La récente déclaration du ministre haïtien des Affaires étrangères, Pierre-Richard Casimir, relative à l’épidémie du choléra en Haïti est criminelle et attentatoire à la dignité du peuple haïtien. C’est un crime de lèse-majesté qui porte aussi atteinte à l’intégrité du peuple haïtien. Si le parlement fonctionnait de manière indépendante et selon des règles d’éthique, il devrait aujourd'hui demander des comptes au premier ministre et au président de la République. Dans certains pays, on aurait même envisagé une procédure de destitution du président de la République s’il avait cautionné une telle déclaration car c'est une trahison envers le peuple haïtien. C'est également un crime de lèse-humanité car le ministre a ainsi dénié aux victimes haïtiennes leur droit à la dignité et à la justice, donc à une réparation. En ce sens c'est un déni de leur humanité. Combien vaut une vie haïtienne pour Pierre-Richard Casimir ou pour l’équipe qu’il représente ?

Voici le contexte

‘’Le gouvernement haïtien n’interviendra pas auprès de l’Organisation des Nations Unies (ONU) pour obtenir justice et réparations pour les 7000 morts et les près de 700 000 personnes qui ont été hospitalisées à cause de l’épidémie du choléra introduite en Haïti par le bataillon népalais de la MINUSTHA. C’est ce qu’a révélé le ministre des Affaires étrangères, Pierre-Richard Casimir, lors d’une audition devant la commission des Affaires étrangères de la Chambre des députés le 18 octobre 2012’’ (source : Radio Kiskeya).

Cette étonnante et irresponsable position officielle de l’État haïtien survient alors que les victimes du choléra en Haïti ont déjà formellement déposé plainte au siège social de l'ONU à New-York. On n’a jamais exigé du gouvernement haïtien de poursuivre l'ONU. Le gouvernement haïtien n'était même pas obligé de se prononcer. À la rigueur s'il avait gardé silence, cela aurait été discutable mais moins grave. Le chancelier haïtien lors d’une audition devant la commission des affaires étrangères de la Chambre basse s’est exprimé en ces termes : "Si les études scientifiques menées ont établi que la souche de la maladie est asiatique, en revanche, il n’a pas été démontré la responsabilité des soldats népalais dans une relation de cause à effet" (source : Radio Kiskeya). Cette déclaration préméditée du ministre des Affaires étrangères survient à ce moment précis pour barrer la route aux réclamations des victimes. Ce n'est pas seulement un enjeu financier, l'ONU ne veut surtout pas créer de précédent et il se sert du gouvernement haïtien pour décrédibiliser la plainte des victimes.

En lisant cette déclaration scélérate de Pierre-Richard Casimir, mon sang n’a fait qu’un tour et j’ai réagi vivement en exprimant toute mon indignation, toute la répugnance que m’inspire une telle prise de position contre les victimes du choléra en Haïti.

J’avais lu le rapport commandité par l’ONU en 2011 et je l’ai relu : le rapport insiste sur le fait que la contamination n’est pas volontaire, en ce sens, il n’y a pas eu faute intentionnelle mais cela n’exclut nullement la négligence et la responsabilité de l’ONU dans le dossier (par exemple, les conditions sanitaires dans le camp de la MINUSTAH à Mirebalais).

Néanmoins, le rapport reconnaît hors de tout doute :

  1. que l’épidémie a bel et bien été importée en Haïti;
  2. qu’il n’y a qu’un seul lieu d’origine possible de l’épidémie (le camp de la Minustah à Mirebalais);
  3. que la souche haïtienne est très semblable à la souche sud-asiatique du Vibrio cholerae sans y être tout à fait identique.

En examinant minutieusement le rapport de l’ONU, il est écrit à la page 27 que ce n'est pas la souche complète népalaise qui a été utilisée pour la comparaison. « The whole genome sequences of the Nepal strains are still in the process of being completed. » Ma traduction : « Les séquences du génome des souches du Népal sont encore en voie d'achèvement ou en voie d’être complétées.» 

Ces experts de l'ONU ne disposaient pas, peut-être, en 2011 de toute l'information sur la souche népalaise, ils ne pouvaient donc pas obtenir les bons résultats, les mêmes résultats que d’autres chercheurs indépendants qui se sont penchés rapidement sur le cas haïtien. Alors, la conclusion du rapport de l’ONU est biaisée. C'est comme si des experts font une comparaison entre une bourrique et une jument, alors qu’ils ne s’étonnent pas d'arriver à la conclusion qu'une bourrique n'est pas une jument, même si elles appartiennent à la même famille des équidés.

