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I - PROLOGUE – 1841 : en route vers l’Australie


Un autre Titre : « Le Don Francisco , la Malédiction et Chacha »


Résumé


Le 31 Décembre 1841 , le Don Francisco alias James Matthew, ex-bateau négrier et ancienne propriété de Francisco Félix de Souza se fracasse inexplicablement sur les côtes australiennes. Le navire semble avoir été frappé par une malédiction proférée du fond des cales du Don Francisco par un prêtre esclave vaudou quelques années plus tôt. Un seul rescapé du nauvrage : Fortuleza Barbarossa.


Note personnelle
Fortuleza, le prénom du seul rescapé du naufrage (vraiment fortuné). Barbarossa, nom de la plus grande, couteuse et meurtrière offensive militaire de l’Histoire, menée par Hitler contre l’Union Soviétique. L’opération Barbarossa, planifiée dès décembre 1940 et démarrée en juin 1941 fut un échec total.
Je fais un parallèle entre l’échec de l’expédition militaire de Hitler et celle de Fortuleza exactement un siècle plus tôt (1841-1941).
Le personnage de Fortuleza doit certainement ses échecs à son nom de famille (n’oublions pas une tentative ratée d’un bain en pleine tempête d’où il en sort miraculeusement) et sa survie à son prénom.
A noter également la date du naufrage 31 Décembre qui cadre bien avec la fin d’une période, l’accomplissement de la malédiction.
La malédiction proférée en 1818 s’accomplit en 1841 soit 21 ans après (âge de la majorité en Afrique).


Beaucoup de choses peuvent être dites, mais je préfère renvoyer le lecteur à l’œuvre originale.


Vocabulaire

  • Noroît : Vent du nord-ouest
  • Mât gréé : Mât équipé
  • Un brick : Nom masculin singulier, bateau à voiles ayant deux mats carrés.
  • Chtonien / Chthonien : Adjectif masculin singulier , relatif à la terre, aux catacombes, au monde souterrain.
  • Maréchaussée : Nom féminin singulier, juridiction des maréchaux de France ; autrefois ancien corps de cavaliers chargé d'assurer la sécurité publique remplacé par la gendarmerie nationale ; familièrement la gendarmerie, les gendarmes.
  • Orpailleur : Ouvrier qui recherche des paillettes d'or par lavage des sables aurifères
  • Engeance : Nom féminin singulier, groupe, ensemble de personnes dont on se moque, que l'on méprise (ces garnements ! quelle engeance !; une maudite engeance).
  • Etoupage : Nom masculin singulier, (technologie) action d'étouper, de calfater, de mettre un bouchon d'étoupe; le résultat de cette actio. Etouper = Calfater : (marine) rendre étanche un bateau en étoupant les joints et en les recouvrant de brai, de mastic ou de goudron .

Expressions – Mots clés

  • « Font Deerer n’avait d’yeux que pour les volutes de fumée, lesquelles semblaient quitter à regret la bouche rose du Portugais, une bouche s’ouvrant et se refermant mécaniquement comme celle d’un moorishi captif, les piquants de la moustache faisant office de nageoires, et ses habits bigarrés imitant la vêture zébrée du poisson. »
  • « Les nègres … ces choses à la peau noire comme l’intérieur du cul de Judas. »
  • « … les pauvres empochent leur sou sans regarder le métal dont il est fait, … »
  • « … la vigie annonça terre en vue … »

Gros plan : Félix Francisco de Souza


Originaire de Bahia , Francisco Félix de Sousa (1754 - 1849) était un commerçant d’esclaves Africain-Brésilien que l’on surnommait Chacha et qui passe pour avoir été l’un des plus grands commerçants d’esclaves de son époque. Il a été connu pour son extravagance , il comptait pas moins de 80 enfants et 1000 femmes dans son harem. Francisco De Sousa a continué le commerce des esclaves bien après que le commerce ait été supprimé. De Sousa était un ami personnel du Roi Ghezo du Dahomey, qui le fit vice-roi de Ouidah après qu'il l’ait aidé à renverser le roi Adandozan. Il a été enterré au Dahomey.


II - TEMPS ANCIENS I – Juin 1818, le jour où la foudre a frappé


Un autre Titre : « Chacha connaît le secret de la foudre»


Résumé


Un soir de pluie de juin 1818 à Gléhué, la foudre s’abat sur un esclave de maison attaché au poteau devant la demeure de Francisco Chacha de Souza. Le maître des rituels Vodoun arrivé sur les lieux constate que Francisco Chacha de Souza possède le secret d’attirer la foudre du Dieu vodoun Hêvisso.


