Le ministère malien de la Défense et la Maison de la presse du Mali ont, dans une initiative commune, organisé une session de formation destinée aux journalistes amenés à couvrir la guerre qui sévit au Nord. Un mélange des genres étrange, gênant même, mais qui répond à des attentes réelles.
Cette semaine, nous diffusons un reportage du correspondant rfi au Mali, David Baché.
Ecoutez ci-dessous, le reportage audio de David Baché.
Le nom du projet sonne comme celui d’une série de téléréalité : « Une rédaction à Sévaré ». Un projet cependant, initié par la Maison de la presse du Mali, organisation qui regroupe l’essentiel des médias maliens prévoit d’installer dans cette ville (Sévaré) située à la lisière du Nord Mali une équipe de journalistes maliens chargés de couvrir le conflit. Fonctionnant comme une agence, ils travailleront ensemble, les uns avec et pour les autres, dans le but de produire une information rigoureuse sur la guerre qui oppose l’armée malienne et ses alliés aux groupes qui occupent les deux tiers du territoire depuis plus de neuf mois. Une couverture sérieuse… et patriote.
Photo de David Baché
Journalisme de conditionnement
Avant d’être envoyés sur place, la cinquantaine de journalistes qui participent à ce projet a le privilège de recevoir une formation. Organisée par la Dirpa, la Direction de l’information et des relations publiques de l’armée, et soutenue par l’ambassade de France. Ah. Tiens. Étonnant. Gênant ? Bon. C’est le Capitaine Modibo Traoré qui est en charge du projet. Affable, disponible, avenant, il explique avec une sincérité déconcertante que « dans une situation d’exception, il y a des choses que nous ne pouvons pas tolérer. » D’où la nécessité de former les journalistes. Le militaire prône « un journalisme de conditionnement », qui permette de sensibiliser la population aux intérêts de l'armée française. Aussi demande-t-il aux journalistes de « mettre leur objectivité de côté. » On comprend bien sûr l’impératif stratégique de ne pas révéler des informations opérationnelles : ne pas annoncer une attaque surprise, ne pas dénombrer les effectifs ou le matériel des troupes afin de ne pas permettre à l’ennemi de se préparer. N’est-il question que de cela dans la formation ?
« On n’a pas l’intention de contrôler la presse, » jure le capitaine,
qui rappelle que les journalistes maliens sont souvent trop friands de rumeurs et d’infos non avérées.
Photo de David Baché
« Nous sommes Maliens »
Et ce ne sont pas les journalistes participants qui lui donnent tort. Sur l’idéal du journaliste patriote d’abord. « Nous sommes des Maliens, rappelle Charles Le Bon Messé, journaliste en ligne sur afriqueemergente.com et élève de la formation. On veut préserver l’image de notre pays. » Sur l’intérêt de l’enseignement qu’il reçoit ensuite :
« Je n’ai jamais couvert une guerre, et je suis impressionné par les instructions qu’on me donne. »
Des consignes de sécurité, des points éthiques sur l’origine des sources et sur l’intérêt de donner ou non certaines informations touchant à la vie privée des soldats, par exemple… Tous apprécient enfin la richesse des échanges qu’ils ont pu avoir avec des journalistes expérimentés, comme ces Sénégalais qui témoignent de leur propre couverture de la guerre. Même Issa Idrissa Maïga, directeur d’une radio de Gao, journaliste depuis de longues années et habitué, en tant que nordiste, aux zones de conflit, affirme qu’il « apprend » des choses, sur « ce qu’on peut et ce qu’on ne peut pas dire. » « Il faut sauver le pays à tout prix, poursuit-il, tout n’est pas bon à dire.
« On nous outille, estime encore Birama Touré, du journal le Sphinx, on nous apprend comment nous comporter. »
Mais, est-ce le rôle de l’armée de former les journalistes ? Et qu’en est-il de l’indépendance, de la liberté de parole ? Les participants ne sont pas choqués. Ils prennent ce qu’ils ont à prendre, et affirment sans sourciller qu’ils ne se laisseront jamais brider.
Et s’il s’agit, par exemple, de révéler les exactions de l’armée ? « Je les dénoncerai, c’est ma mission de journaliste !, s’insurge Charles Le Bon Messé… en bon… ou en mauvais élève ?
Commentaire de Souleymane ARAMA le 29 janvier 2013 à 14:19
Commentaire de BEN DHIA ABDULKARIM le 29 janvier 2013 à 15:19 y-a-t-il un risque réel de la propagation de cette guerre sur les pays limitrophe du mali ....en plus je ne vous cache mon pessimisme sur l'irradiction du terrorisme dans cette zone de l'afrique ou méme de l'afrique vu la composition de ces terroristes de petits gropuscules parsemés partout méme en tunisie...et en lybie et qui parfois sont soutenus par les gouvernants d'aprés la révolution....je suis méme convaincu que la rentrée des troupes franco-maliennes à tambouctou aussi facilement est du à un retrait stratégiques de ces petits groupes !!!!
