Fernanda Rivera, This Big City / CC BY 2.0

 

Mon enquête sur les villes intelligentes continue. Cette semaine, j'ai décidé de vous parler de Mexico. Car à défaut d'avoir une vraie politique de ville intelligente, Mexico s'est dotée d'un laboratoire, avec pour objectif de créer une culture collaborative entre la société civile et la municipalité. La ville prend alors le pari de la participation citoyenne plutôt que celui des infrastructures lourdes.

 

  • Gabriella Gomez-Mont, qui est la responsable de ce laboratoire m'a expliqué : "Nous fonctionnons comme un think tank créatif doté d'amples attributions transversales"Autant dire qu'elle n'a pas de budget mais qu'elle peut travailler directement avec les directions de la municipalité qui le veulent.

  • Plus récemment, le labPLC (Lab pour la cité, @LabPLC) a été créé en mars dernier comme un "espace expérimental". Selon le site officiel, il s'agit de penser et créer la ville de demain en "générant dialogues et complicités entre la municipalité, la société civile, le secteur privé et les ONG". L'intention est superbe mais, à mon grand regret, il est beaucoup trop tôt pour en mesurer les réalisations.

 

 

 

7 projets mis en oeuvre

 

  • le Lab pour la cité a 7 projets qu'il met en place progressivement. Cela va de la conception du gouvernement comme plateforme au développement de la résilience, c'est à dire, la capacité à renaître après une catastrophe. Il s'agit là d'une qualité essentielle pour Mexico en raison des tremblements de terre.

Parmi les 7 projets voici ceux que l'on peut trouver:

  1. Des potagers sur le toits
  2. Repenser le concept de "ville ouverte"
  3. Lancement d'appel à projet pour les développeurs universitaires qui voudraient travailler pour la ville de Mexico 
  4. Expérience 001 tickets: sur le toit du LabPLC équipé d'un ordinateur, les participants peuvent enregistrer leurs idées pour la ville à travers une interface graphique: une sorte de boîte aux lettres de la ville virtuelle.


La crise permet la résurgence de l'espace social

  • Sur ce dernier point, ils conçoivent des scénarios d'intervention de la société civile à la suite d'une crise grave. L'idée est de mettre en place de façon prévisionnelle une infrastructure sociale reposant sur des personnes engagées dans le travail communautaire. Ils misent sur le fait que "la crise est un ennemi commun" qui contribue à la "ré-émergence de l'espace social". Et je dois dire qu'ayant vécu le tremblement de terre de 1985, j'avais été frappé par l’extraordinaire solidarité manifestée un peu partout.

 

Crédit photo:AlexMax

 

Mais la difficulté consiste aujourd'hui à y travailler de façon prévisionnelle, c'est à dire, sans ennemi commun et sans catastrophe.

 

 

L'importance accordée aux technologies de l'information reste mesurée

 

  • En réalité, le labPLC n'accorde que très peu d'importance aux TIC. Gabriella Gomez-Mont va même plus loin: "Il faut mettre en échec le terme de smart city", m'a-t-elle expliqué. "Nous devons utiliser les TIC sans céder à l'offre de déploiement d'une infrastructure massive".

 

  • La technologie n'est pas absente puisque la municipalité se prépare à organiser un "Festival de data" pour la création d'applications de traitement des données fournies par la politique de "ville ouverte" de Mexico.

 

  • Le Lab emploie même des développeurs qu'il qualifie de "programmeurs citoyens". Ils sont chargés de mettre au point des applications pour les directions qui le demandent. Ils en ont développé une qui permet de trouver des cliniques où se soumettre à des tests de détection du VIH-Sida.

 

  • C'est de toute une vision qu'il s'agit.A l'infrastructure en câbles et serveurs proposée par les grandes entreprises (IBM, Cisco et les autres), Mario Ballesteros (chargé de communication) oppose la notion de "soft infrastructure", faite des talents citoyens connectés. Ainsi pour lui, il ne faut pas tout faire dans l'énorme. N'oublions pas que la ville compte plus de 22 millions d'habitants. Il insiste sur le fait que : " Les changements à petite échelle comptent beaucoup dans la façon dont les choses bougent et peuvent avoir un impact énorme au bout de quelques années."

 

 

Le pari de la participation citoyenne

 

Il me semble que la ville de Mexico prend clairement le pari de la participation citoyenne plutôt que la mise en place d'infrastructures lourdes. C'est une belle idée mais le problème c'est qu'il n'y a pas d'argent pour soutenir cette proposition. 

 

Il faut deux conditions pour que ce pari réussisse:

  • Ne pas prendre de retard dans la mise en place des outils informatiques clés
  • Créer une authentique culture et une pratique de la participation dans la société comme au niveau du gouvernement.

 

J'avoue que je suis sceptique, mais il faudra revenir voir dans 1 ou 2 ans ce qu'il en est advenu. 

 

Chaque semaine, Francis Pisani chronique les évolutions et révolutions de la société numérique dans l'Atelier des médias. C'est notre vigie à l'affût des nouveautés, des frémissements, des évolutions de nos usages qui indiquent que les médias (au sens large) sont en train de changer d'ère. Depuis 2013, Francis publie également des chroniques dans La Tribune et l'Opinion.

 

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Francis Pisani
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Perspectives on innovation, creative cities, and smart citizens. Globe wanderer. Distributed self. Never here. Rhizomantic.

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