Mali : Week-end de toutes les options face au péril islamiste et au racisme Touareg.

 

Entre toutes les prévisions, c'est le sort de la junte militaire qui devrait être scellé cette fin de semaine. C'est bien ce qui semble se dégager de la déclaration du Ministre Burkinabé des Affaires Etrangères après la série de pourparlers entre émissaires de la junte et la médiation de Blaise Compaoré. L'état de l'avancée actuelle des négociations montre que l'on n’est plus loin de lever complètement toutes les sanctions sur le Mali. Une annonce importante du chef des mutins était attendue toute la soirée du jeudi pour confirmer cette information qu'attendait impatiemment, accrochée à son poste radio ou devant leur télé, la population qui fait déjà les frais de cet embargo. Mais, les mutins auraient exigé des garanties sûres d'une absolution après leur retour effectif sous les ordres de l'armée d’un Etat Malien restauré. Auparavant, deux estafettes des mutins avaient été refoulées par le président nigérian, Goodluck Jonathan qui n'envisageait rien d'autre que leur départ du pouvoir avant un consensus de la CEDEAO sur une amnistie "discutable".


Cette fois-ci, mieux que les précédentes annonces du Capitaine Sanogo, dans lesquelles il s'amusait à berner toute le monde dans des phrasés connus de tous les putschistes de sa trame, on devrait s'attendre, sauf retournement de situation, dans la journée d'aujourd'hui, à de réels signes d'un retour effectif à l'ordre constitutionnel. La junte, dépassée par la tournure de leur coup de force et de l'ampleur des condamnations par l'ensemble de la communauté internationale, ne fait plus le poids, tant dans l'armée qu'au sein de la classe politique qui était restée sans réaction d'ampleur dans sa condamnation du coup d'Etat. Surtout que la déclaration unilatérale de l'indépendance de l'Azawad, proclamée avec la complaisance des médias qui s'en sont avidement fait le relais, vient de mettre en ébullition toutes les instances liées directement ou indirectement à cette crise.


La victoire tirée de la défection du Colonel-major, Alhadji Ag Gamou, d'origine touareg et de ces 500 hommes qui avait fait écho, la semaine dernière et que les rebelles brandissait comme un symbole important de l'adhésion de toute la communauté Targui à leur cause prend un coup énorme. Car l'ancien chef d'état-major du président renversé Amadou Toumani Touré, après avoir rejoint le Niger avec ses hommes, vient d'annoncer sur les ondes qu'ils restent fidèles au Mali, et que le recours à la capitulation lors de l'attaque du camp 1 de Gao était la seule solution pour eux d'avoir la vie sauve face à la réputation de tueurs à sang froid que sont les rebelles. Du Niger, ils chercheraient à rallier très rapidement Bamako pour rejoindre leur garnison respective. 


Quant à cette proclamation qu'une télé à large audience, dans une mise en scène bien huilée, a essayé maladroitement de rendre solennelle, croyant tenir le scoop du siècle, pousse à donner des éclaircissements rapides sur certains aspects importants de ce Nord du Mali que ces rebelles convoitent.

Le MNLA a tout simplement bien réussi son opération de communication. Créer le buz et voir tout le monde se ruer sur cette proclamation de l’indépendance de l'Azawad comme des fauves sur un infime morceau de viande.


La beauté de la culture Touareg séduit, car elle est unique. L'amour pour cette culture ne devrait pourtant pas nous pousser à fermer les yeux sur les pratiques racistes séculaires envers les negro-africains. Historiquement, les Touareg ont toujours voulu maintenir un rapport de maître à esclave avec les communautés du Sud, car ils se prennent pour des « blancs » et donc, tacitement, dans leur conception, supérieurs aux noirs. Et, ne digérant tout simplement pas de se retrouver avec leur « pseudo sujet » dans un même et grand Etat, où grâce aux règles du nombre qu'impose certainement la démocratie, ce sont ces noirs qui gouvernent. Ils décident donc de remettre en cause l'intégrité territoriale du Mali. Mais la communauté Touareg, en exigeant le contrôle de ce territoire, devrait tenir compte de leur position de groupe ethnique minoritaire devant toutes les peuplades de la région convoitée. Evaluée à moins de 10 % face aux autres ethnies, tel les Songhaï, les Peulh, les Soninké, les Bambara, les Cadö et les Aratine, il y a peu de chances que cet Etat aboutisse.


