Plus qu'un symbole et une promesse de campagne, la réouverture de l'ERT, la radio-télévision publique grecque, qui a été votée mercredi 29 avril, est aux yeux de nombreux Grecs le signe d'une dignité retrouvée. Il y a près de deux ans, c'est par un écran noir et l'annonce surprise d'une fermeture de cette entreprise par le gouvernement d'Antonis Samaras que la population avait appris qu'elle allait être privée de ses programmes malgré l’obligation de continuité faite au service public audiovisuel. Des manifestions avaient tenté de s'y opposer, les salariés avaient occupé les locaux avant d'être délogés par les forces de l'ordre. Et des émissions avaient même été diffusées sur le Web.

Avant que la justice ne reconnaisse le personnel dans ses droits, les condamnations avaient été unanimes, de l'Union européenne de radio-diffusion à l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe. Seul le silence notable de la Commission Barroso avait fait exception : il faut dire que c'est sous sa pression, exercée conjointement avec la banque centrale européenne et le FMI, la fameuse Troïka, que 2000 suppressions d'emploi avaient été exigées dans les entreprises publiques avant l'été, en échange d'une nouvelle tranche de crédits. Samaras avaient voulu frapper fort en fermant un groupe de 2650 salariés vilipendé pour sa gabegie et son clientélisme. Un an plus tard, une autre entreprise Nerit lui succédait avec cinq fois moins de personnel et une audience malgré tout comparable.

Cette fois, c'est le gouvernement d'Alexis Tsipras qui négocie une nouvelle tranche de 7,2 milliards d'euros avant fin juin. La nouvelle société ERT, qui pourra réintégrer 1550 employés qui le souhaitent et disposera d'un budget de 60 millions d'euros, cinq fois moins important que l'ancienne ERT, est une façon pour le premier ministre grec de montrer qu'il tient bon sur cette promesse-la. Quand il était dans l'opposition, son parti Syriza avait fustigé dans la Nerit un ersatz de service public qui n’avait pas pu, par exemple, diffuser un de ses discours en Salonique et dont les directeurs avaient du démissionner en raison des pressions du pouvoir. Avec le retour de l'ERT, le gouvernement est en mesure de dire qu'il a réparé l'affront de l'écran noir. Et ce, alors même qu'il se prépare à accumuler les concessions pour disposer des prêts de ses bailleurs européens comme le montre le retrait des négociations du ministre des finances haut en couleurs Varoufakis et une première privatisation : celle du PMU grecque, la société Odis, qui gère les droits des paris hippiques. Pour conserver l'euro et éviter un "Grexit", le gouvernement de Syriza est sans doute prêt à sacrifier beaucoup de ses engagements de campagne. Mais le symbole d'un service public audiovisuel rétabli dans ses droits et d'une information qui ne lui est pas hostile est, pour le coup, non négociable.

Photo (1) :Des manifestants face au siège de l'ERT, à Athènes, le 19 juin 2013. REUTERS/John Kolesidis

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Amaury De Rochegonde
Journaliste, rédacteur en chef-adjoint à Stratégies, spécialités Médias et RH, chroniqueur @RFI

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