Dans un contexte de mondialisation culturelle, où des concepts d’émissions télé sont déclinés sur les chaines du monde entier, où des chanteurs dévoilent leurs derniers titres sur tous les continents simultanément, et où le lancement des jeux vidéo est planétaire, peut-on encore parler de diversité culturelle ?

 

 

« Placer la culture au cœur du développement est un investissement capital dans l’avenir du monde, la condition du succès d’une mondialisation bien comprise qui prenne en compte les principes de la diversité culturelle. Le développement est inséparable de la culture » proclame l’ONU, qui organise au mois de mai une Journée mondiale de la diversité culturelle. Mais en 2014, apprécie-t-on les mêmes objets culturels d'un pays à l'autre ? Qu'est ce qui nous lie à travers la culture ? Comment expliquer le succès universel de certaines œuvres, musicales, cinématographiques, ou littéraires ? Et comment comprendre que les États-Unis continuent d’imposer depuis des décennies leur modèle culturel, y compris dans des pays qui leur sont hostiles politiquement ?

 

Culture ou simples divertissements ?

 

Les deux exemples suivants peuvent sembler déroutants lorsqu’on aborde la mondialisation et la diversité culturelle. Comment expliquer il y a quelques mois le succès du chanteur Psy avec son « Gangnam style », visionné par 1,8 milliard d’internautes sur YouTube, téléchargé 22 millions de fois uniquement en Corée du Sud et dont le single s'est écoulé à 1 million d'exemplaires pour les seuls États-Unis. Déconcertant également les moyens colossaux mis en œuvre par l'industrie américaine du disque pour prolonger le succès de Lady Gaga et de Britney Spears alors que leurs derniers disques lancés sur toute la planète ont été des flops commerciaux.

 

Deux constats s’imposent : Internet peut se révéler un formidable vecteur d'appauvrissement culturel et la belle mécanique programmée des succès internationaux « mondialisés » peut facilement s’enrayer. Même lorsque de moyens financiers colossaux sont mobilisés pour encourager le succès d’œuvres assez éloignées du champ culturel, rien n’est plus garanti. La qualité et l’originalité restent les premiers critères de reconnaissance d’une œuvre artistique, et il est faux de penser que la diffusion sur le web, et donc potentiellement dans le monde entier, en assure seule le succès. La numérisation des œuvres, particulièrement sous la férule de quelques géants de la distribution ou d’Internet n’offre pas plus de garanties pour la diversité culturelle.

 

La diversité culturelle ne coûte pas 9,99 euros

 

Lorsqu'Amazon a voulu imposer un prix unique de 9,99 euros aux livres numériques, rabaissant par là-même les œuvres littéraires à des produits comparables en tous points, il a trouvé face à lui plusieurs éditeurs réticents. A l'instar d'Hachette qui a rapidement pris position pour expliquer que ces tarifs étaient incompatibles avec le maintien de la qualité du travail des auteurs et de la diversité culturelle, ce type de réseau de vente privilégiant avant tout les best-sellers. Il est vrai qu’Amazon, en pratiquant cette politique agressive des prix alors qu'il n'est pas éditeur mais distributeur, nuit à la santé financière des maisons d’éditions et à la juste rémunération des auteurs.

 

Pour autant, Amazon ne découvre pas les talents, et n’intervient pas sur les contenus qui  lui sont soumis. C’est la raison pour laquelle les éditeurs, en encourageant la créativité, ont encore toute leur place et savent se faire entendre des géants de la distribution. PDG d’Hachette Livre, Arnaud Nourry se félicite d’avoir avec ses auteurs des contrats exclusifs « qui nous mettent en position de force par rapport aux grands opérateurs internationaux ». Aujourd'hui, il peut même se permettre d'annoncer, de retour de la Foire de Francfort en octobre 2013, qu' « Amazon est le plus grand client de Hachette Livre » et d’ajouter que l’édition est « la seule industrie culturelle qui profite du numérique. » Mais numérique ou papier, une œuvre littéraire reste une œuvre culturelle.

 

Ne pas confondre culture, bien culturel et diffusion

 

L'ambition de tout éditeur de biens culturels n'est pas forcément de programmer dès l'origine d'une œuvre son succès universel. Mais il aspire tout de même à garantir une diffusion et des ventes qui alimenteront aussi bien la continuité du travail de l’auteur que les moyens de production de la maison d’édition.

 

Mais cela peut parfois s’apparenter à une loterie. Peu de professionnels auraient pu imaginer que la saga Harry Potter qui s’est vendue à plus de 450 millions d’exemplaires dans 70 pays connaîtrait un tel succès. L'œuvre de J.K. Rowling découverte (après une quinzaine de refus) par un éditeur anglais de taille moyenne, Bloomsbury Publishing, a d'abord été publiée pour son originalité et son style complètement nouveau. En cela, l'éditeur a fait son travail, dans le respect de l'œuvre et de la personnalité de l'auteur. Le succès planétaire est venu après, avec l’accueil du public... L’éditeur, en effet, a un rôle « de découvreur et de passeur », estime Arnaud Nourry.

 

Vouloir créer un marché mondial des biens culturels reste le fantasme de producteurs qui oublient que, si la mondialisation a gagné les secteurs de la restauration rapide ou celui des sodas, les publics nationaux restent sensibles à l’originalité et à la diversité de l’offre culturelle. La dématérialisation des livres favorise certes l’accès aux œuvres de créateurs étrangers. Mais il ne faut pas amalgamer technologie et qualité artistique des œuvres. Le rôle des éditeurs restera essentiel pour la mise en valeur du patrimoine culturel, quelle que soit la facilité de diffusion à l'échelle planétaire.

 

 

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