Je prolonge les questions du premier débat du SMC sur la démocratie participative, tenu le 24/2 dernier, et que j'ai déjà blogué ici. Je l'avoue, le sujet me dérange sur les bords et les contours. Peut être le bon vieux réflexe « d'indépendance journalistique » vis à vis des politiques et militants, que même la souplesse et le côté « happy friendly » des réseaux en ligne ne parvient pas à gommer à mon goût... Passons.Je reviens sur quelques questions de fond que je me pose, à observer et écouter les acteurs des blogs politiques et animateurs des réseaux engagés en vogue du moment :- réseau ouvert ou appareil de propagande ? je ne discute pas les intentions nobles et louables des jeunes porteurs de ce « mouvement » informel et pluriel, mais je vois aussi la récupération systématique par les caciques de la politique, plus malins, moins généreux, juste désireux d'exploiter technologies et votes à leur profit par des voies plus modernes.- militantisme réel ou joujou en ligne ? je rebondis sur le billet du Mulot publié dans le dernier « Vendredi » (le n°19), parlant des femmes engagées en politique sur le net... Un groupe Facebook, un compte Twitter sont-ils un engagement politique? Observant et pratiquant ces outils, je dirai qu'on est plutôt sur le terrain d'un militantisme presse bouton, d'un participatif du zapping. Je m'engage un jour, je quitte le lendemain, je ne suis pas forcément les débats, je papillonne ailleurs... On survole, on « n'entre pas dans la cause » vraiment, on pousse ou accompagne le phénomène de moutons, avec le seul compteur quantitatifs comme gage de sérieux (combien de friends, combien de followers?).- bottom up ou nivellement contrôlé ? le concept des bonnes idées qui viennent pas le bas a déjà été éprouvé, durant la campagne présidentielle de 2007, pour la candidate socialiste. Et au final, il n'est pas établi avec certitude que ce fut un succès fracassant... La faute aux masses incultes? A l'impossibilité de donner corps et matière à la pensée (forcément éclatée et disparate) du peuple, fusse t-il en ligne? Ou plutôt un signe encourageant de résistance à une certaine caporalisation de l'engagement via le web, au contrôle et au nivellement par quelques-uns du pouvoir de tous? C'est bien connu : rien de tel pour étouffer une velléité révolutionnaire que de permettre d'exprimer en amont des doléances... C'est aussi une manière d'ouvrir les soupapes.- révolution nouvelle ou old school touch ? je suis tout à fait d'accord avec l'analyse d'Emmanuel Parody sur l'aspect « lutte des classes » de ce militantisme 2.0, ou l'éternel figure du combat des Jeunes contres les Anciens, de ceux qui veulent prendre le pouvoir à ceux qui l'ont déjà et simplement les remplacer. Avoir fait de l'histoire me permet aussi de relativiser les révolutions un peu trop vite auto-proclamées. La vérité est ailleurs : dans celle de l'émergence de nouvelles élites (un terme fréquent chez quelques-uns), prétendant occuper le leadership d'une supposée contestation (celle des masses forcément dominées) parce qu'ils en influencent les nouveaux écrans d'expression (réseaux sociaux en tête). On refait juste en plus moderne ce qui se passait avant entre la presse et le pouvoir politique. Les défenseurs de cette cause d'aujourd'hui seront-ils donc les Robespierre de demain?- démocratie permanente ou bruit ingérable ? Vieux principe que celui du pouvoir qui, même renversé, donne lieu à un nouveau pouvoir. Cette démocratie participative et temps réel butte sur le principe de réalité et une certaine hypocrisie opératoire. Posez la question à des animateurs de réseaux, mouvements socio-politico-engagés via les réseaux et le web : ils tiennent le crachoir tout le temps, balance vidéos en ligne et autres posts, mais se retirent de suite quand on leur pose des questions. "Ah, non, désolé, je ne peux pas parler en tant que leader, c'est le réseau qui dirige..." Un peu facile, un peu court. Exemple théorique : quand bien même un « président du web » serait-il élu demain, par 1 million de contestataires, blogueurs politiques, réseauteurs, etc. accepterait-il de rendre son tablier le surlendemain, parce qu'un groupe Facebook de 1,5 millions d'opposants se serait monté pour prendre à son tour le pouvoir? Le participatif est donc une récupération : il peut inspirer, dessiner, innerver mais ni gérer ni diriger.Mon intuition me dit que, comme dans la presse et les médias, on fait aujourd'hui l'erreur de confondre l'outil et l'objectif. La pratique zélée du web et des social media ne définit en rien une coloration, une idéologie politique, une vision sociétale. Ce sont justes des moyens pour exprimer, catalyser des courants plus anciens et plus profonds. Quant à une prétendue "génération blogs" voire "réseau social", il serait dommage qu'elle ne soit qu'un aréopage de nouveaux cadors accaparant la parole, dragués par les politiques, où se croisent bidouilleurs informatiques, ex Sciences-Po, futurs conseillers de cabinet ministériel, lobbyistes zélés et jeunes troupes ambitieuses des partis installés. Ou alors la modernité ne s'appliquera qu'à la façon d'influencer et contrôler les masses... encore et toujours.Pour prolonger : écouter l'émission au audiocast de l'Atelier, Quelle politique pour la génération blog?; relire les notes du blog "Présidentielle 2007" que j'ai animé pour ZDNet.fr;
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