Commentaire de José Lisandro Sánchez le 29 janvier 2013 à 15:25 L'idée d'une formation en journalisme dispensée par une entité militaire, quelle qu'elle soit, semble pour le moins choquante, pour reprendre les propos de M. Baché. Or les enjeux de la formation que voici vont au-delà du choquant : on pourrait s'inquiéter, en effet, de la manipulation des informations, qui pourrait dégénérer très vite en propagande. Comment sauvegarder l'objectivité et la véracité dans ces conditions ?
Commentaire de Ngon Otric le 29 janvier 2013 à 15:39 M'inscrivant dans la suite de José, quelle garantie ont les participants à cette formation que l'information ne sera manipulée par les militaires, notamment l'armée française ? Les journalistes ont-ils le sentiment qu'ils ont, auront les mains libres ?
Commentaire de Kafando Ben Idrissa le 29 janvier 2013 à 15:50 je crois que cette formation est destinée à sensibiliser l'opinion public et internationale surtout que c'est dispenser par une entité militaire , mais je suis pessimiste à l'après guerre , et ma question est : est ce qu'il n'y aura pas une fuite ou un chantage avec des journaliste formés dans ces conditions ? je sais que beaucoup seront choqué devant les atrocités de la guerre
Le problème au Mali, c'est que les vrais journalistes se confondent avec les "journaleux" qui n'ont reçu aucune formation de journaliste. De ce fait, est ce que vous ne pensiez pas Monsieur Baché que cette formation est utile, meme si quelque part ça peut présenter le risque de restriction de la liberté de parole des journalistes?
Commentaire de Pixella (Ghita Zine) le 29 janvier 2013 à 16:12 Oui, il faut une cohésion de toutes part pour venir à bout de la réunification du Mali et pour freiner l'élan islamiste qui bat son plein sur toute la région du MENA et du Sahel d'ailleurs. Je ne suis pas d'accord sur le fait mais je peux comprendre que les journalistes et l'armée soient appelés à rester côte à côte parce qu'ils ont le même intérêt commun, disons. Mais on a vu cela dans nombre de pays même si les contextes étaient différents (en Algérie pendant la décennie noire, en Egypte avec la chute du régime de Moubarak, en Lybie également, mais aussi en Iran en 1979). Maintenant, si l'armée malienne voulait faire en sorte que l'Histoire ne se répète pas comme dans tous les pays que j'ai cités, pourquoi n'a-t-elle pas lancé un appel à l'internationale ? Pourquoi n'a-t-elle pas plutôt fait en sorte que ce soit Reporter Sans Frontières (pour ne citer que cette Organisation) qui s'occupe de cette formation ? Le prix de la reconstruction du Mali en tant qu’État ne doit pas être payé par la liberté de la presse.
Commentaire de Alghoubas adouma ibrahim le 29 janvier 2013 à 16:28 Cette guerre n'est pas l'affaire des journalistes, les islamistes ne sont pas venu de façon hasardeuse, ils ont été motivé et appuyé par certains pays dont je ne citerais pas le nom pour empêcher au pauvre MNLA qui se bat pour l’autodétermination des populations du Nord, d'atteindre ses objectifs. Je vous conseille de ne pas vous engager dans une situation aussi confuse! je prefere que les journalistes du monde entier ne se lancent pas dans ces aventures, il faut faire faire des petites analyses sur la situation, ses origines , mener des enquêtes, réunir les témoignages tout en restant objectif, avant biensur de vous rendre sur un lieu aussi dangereux. Vous le savez plus que moi, en étant loin du terrain, un journalisme peut aussi bien faire son activité en collaboration avec des correspondants locaux biensur sans pour autant mettre sa vie en danger.
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Commentaire de Justin YARGA le 29 janvier 2013 à 16:51 C'est une problématique assez cruciale qu'aborde ce reportage de David Baché. Et je partage l'étonnement que la formation soit dispensée par le ministère de la défense. Je me demande tout simplement s'il n'y a pas de structure plus neutre qui puisse donner une telle formation, qui de toute façon doit pouvoir apprendre aux journalistes les limites de leur travail en ce temps de guerre.
Commentaire de BIO Mohamed le 29 janvier 2013 à 17:05 C'est vrai qu'il faut se poser de question sur choix de l'entité de formation mais quand on va au delà, moi je croie qu'il faut de tel genre de formation et comme un confrere l'a reconnu dans l'article, c'est la premiere fois qu'ils couvrent un tel évenement et il faut cette formation.Moi, j'en ai pour preuve, un reportage de l'envoyé special de France 24 qui, a donné la base de l'armée malienne, les armes et d'autres infos qui ma foi, ne devraient pas en principe être divulguée.
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Ajouté(e) par Awa Seydou, Journaliste
26 mai 2013 de 10:00 à 18:00 – La Grange
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