Nous remercions l’éminent Dr Daniele Lantagne, qui fut un membre du panel d’experts ayant produit le rapport de l’ONU en 2011, de rectifier aujourd'hui le tir. Et il n'y a aucun doute possible : la souche haïtienne est une copie exacte de la souche népalaise et le choléra a bel et bien été introduit par les soldats onusiens népalais du camp de Mirebalais. Pierre-Richard Casimir a erré en droit en s'opposant aux revendications des victimes du choléra car il y a bien une relation de cause à effet entre les soldats népalais et le choléra en Haïti.

Ce qui est en cause, ce n'est pas la faute intentionnelle de l'ONU. C'est absurde de penser que l'ONU ait introduit le choléra afin de décimer la population haïtienne, ou de supposer une guerre épidémiologique contre Haïti. Je ne pense pas qu'il faut emprunter cette voie délirante et stérile. Par contre, il y a bien une responsabilité.

Y a-t-il eu négligence ? Qui d'autre que l'ONU connaît aussi bien les défaillances du système de santé en Haïti ? Qui d'autre que l'ONU expérimente tous les jours les vulnérabilités de notre pays ? Et qui d'autre que l'ONU peut parler des faiblesses de notre État sous toutes les coutures ?

On savait que le risque de propagation du choléra était très élevé en Haïti.

Je vis dans une société occidentale et je suis témoin des moyens célères pris par la sécurité publique, le système de santé dès l'apparition d'une épidémie. Certaines fois, pour éviter le risque de propagation d'une épidémie dans le pays, l'État peut même interdire aux étrangers potentiellement porteurs du virus l'entrée sur son territoire. En Haïti, malheureusement, nous n'avons pas cet État fort.

1) Les soldats népalais ont-ils subi tous les tests médicaux nécessaires à la recherche du choléra avant leur recrutement pour venir en Haïti ? Le Vibrio cholerae pouvait-il être détecté ? Le choléra est considéré comme une maladie endémique au Népal. N’y-avait-il pas lieu d’être plus vigilant ?

Le peuple haïtien était encore sous le choc du tremblement de terre. Il n'avait pas besoin d'un autre traumatisme.

2) Quelles étaient les conditions sanitaires dans le camp de Mirebalais de la Minustah ? La Minustah pouvait-elle mieux contrôler tout risque de contamination des populations locales dans le cas précis de choléra ?

Une rivière a été contaminée avec les déchets humains des soldats du camp onusien à Mirebalais, ainsi que le plus grand fleuve du pays, le fleuve Artibonite. Dans les pays occidentaux, on poursuit en justice n'importe quelle entreprise qui contamine les sources, les eaux, quand cette contamination entraîne mort et maladie. On poursuit même les entreprises qui contaminent l'environnement et détruisent la vie des animaux. Les États-Unis réclament au groupe pétrolier britannique BP des milliards de dollars en dédommagement pour les dégâts environnementaux, et à ce que je sache, il n'y a même pas eu mort d'homme.

Alors, pourquoi l'ONU ne devrait-elle pas dédommager les victimes du choléra en Haïti ? Un bilan lourd : déjà 7 000 morts et près de 700 mille hospitalisations.

L’ÉTAT HAÏTIEN VIENT DE POTER LUI-MÊME UN AUTRE COUP FATAL À SA CRÉDIBILITÉ.

C’est une perte importante de crédibilité (dont le solde est déjà négatif) aux yeux de la population et également aux yeux de la communauté internationale. La déclaration du ministre haïtien des Affaires étrangères relative à la responsabilité de l’ONU dans l’introduction du choléra en Haïti constitue une réponse hallucinante à la dernière question posée dans l’article « Autopsie d’un projet torpillé par l’État haïtien : S.O.S. POUR L’ÉCOLE NATIONALE DES INFIRMIÈRES DE PORT-AU-PRINCE».

Pierre-Richard Casimir entretient la délinquance de l’État haïtien et il est, en la matière, un récidiviste.

LA CRÉDIBILITÉ DE L’ACTUEL EXÉCUTIF HAÏTIEN EST LOGÉE À L’ENSEIGNE DU DÉNI ET DU DÉLIT !

Junia Barreau

Montréal, le 28 octobre 2012

 

Junia BARREAU est détentrice d’une maîtrise en gestion des PME et de leur environnement. Elle poursuit des études supérieures en sciences économiques à l’Université du Québec à Montréal.

Envoyez-moi un e-mail lorsque des commentaires sont laissés –

Vous devez être membre de Atelier des médias pour ajouter des commentaires !

Join Atelier des médias

Articles mis en avant

Récemment sur l'atelier

mapote gaye posted blog posts
4 févr.
Mélissa Barra posted a blog post
La Côte d’Ivoire veut s’attaquer aux dysfonctionnements que connaît l’enseignement supérieur public…
18 janv.
Plus...