La Reconnaissance des droits des Touaregs est indéniable dans un Etat Malien, c'est un droit acquis d'emblée par la République ; cette République qui prône l'égalité entre tous les hommes ; dans le cas spécifique du Mali, entre « blancs » et noirs, contrairement aux motifs cachés de la rébellion nordiste qui est foncièrement portée sur la couleur de la peau. La raison fondamentale de la mésentente entre les deux entités insurrectionnelles MNLA, en majorité Touareg et les combattants Jihadistes d’AQMI et d’Ancardine, à 87% negro africain viendrait de la revendication de la suprématie de la race que les Touareg prônent.


Lorsque le porte-parole du MNLA parle d'une culture millénaire de la communauté Touareg, personne ne peut l'ampleur de la pratique d'asservissement des peuples du Sud qui s'en suivait. D'autres pays riverains au Nord du Mali reconnaissent aujourd'hui cette dure réalité et sont régulièrement confrontés à plusieurs mouvements de revendications de leur population noire opprimée. 


La proclamation rapide de l'indépendance de l'Azawad n'est que poudre aux yeux, elle répond uniquement au souci du MNLA de prendre le dessus médiatiquement sur les deux autres groupes jihadistes AQMI et ANCAR Dine dans le but d'être reconnu comme l'interlocuteur principal des régions annexées. Ce péril jihadiste qui veut aller maintenant au-delà des limites de l'Azawad, en ayant réussi à expulser le MNLA de certaines villes importantes conquises, compromet, au final, leur rêve d'acquisition d'un Etat. Tombouctou la mystérieuse, désormais sous le joug de la « Sharia », loi islamique inspirée du coran, s'efface au profit de la religieuse. La ville est administrée depuis une semaine par des Mujahidine qui n'ont qu'une seule visée : étendre la loi islamique dans tout le Mali contrairement à l'objectif séparatiste du MNLA. Cette ville voit ainsi ses hôtels fermés, ses bars dynamités, ses  radios rurales réquisitionnées pour les prêches coraniques et des voiles imposés à toutes les femmes, des petites aux grandes. Le siège du tombeau des Askia et tout le patrimoine culturel incommensurable de Tombouctou sont livrés au même péril islamiste qui a réduit en poussière les statues de Bâmiyân en Afghanistan.


A cela s'ajoute une autre pratique qui a fait la réputation et toute la force de frappe de ces islamistes : les rapts. Ils viennent de procéder à l'enlèvement de 7 membres du consulat d'Algérie à Gao, un fond de commerce en prévision certainement des expéditions futures sur le reste du Mali.

Aux commandes de l'anarchie, il y a toujours un pilote fou qui se pavane au gré de ses envies. Aujourd'hui, c'est le Mali. Demain ce sera où ? Et, pendant ce temps Sanogo, joue sur le temps, il se plaît à siroter tranquillement son thé dans sa caserne de Kati, laissant le soin à quelques bouffons de se donner en spectacle comme porte parole de la junte.


Solo Niaré

 

 

Envoyez-moi un e-mail lorsque des commentaires sont laissés –

Vous devez être membre de Atelier des médias pour ajouter des commentaires !

Join Atelier des médias

Commentaires

  • Je suis ton bloc sur le MALI . Des analyses très pertinentes. TRÈS BELLE PLUME.

    Pouvez vous m'expliquer la passivité du peuple MALIEN ?

This reply was deleted.

Récemment sur l'atelier