Madagascar terre d’externalisation

On l’appelle l’outsourcing, l’offshoring, la délocalisation ou encore l’externalisation, de plus en plus de sociétés du nord font appel aux compétences des pays les moins avancés pour assurer une partie de leurs services. C’est un univers complexe, souvent difficile à pénétrer, une grande partie de l’activité étant confidentielle, quand elle n’est pas inavouable. Nous avons profité de notre présence à Madagascar, il y a quelques semaines pour commencer une enquête sur ce sujet. Notre objectif était modeste : mieux connaître cet univers, ses opérateurs et mieux comprendre comment on peut gérer des appels, des sites, des commentaires ayant trait à la France quand on travaille à Tananarive. Reportage audio et infos dans ce billet réalisé avec Grégoire Pourtier.

 

La Grande Ile est devenue ces dernières années un des acteurs francophones de l'externalisation. Le principe est simple, il s'agit de s’appuyer sur une main d’oeuvre qualifiée et peu coûteuse pour accomplir des tâches qui vont de répondre au téléphone pour faire du service après-vente ou gérer des rendez-vous, tout ce qu’on appelle généralement du call center...  au data service, c’est-à-dire de la gestion et la programmation informatique pour des plateformes en ligne, numériser des documents ou des plans d’architectes dont tous les traits vont être vectorisés. A l'échelle planétaire, l'institut Gartner estime que le marché de l'outsourcing (BPO) devrait représenter au moins 300 milliards de dollars en 2012

Une forêt d'écrans, Vivetic en compte 700 dans cet open space...

Bien entendu, ces activités se développent grâce aux TIC, les technologies de l’information et de la communication, et l’Internet facilite grandement les choses.
A Madagascar comme ailleurs, le marché suit une courbe parallèle aux capacité technologiques du pays et, s'il a vu le jour au milieu des années 90, il n’a plus rien à voir aujourd’hui que le pays dispose d’infrastructures internet de très bonnes qualité qui permettent un bon débit d’échange.

Ici c'est l'heure de Paris qui compte avant tout

A Madagascar, plusieurs sociétés locales ou internationales proposent ainsi des services très variés, avec quatre atouts principaux.

  • Une main d’oeuvre nombreuse et francophone;
  • une capacité d’adaptation reconnue et une flexibilité reconnue;
  • un fuseau horaire quasi équivalent à celui de la France;
  • et bien sûr un niveau de salaire des travailleurs beaucoup plus bas qu’en Europe puisque les premières rémunérations tournent autour d’une petite centaine d’euro, ce qui représente cependant un bon salaire dans l’île, d’autant qu’il s’accompagne souvent d’avantages sociaux non négligeables.

Services sociaux et médicaux au sein de Vivetic


Pour réaliser le reportage, nous nous sommes d’abord adressés à la société Vivetic qui nous a permis de visiter leur "usine", car ce sont de véritables usines, avec des ordinateurs à la chaîne. Cette société avait l’avantage d’être l’une des plus grosses et des plus anciennement implantées, mais surtout d’avoir une activité très variée, en traitant quasiment tous les domaines de la délocalisation de services.
Comme on va l’entendre, elle nous a ouvert ses portes, ce qui n’est pas si fréquent car ce genre d’entreprises ne tient pas trop à dévoiler ses compétences ou ses créneaux à la concurrence.
Vivetic nous a demandé de ne pas nommer ses clients et est restée floue sur certaines tâches que la société effectue.

Grégoire est aussi allé dans une structure beaucoup plus modeste qui fait finalement un travail équivalent c'est à dire du data service et du call center.
On sait que les grandes multinationales externalisent une partie de leur activité mais un simple médecin généraliste de campagne peut aussi avoir besoin d’une secrétaire à distance de même qu'une petite maison d’édition peut vouloir numériser son catalogue.
Bref, c’est un univers fascinant qui interroge le monde d'aujourd'hui. Il flirte avec les limites de l'acceptable en permanence. Il s'amuse des archaïsmes et des protections sociales du nord. De même qu'il permet à des jeunes du sud de travailler, fonder des familles et participer au développement de leurs pays. C'est aussi un secteur qui bénéficie d'une “délocalisation” moins avouable, celle du téléphone ou de l’internet rose (même si personne n’a voulu en parler au micro).


Écoutez le reportage (26 min. et 34 sec.)

 

Nicolas Decrock de Vivetic avec Grégoire Pourtier

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Ziad Maalouf est journaliste, producteur de l'Atelier des médias RFI

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Commentaires

  • "et bien sûr un niveau de salaire des travailleurs beaucoup plus bas qu’en Europe puisque les premières rémunérations tournent autour d’une petite centaine d’euro, ce qui représente cependant un bon salaire dans l’île, d’autant qu’il s’accompagne souvent d’avantages sociaux non négligeables." La délocalisation ou l'externalisation de l'économie ou de certains moeyens de production vers d'autres forces de production inactive peut donc être interprété comme une forme de nouvelle solidarité économique, comme une nouvelle manière de redistribué les richesse, une manière de tempérer les égalités, surtout lorsque les pilleurs internes de l'économie des pays pauvres que sont leurs gouvernants ne construisent rien avec les milliards qu'il filent dans les banques complices de l'extérieur. Comme l'Afrique est pleine d'énergie mais incapable de réveiller et d'absorber cette énergie dormant, alors l'occident peut se permettre d'une ingérence vitale.

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