Comme pour le phénomène
Obama/CNN/Facebook, je fais un énorme effort pour quitter le "flux", la "vibe" mondiale qui se joue actuellement sur Twitter, relatif au décès annoncé de la star américaine Michaël Jackson. Et je tente une première réaction à chaud, pour trier le bon grain de l'ivraie. Et je me sers cette fois de
mes propres tweets, pour disséquer le phénomène et mieux le comprendre. J'ai le sentiment qu'une part de l'avenir du journalisme se joue bien là, quitte à mieux le gérer, à l'améliorer sans doute.

Le préalable : bien sûr je suis de la génération Jackson. "Thriller" a été mon premier album de jeunesse, le premier que j'ai acheté. Et j'ai été un passionné de clips vidéos, notamment ceux du clan Jackson. Ceci pour préciser la raison de mon intérêt. Je ne suis pas certain que tous les twiterriens qui se sont exprimés ce soir là connaissait bien l'artiste... Quid du phénomène de buzz que l'on rejoint "juste pour se marrer" ou parce que "ça fait de l'audience"?
La volumétrie : j'ai rédigé en un peu plus de deux heures, quelques 45 tweets, soit dans les 6300 signes. Ce sans effort, ni fatigue, et sans me poser la question fatidique du "
mais à quoi donc ça sert puisque je ne suis pas journaliste musical ou spécialiste des stars?". Avouons que c'est troublant quand même, comme point, puisque pas mal de journalistes intervenant sur Twitter sont dans le même cas... De quoi réfléchir sur notre usage de Twitter et son inscription dans nos propres projets éditoriaux.
La frénésie : j'ai tweeté ce titre de presse US lu sur Google News, "Twitter Goes Mad With Celeb Death News". Et j'y participe moi-même, comme me l'a fait remarquer sur Facebook (mes deux comptes sont inter-connectés, ndlr) Karine Quarant-Schmidt (à 01:59) : "
Laurent, mais c'est rage ? Toi aussi t'es en train de twitter comme un fou, d'un coup ! :-)))) C'est l'effet Jackson ?". En effet, bien vu : je m'interroge sur cette capacité de Twitter à nous faire oublier ce que nous y faisons, avec le sentiment de faire... quelque chose d'utile. Un comble. L'outil absolu de l'individualiste névrosé gavé de nouvelles technologies et noctambule? Qui sait...
La confirmation : le phénomène observé lors de l'investiture du président Obama se reproduit ici, et distingue donc plus nettement les ingrédients nécessaires. Il faut : une actualité forte, une dimension internationale, un aspect émotionnel. Côté technique et médiatique, le "bundle" idéal semble bien celui de suivre un programme tv en parallèle de pouvoir en témoigner sur internet. Question : pourquoi les télévisions ne relayent pas directement les tweets qu'elles citent pourtant abondamment? Question bis : pourquoi les grands médias n'intègrent pas directement des espaces de "tweet" pour faire vivre chez eux ces grands moments?
Le décalage : aucune info en direct n'a été donnée sur les grandes chaînes hertziennes (TF1, France 2 et 3, France 5, M6) pendant toute cette nuit, et pendant que les chaînes d'info continue, Twitter et les sites web d'information crépitaient en sarabande... L'aveu d'une incapacité technique et humaine? Un scandale pour des chaînes dites de "service public"? Il faudrait y réfléchir, quitte à requalifier certaines en "chaînes magazines" simplement.
L'usage : j'ai glissé sans effort du tweet communautaire, au tweet décalé à effet (voulu) humoristique. Et c'est une pratique que j'avoue non seulement grisante mais aussi un bel exercice de rédaction temps réel. "
Ecrire le tweet qui sera le plus en osmose avec la communauté réunie à l'instant t? Réussir le tweet qui fera le plus et le mieux sourire sur des informations sévères?". Voici donc bien un des ressorts clés de cette application. Et que l'on devrait à mon sens cultiver dans les équipes de presse qui utilisent Twitter.
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