Vocabulaire

  • Liséré : Adjectif masculin singulier, ruban étroit bordant un habit ou une étoffe , toute bande étroite.
  • Palaquin : chaise ou litière portée à bras d'homme ou à dos d'animal, dans certains pays orientaux

Expressions– Mots clés

  • « Désormais plus personne, n’était à l’abri de la vindicte de son voisin, puisque même la mémoire de celui qui fut le premier à vendre l’autre s’était dissipé, laissant place à un jeu dangereux de vengeances croisées. »
  • « … qu’un Blanc ne se fie jamais à une solution supersticieuse , et que par conséquent, il avait rajouté aux feuilles de la plante du tonnerre de la limaille de fer. »
  • « Nul disait-on , n’affronte impunément le Yovogan de Souza, car un homme qui revient de si loin est impitoyable dans sa volonté de puissance. Nécessairement impitoyable. »

III - TEMPS ANCIENS II – 1788, l’incomparable lusitanien


Un autre Titre : « Comment Francisco de Souza arriva affamé, gringalet et sans le sou à Gléhué en 1788.»


Vocabulaire

  • lusitanien : relatif au Portugal.
  • sybarite: qui recherche le plaisir et le luxe.
  • dolichocéphale : (anthropologie) ayant la tête de forme allongée (par opposition à "brachycéphale").
  • melliflu : doucereux.

Expressions– Mots clés

  • « Les peuples d’ici , quoi qu’on dise, ont toujours jugé leurs semblables et les étrangers d’abord selon leur apparence. »
  • «Blanc d’église, blanc bateau ou encore blanc pacotille, on avait presque tout vu dans les parages depuis trois siècles déjà. Mais quand débarqua à Gléhué, en 1788, calendrier du Blanc d’école, le sieur Francisco Félix de Souza, blanc petit se prétendant portugais et aventurier dans la grande tradition de son peuple, même les gallinacés se sont effondrés de rire dans les poulaillers. L’histoire inventée par ce gringalet en piteux état et affamé paraissait improbable. »
  • «Il s’en irait ainsi vers la bonne aventure, car il en était convaincu, de façon intime et péremptoire : ce poste lui était réservé par le destin, sa vie allait enfin changer au milieu des négresses fessues et des nègres lippus, qu’il vendrait sans état d’âme, puisque de toute manière ces gens-là n’avaient pas d’âme, ainsi que l’avait décrété la sainte Eglise catholique. Et lui était d’éducation et de nature à faire confiance au jugement de l’Eglise . »
  • « Non, vraiment, l’heure était venue de s’affranchir de la morale des faibles et de conquérir le monde autrement, en soumettant s’il le fallait par le fer ou le poison toutes les volontés contraires à ses desseins. »
  • « Chacha, le surnomma-t-on bientôt, ce qui signifie vivacité, promptitude, manière de reconnaître et célébrer sa rapidité à conquérir femmes, honneurs et richesses. »

IV - TEMPS ANCIENS III – Juin 1818, le dernier banquet du roi


Résumé


Le roi ADANDOZAN a convoqué une importante réunion chez Francisco de Souza au sujet du différend qui les oppose sur le commerce des esclaves que le premier veut voir arrêtée conformément à l’abolition de l’esclave signé une décennie plus tôt.
Au cours de la réunion – banquet le roi est empoisonné avec la complicité active de son neveu et chef d’armée Gankpé.
Le maître des rituels qui a préparé le poison sous la menace se trouve complice malgré lui de cette affaire.


Expressions– Mots clés

  • « Buchanan Murphy avait le rire des gens repus et l’insolence du parvenu. »
  • « Quand la colère a étalé sa natte, ceux qui s’y couchent se grattent , … »

V - TEMPS ANCIENS IV – Le roi, dans sa tête, la nuit / I


Résumé


Le roi malade est isolé au fort Joao Batista , dirigé depuis bientôt trente ans, en compagnie du maître des rituels qui lui prodigue les soins. Le roi revoit ses antécédents avec Chacha de Souza et Gankpé.


Vocabulaire

  • cabécère : c’est à dire “chef” investi du pouvoir de régler toutes sortes de différents au nom du roi dans les locaux administratifs appelés “agores”.

