Une femme qui parvient tant bien que mal à se frayer son chemin dans la jungle des transports routiers, ce n'est ni une légende ni une fable. Cela existe bien au Mali.
Raison suffisante pour que Bamako Hebdo s'intéresse particulièrement à Mme Koumaré Mariam Simaga, Directrice générale adjointe du Groupe Simaga qui compte cinq grandes entreprises : Ets A. Simaga, Somatra, balanzan Transports, Ségou lait et Betram-SA. Un groupe qui est aujourd'hui le fruit de plus de cinquante ans d'expérience au service du développement économique du Mali. Une expérience forgée par la persévérance et la rigueur de son père, Amadou Ousmane Simaga, qui constitue sa première référence.
En effet, c'est avec fierté que Mme Koumaré Mariam Simaga évoque l'éducation qu'elle a reçu de son père et c'est à peine si elle ne vous affirme pas que son père reste son idole. Après l’école primaire à Bamako, Mme Koumaré Mariam Simaga est partie en France pour y poursuivre ses études, notamment celles secondaires et supérieures. Elle a pris le temps, avant de retourner au Mali, de séjourner un bout de temps, pour un stage, à la société SDMO - spécialisée dans les groupes électrogènes et tracteurs- qui travaillait déjà avec son père.
Surtout, n'allez pas demander à Mme Koumaré Mariam Simaga pourquoi, en tant que femme, elle évolue dans le transport. Elle vous répondra avec un brin de fermeté dilué dans un petit et beau sourire, que le transport n'est pas un métier réservé strictement aux hommes. Ce qu'elle prouve car malgré les peaux de bananes parfois jetées sur le chemin, elle tient bon, au grand bonheur des femmes du Mali qui lui doivent une fière chandelle pour avoir brisé le tabou et affronté le monde des machos dont les milieux des transports en constituent une parfaite illustration.
Travailler jusqu'à 2 heures du matin
Elle gère actuellement, avec une grande rigueur, les entreprises Somatra-Balanzan-Transports du Groupe Simaga. Elle est souvent parmi les mécaniciens au garage, jusqu'à deux heures du matin, pour veiller sur l'entretien et la remise en état de fonctionnement de quelques uns de leur nombreux bus qui desservent plusieurs localités dans le cadre du transport inter-urbain. Elle assure la gestion des matériels roulants, des fonds, surtout ceux provenant des recettes. En plus, elle veille à la bonne organisation du travail et au contrôle strict du trafic pour prévenir les fraudes et les réprimer au besoin. Elle fait preuve d'une grande disponibilité, comme l'exige son métier de transporteur. Tout ceci a fini par asseoir une crédibilité de la société.
Depuis 1991, année où elle est rentrée au pays, après l'obtention de sa Licence en gestion, elle est dans le milieu des transports. Elle n'a fait que cela depuis lors et elle s'y plaît bien. Comme quoi, elle est devenue une des icônes du pays que l'on doit citer en référence dans le cadre du combat des femmes pour faire valoir leurs connaissances et expertises dans tous les domaines de la vie nationale.
Avec la persévérance on peut aboutir à quelque chose
C'est pourquoi d'ailleurs, elle demande à ses sœurs " de ne pas se sous-estimer car une femme est égale à un homme dans tous les domaines professionnels. Il suffit tout simplement d'avoir de la volonté ".
Ce qui l'a beaucoup plus marqué dans sa carrière professionnelle, selon elle, "c'est le fait même de collaborer avec les hommes parce qu'on voit qu’en matière de transport il faut savoir se défendre. J'avoue qu'on apprend mieux avec les hommes dans le domaine des transports. On apprend à connaître les hommes, leurs forces et faiblesses, comment se défendre, comment se faire respecter et surtout comment se positionner dans le monde des transports. C'est quelque chose de difficile et il faut être assidu. Une femme doit être courageuse pour suivre les hommes dans le domaine des transports ".
Alors, est-elle satisfaite de son parcours dans les transports ? "Je suis très satisfaite parce que je sais qu'avec la persévérance on peut aboutir à quelque chose ", répond-elle avant de marteler "je suis même très satisfaite, parce que j'arrive à faire bouger les choses et à diminuer les immobilisations des véhicules".
"Une femme doit gérer sa société comme elle gère sa famille"
C'est vrai que, comme elle le reconnaît, les hommes ne la ménagent pas : "Les hommes ne me font aucun cadeau. C'est à la femme, que je suis, de se faire valoir, de savoir taper sur la table. Mais de savoir souvent se maîtriser aussi ". Pourtant, elle s'en tire bien : "J'arrive à tenir tête aux hommes et sachez que la plupart des grandes compagnies sont tenues par des hommes. Je pense que je suis pratiquement la seule femme dans ce domaine. C'est normal d'avoir l'impression qu'on avance quand on parvient à tenir tête aux hommes ", dit-elle, entre deux rires.
Est-il facile pour une femme de gérer des hommes dans le domaine des transports ?
"Quand une femme gère des hommes, ce n'est pas toujours facile. Parfois, il faut user de diplomatie. Une femme doit gérer sa société comme elle gère sa famille. D'un côté, il faut prendre le bâton, de l'autre la carotte. Car les hommes, dans nos sociétés, ne peuvent pas se soumettre comme les femmes. Donc il faut savoir que ce sont aussi des chefs de famille et se mettre à leur niveau pour les comprendre " précise Mme Koumaré Mariam Simaga. Des projets, elle en a à foison. Mais comme elle le précise, "il n'est pas bon de parler de ses projets surtout lorsqu'on évolue dans un environnement très concurrentiel". Mais elle tient à préciser que le désenclavement du Mali est une de ses principales préoccupations. Raison pour laquelle elle travaille sur des perspectives de maillage de l'ensemble du territoire de l'UEMOA pour avoir ainsi ses véhicules de transport en commun dans toutes les grandes villes de la sous-région. Aussi bien pour le trafic voyageur que le fret. Mais, elle précise qu'au Mali, il y a plus de besoin de camions pour le transport de marchandises que de cars pour le transport de voyageurs. En dehors de l'activité professionnelle, elle accorde un bout de son temps à un regroupement de femmes ressortissantes de Ségou. Elle en est la présidente et Babani Koné est la présidente d'honneur. Quant à la politique, cela ne l'a jamais tentée car, précise-t-elle : "Mon père nous a tracé un chemin en dehors de la politique". Ce qui ne l'empêcehe pas quand même de répondre aux sollicitations des gouvernants en cas de besoin.
Amadou Bamba NIANG
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Commentaire de Awa Seydou, Journaliste le 21 mai 2011 à 19:28 Commenter
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