Crédit photo : Dulnan



Il y a presque 5 ans, je participais avec LeWebLab.com naissant à une réflexion à la Cantine et au SMC sur "les modèles économiques de la presse en ligne". Fin 2013, le sujet est toujours d'actualité, comme si l'on avait pas ou peu avancé...

 

Le Spiil (Syndicat de la presse indépendante d'information en ligne) a en effet été à l'initiative d'un site web plutôt original : 2081.info. Il entend être un think tank pour imaginer rien moins que... le futur de la presse. En effet, puisqu'on la dit depuis un moment "en crise" et "en voie de disparition", que nombre de docteurs se penchent sur son lit d'hôpital... autant collecter en un seul lieu les bonnes idées, et les partager pour mise en application idéalement rapide.

 

J'ai de suite souhaité participer à cet exercice salutaire et plus qu'urgent pour la profession... 5 ans après avoir abordé le sujet, et plus de 10 ans après la naissance du web 2.0. Tout d'abord parce qu'il fait écho à une démarche que j'ai enclenché de longue date entre blogs, conférences, formations. Aussi parce que deux axes de travail sont à enclencher immédiatement, correspondant à une révision du "modèle d'entreprise" de la presse.

 

J'insiste bien sur ce terme, distinct du simple "modèle économique" si souvent abordé. Je pense qu'il est temps en effet de se hisser au-dessus de la seule équation financière, pour envisager le tout.

 

1/ ouvrir le modèle commercial : un débat au coeur de l'actualité comme on l'a vu ces derniers jours avec l'affaire de la une et la crise de Libé. Pourtant, c'est bien de cela qu'il s'agit, de trouver un "e-commerce intelligent" de substitution. Car si les lecteurs n'achètent plus de journaux papiers ni n'accrochent à des abonnements digitaux payants, face à une pléthore de contenus gratuits, accessibles, permanents... Que leur proposer d'autre "à consommer" ? Que faire qui reste en phase avec "l'esprit" du journalisme, peut être à faire vivre autrement ?

Vendre l'ADN journalistique sous d'autres formes, avec d'autres "véhicules" comme l'ont dit dans les métiers financiers semble urgent. Librairie, espace culturel, boutique... et pourquoi pas même e-commerce de produits en phase avec votre spécialité ou nature de presse.

 

 

2/ revoir le modèle de travail : je me suis en effet poser récemment la question de savoir "si la presse digitale était en soi vivable"... En l'état et à date, il semble que non. Lancée à pleine vitesse dans une course à "rattraper son retard" ou à "imaginer les supports de demain", la presse n'offre plus des jobs pérennes, humains et tout simplement tenables. Tout se passe comme si l'on souhaitait débarquer le maximum de monde. Pourtant l'automatisation complète des entreprises -médias comme les autres- n'étant pas encore totalement acquise, rien ne sera fait sans et je dirais presque, "contre" l'humain.

La presse doit penser à faire vivre demain un journalisme plus en contact avec son public, ses concitoyens, son prochain. Ce à travers les moyens de communication et de travail les plus récents : réseaux sociaux en tête.

 

C'est pour moi uniquement en travaillant sur ces deux plans -commercialisation et gestion humaine- qu'on parviendra à reconsolider la presse contemporaine autour de méthodes, valeurs et process communs. A défaut, on en restera aux approches "classiques" et travers actuels, qui font plus de dégâts qu'ils n'apportent de solutions. En résumé :

 

1/ commercialisation fofolle : vendre des contenus coûte que coûte, à des lecteurs qui n'en ont plus le goût, le réflexe ni les moyens. Vendre des espaces publicitaires jusqu'à l'excès d'exposition (les pubs intégrées de partout) et de fréquence (le RTB pour tous !). Donner les commandes de l'avenir digital des journaux qu'à des HEC, Essec et autres vendeurs de tout poil.

 

2/ ressources (in)humaines : réduire drastiquement les équipes, dans le même temps qu'on les rajeunit aux forceps en pensant que digital = jeunisme. Puis fracasser les équipes sur le mur digital, plutôt que les former progressivement et concrètement. Fracasser aussi parce que gérer est devenu difficile, presque impossible quand on oublie les fondements d'une gestion "en bon père de famille".

 

Je lisais sur Twitter dernièrement une réflexion d'un coach assez (im)pertinente. Un intervenant qui veut surprendre son auditoire avec une formule bien sentie. "Nous avons une stratégie révolutionnaire. Elle s'appelle : faire ce que l'on a à faire". Bon nombre d'équipes de presse et de pro du journalisme peuvent la faire sienne : arrêter de produire le nez dans le guidon, prendre un peu de hauteur pour "faire ce qu'il y a à faire". Sur le simple plan de pérenniser le métier, et bâtir de nouveaux fondements. Pas seulement d'aller chercher de nouveaux carnets de chèque épais et de nouvelles aides à la diffusion...

 

Pour prolonger : d'autres liens plus anciens sur le même thème

- "De la presse aux médias sociaux : quels métiers"

- "Journalistes : furia technologique et burn-out"

- "Le temps de l'entre-journalisme"

- "Les journalistes recyclés"

- "Rien ne presse" (vidéo)

- "Un autre journalisme" (itw audio)

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