.

Qu'est-ce que les futurs visiteurs pourront voir et découvrir dans cet espace ?

Ils pourront voir des films en ultra HD, voir toutes les nouvelles technologies qui existent dans l'audiovisuel et qui ne sont pas toujours exploitées, par exemple, des interviews en hologramme, c'est assez extraordinaire et très impressionnant à voir. Des expositions temporaires seront présentées au public, comme par exemple sur le drame survenu dans les locaux de Charlie Hebdo, sur la présidentielle dans les médias, sur l'histoire de la presse écrite, sur Mai 68 dans les médias ou bien sur les faits-divers à la télévision et même sur les chiens des présidents de la république pour rigoler un peu. Bien sûr, les futurs visiteurs pourront découvrir des expositions permanentes sur la thématique " Qu'est-ce que l'audiovisuel français ? " : 200 chaînes, 900 radios, l'obtention des fréquences des radios, la Tour Eiffel n'est pas qu'un lieu touristique c'est aussi un haut lieu de diffusion, entre autres. Les visiteurs pourront également découvrir la salle de bain du président de NRJ en 1981 quand il a créé sa radio, visiter le bureau de Patrick Poivre d'Arvor, celui de Claire Chazal et bien d'autres que l'on pourrait reconstituer. En tout cas, c'est la vision que j'ai de ce musée européen des médias. Cet espace accueillera des studios d'enregistrement d'émission, des salles de réunion, de conférence, et un lieu dédié à la recherche sur les médias. J'accorde une place importante à l'éducation aux médias, apprendre aux enfants et aux adultes aussi ce que sont les médias par des jeux, des tests et apprendre, aussi, à se méfier intelligemment des médias.

Est-il primordial de faire connaître au grand public les rouages des médias à une époque où l'on parle d'infobésité ?

Absolument, l'objectif de ce musée ce n'est pas d'être passéiste, mais d'être chargé d'émotions où l'on pourra vivre des émotions fortes. Ce sera également un musée engagé, un musée par exemple qui prendra la liberté de faire une exposition sur la tuerie de Charlie Hebdo, d'apprendre à se méfier des médias, montrer aussi comment des médias se trompent en prenant plusieurs exemples à l'appui. Autant les médias ont bien averti la population lors de la catastrophe de Tchernobyl, mais autant parfois les médias se sont trompés sur certaines informations. Il faut aussi avoir l'humilité de le montrer au musée. Ce sera un lieu tourné vers l'avenir où l'accent sera mis sur l'éducation aux médias, inculquer au visiteur, à l'auditeur et au téléspectateur la bonne façon de faire le tri entre une bonne et une mauvaise information dans un monde où tout le monde est journaliste comme vous le disiez, nous sommes dans l'ère de l'infobesité.

Le plan de financement de votre projet s'élève à plus de 100 millions d'euros. Comment allez-vous parvenir à amasser une telle somme ?

Tout d'abord, il n'y a aucun musée, d'une telle envergure qui n'a pas coûté ce prix-là voire deux fois plus donc, je suis vraiment dans la fourchette basse. Ensuite, la question du financement est une question à venir certes, mais dans un premier temps je souhaite consolider mon business plan, trouver le lieu et avancer pas à pas. Après avoir réfléchi pendant deux ans sur ce projet, la première leçon que j'ai tirée c'est de faire les choses pas à pas. Je ne conçois pas d'entreprendre des démarches dans la précipitation. Un musée ce n'est pas une chaîne d'informations en continu, pour un musée, on prend le temps, on observe, on consolide, on fédère, on rassemble, on mobilise et ensuite on va chercher les fonds, ensuite on construit et on ouvre les portes. Ce sera un perpétuel challenge. Aujourd'hui, le projet de musée, c'est un étage vertigineux à monter et là j'ai mis le pied sur la première marche. Avant de mettre le pied sur la seconde marche, il faut consolider ma première marche. Et le financement est au cours de cet étage à monter. Je suis très sereine, car je sais qu'il y a des investisseurs très intéressés par ce projet d'envergure, hors du commun, innovant, jamais réalisé dans toute l'Europe jusqu'à ce jour.

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