Manoel de Oliveira 1908-2015

Le doyen des cinéastes en activité, le portugais Manoel de Oliveira, vient de nous quitté aujourd'hui à l'âge de 106 ans. Les funérailles auront lieu ce vendredi à 15:00 à l’église de Cristo Rei (Porto).
Manoel de Oliveira - Laetitea

(Photo : Miguel RIOPA/AFP)


Né le 11 décembre 1908 à Porto, le célèbre réalisateur centenaire a également participé, en tant qu'acteur, dans le premier film parlant portugais, La Chanson de Lisbonne (A Canção de Lisboa), réalisé par José Cottinelli Telmo, sorti en 1933. Ce surprenant doyen du cinéma européen qui a pratiquement tourné jusqu'à son décès, compte une bonne quarantaine de titres sur pellicule. Parmi ses nombreux films : Aniki Bóbó (1942), Amour de perdition (Amor de Perdição, 1979), Le Couvent (O convento, 1995), Voyage au début du monde (Viagem ao Princípio do Mundo, 1997), Un film parlé (Um Filme Falado, 2003), Christophe Colomb, l’énigme (Cristóvão Colombo – O Enigma, 2008) et Le Vieux du Restelo (O Velho do Restelo, 2014), pour n’en citer que quelques-uns.

Certes, le manque de moyens financiers constitue un handicap majeur pour le film de fiction, lié à la narrativité qui exige une construction traditionnelle du récit filmique, mais une mention spéciale doit être accordée au parcours d'Oliveira pour l'originalité de son agression contre toutes les formes de conscience esthétiques. En outre, une domination envers les stéréotypes et les normes de l'industrie, telles que les désire notre société, et qui porte sur l'émergence d'une mythologie cinématographique contemporaine soutenue par une série de réflexions, plutôt de sentences, nous entretenant des diverses formes de répressions frappant la pratique du septième art (jouant sur un certain nombre de clichés issus de la panoplie hollywoodienne). A cet égard, le montage souple du matériau filmé, la composition des images et la minuterie incontestablement bouleversante des longs plans confèrent à l'œuvre d'Oliveira un caractère élégiaque assez fascinant.

Couronné par une notoriété mondiale, même si dans cette perspective le problème numéro un du cinéma portugais reste sa faible diffusion, bloquée par les intérêts monopolistes mondiaux des grandes compagnies, entre autres, Manoel Cândido Pinto de Oliveira a donc su intégrer dans son éventail filmique des éléments propres à la philosophie traditionnelle du Portugal, éléments qui sont nécessaires à la compréhension de la pensée contemporaine portugaise, car il n'y a jamais de génération spontanée ni en biologie, ni en art, ni en politique.

En France ou au Portugal, le cinéma est en crise, nul n'en disconvient. Mais, fait plus grave, la crise économique actuelle a tellement conditionné les professionnels qu'après l'inconséquence, ils manient l'aberration. Qu'une intervention de l'État, par une attitude tranchée face aux monopoles, un aménagement de la fiscalité, une relance de la demande soit indispensable, chacun l'admet. Qu'une véritable politique du cinéma soit définie et appliquée, c'est une nécessité vitale. Mais que les professionnels ne se trompent pas d'adversaire et ne confondent pas, une fois de plus, défense d'une profession et corporatisme démagogique.


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