Mexico peut-elle devenir une ville intelligente?

Dans mon enquête mondiale sur les villes intelligentes, je reviens cette semaine sur les efforts de rationalisation de la ville de Mexico, où je viens de passer un moment.

En matière de villes intelligentes, les trois exemples qu’on cite toujours – Masdar (Abu Dhabi), Songdo (Corée) ou PanIT (Portugal) – ne veulent pratiquement rien dire. Elles sont, encore, plus intention que réalité et leur taille fait plus penser à une expérience de laboratoire qu'à une ville réelle du monde d'aujourd'hui.

C'est pourquoi j'ai décidé de faire un sérieux point dans la ville de Mexico, la plus vieille du continent américain (1325) et l'une des plus grandes du monde (9 millions d'habitants dans un ensemble de 22 millions).

 

J'ai découvert à Mexico plein de très belles intentions en termes de participation comme le Lab dont j'ai parlé la semaine dernière. Au pari sur l'infrastructure, l'équipe de Miguel Ángel Mancera, le maire, semble préférer celui de la participation citoyenne. Mais… sans ressources.

 

Que fait la ville en termes d'infrastructure informatique ?

C’est LA question. C’est celle que je n’ai cessé de poser, notamment à Marco Antonio Quiroz qui est le directeur de la technologie de la ville. Il m’a d’ailleurs répondu, ce qui m’a fait sourire que c’était – je cite : « exactement la question que je me suis posée quand je me suis installé à ce poste ».

 

Ce qui est extraordinaire c’est que dans cette ville gigantesque et assez chaotique, presque personne n’a une vision claire de la situation.

Quiroz a donc commencé par un diagnostic de ce qui existe pour – je cite : « mettre au point une stratégie permettant de transiter d'une ville normale, avec son exceptionnelle complexité, à une ville intelligente». La première tâche a consisté à créer un cadre normatif applicable à tous les projets technologiques de toutes les directions. Il appelle ça le Modèle stratégique interinstitutionnel des TIC (ou MEITIC en espagnol). Je me permets de souligner que c’est un travail titanesque dans une ville qui compte 200.000 employés municipaux dispersés entre plus de 100 divisions, directions et départements plus ou moins autonomes.

En clair il a fallu commencer par essayer de mettre en place la gouvernance technologique de la ville.

 

Quelques exemples

La première étape a consisté à demander, à chaque direction d'adopter des critères communs permettant la mesure et l'évaluation des résultats. Comme ils ne pouvaient pas tout refaire d’un coup ils ont commencé par les secteurs clés que sont la santé, l'éducation, la sécurité la justice et les finances. Tout ça sur le modèle de ville ouverte et en suivant la politique d'open data.

 

Dans un deuxième temps, ils sont allés regarder ce qui se faisait à Barcelone, Singapour, Honolulu et Hanovre en termes de ville intelligente pour, ensuite développer un modèle qui corresponde aux besoins spécifiques de Mexico.

Un projet a été élaboré qui sera soumis par différents mécanismes à la considération des citoyens, des entreprises, des universités, en gros : de la société civile et des corps constitués.

 

L’infrastructure technologique

C’est un grand mystère dont je ne suis pas loin de croire que personne n’est capable de le résoudre. Prenons trois exemples.

 

  • Il semble qu’aucun service n’a aujourd’hui une vision en temps réel de l'état de la circulation et des transports sur l’ensemble de l’agglomération.

  • Le système le plus développé (mais depuis longtemps) est celui de la mesure de la contamination qui doit être amélioré, automatisé, centralisé.

  • Enfin, en termes de sécurité, la ville, qui compte avec 7.000 caméras publiques, a l'intention d'en installer 8.000 nouvelles dont il faudra ensuite réunir les informations.

 

Il n’y a donc de vision d’ensemble dans aucun domaine.

J’ai demandé à Quiroz ce qu’il pensait de la proposition des grandes entreprises, comme IBM ou Cisco, "elles ont une vision intéressante du point de vue de l'infrastructure", m’a-t-il répondu. "Mais notre plateforme est extrêmement hétérogène. Ce que nous demandons, d'abord, c'est l'interopérabilité, la possibilité de faire communiquer des systèmes existants et très différents les uns des autres".

C’est un problème presque universel et c’est pour ça qu’il faut commencer par la rationalisation. A Mexico et dans un grand nombre d’autres villes. Mais personnellement je trouve infiniment plus passionnante cette démarche que celle des villes créées à partir de rien et à peine peuplée d’habitants triés sur le volet.

Chaque semaine, Francis Pisani chronique les évolutions et révolutions de la société numérique dans l'Atelier des médias. C'est notre vigie à l'affût des nouveautés, des frémissements, des évolutions de nos usages qui indiquent que les médias (au sens large) sont en train de changer d'ère. Vous pouvez également suivre Francis sur son site. Depuis 2013, Francis publie également des chroniques dans La Tribune et l'Opinion.

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Commentaires

  • photo et texte formidables!

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