Expressions– Mots clés

  • « Sans le commerce guinéen des esclaves, avouez quand même que tout l’or du Brésil serait resté dans son sous-sol, ou tout au plus, seule une infime quantité aurait vu la lumière du jour. »
  • «N’allez pas de dire qu’une promesse de Blanc est aussi futile que le pet d’une vieille femme à l’agonie. »

VI - TEMPS ANCIENS V – Le roi, dans sa tête, la nuit / II


Résumé


Le poison que le roi a bu provoque sur le corps les signes extérieurs de la variole , malédiction du Dieu Sakpatê. C’est l’astuce trouvée pour de le destituer.
Le roi ADANDOZAN malade pense à sa femme blanche Sophia de Montaguère.


Expressions– Mots clés

  • « La semence royale déposée dans le ventre d’une étrangère, passe encore, mais dans celui d’une femme blanche, doublement étrangère à la race et au genre ! »
  • «Les femmes aiment le pouvoir, et les gens de pouvoir ont le flair pour repérer celles qui sont à l’aise en leur compagnie. »
  • « La puissance d’un roi n’est pas dans le nombre de ses femmes, mais dans les prérogatives qu’il s’accorde dans le choix de celles-ci. »
  • « Il eût fallu tuer le serpent Chacha, regretta le souverain du Danhomé . Peut-être les frères n’en seraient pas venus à de telles extrémités. »

Gros plan : Sophia de Montaguère


L’un des plus célèbres commandants du Fort Royal St Louis de Grégoy, Joseph Ollivier de Montaguère en prit la direction vers 1776 sous le règne de Kpengla. Les documents d’archive datés de 1777 portent sa signature. Assisté d’une vingtaine de soldats français, il réglait les affaires entre les capitaines des bâteaux négriers et le roi. Diplomate conciliant, il vécut longtemps en bonne entente avec les autorités locales. Il épousa selon la coutume, la demoiselle Sophie Mutatum, une jolie métisse, fille d’un officier hollandais de la garnison du fort anglais William et d’une indigène appelée Avressi Médélé.
Sophie eut deux fils, Nicolas et Jean-Baptiste, qui apprirent à lire et écrire auprès des missionnaires catholiques temporairement établis à Ouidah, puis, après l’expulsion de ceux-ci par le roi, allèrent à Marseille acquérir une instruction d’un niveau supérieur. Lehouen, une amie de Sophie, originaire du pays Adja, devint la deuxième épouse du commandant. Elle lui donna un 3ème fils, Joseph qui, appelé à devenir le chef de sa famille maternelle, prit le nom de son oncle, Lemon (= Reymond) dont il hérita.
Après un séjour de 12 ans, le Commandant Joseph Ollivier de Montaguère fut rappelé en France avec sa garnison. En 1793 il entreprit un voyage d’adieu à Abomey, accompagné de Sophie et Nicolas. Il profita de l’occasion pour confier la garde de Sophie au roi Kpengla de peur qu’en son absence les européens de Ouidah ne la courtisent. Il déposa aussi dans les coffres du palais son titre de propriété attestant qu’il avait acheté pour ses fils le terrain boisé situé à proximité du Fort.
Le commandant mourut en France des suites d’une maladie contractée en Afrique. Sophie devint alors l’épouse des rois successifs qui se la transmirent comme un attribut royal. Elle donna un fils à Agonglo appelé Akokpè et un autre à Adandozan appelé Houègbello. De par sa qualité de reine d’Abomey, elle protégea les enfants de Ollivier de Montaguère contre les abus du pouvoir autocratique de ses époux.
Propos de l’Ecrivain : « On a reproché à Adandozan, semble-t-il, cette relation considérée comme une souillure du sang royal aux yeux des notables tenant d’une certaine orthodoxie sexuelle. Ghézo, le successeur d’Adandozan, rêvait aussi de posséder Sophia. Ce qu’il a fait, à la destitution de son rival. Sauf que je ne trouvais pas puissante cette fin de l’histoire, j’ai inventé un autre destin à Sophia, pour qu’elle ne tombe jamais dans les griffes de Guézo ! Petite victoire du romancier sur un personnage qui lui échappe. »


VII - TEMPS ANCIENS VI – E ple vi ple no !


Résumé


Comment le maître des rituels vit sa femme infidèle décapitée sous ses yeux et le reste de sa famille pris en captivité et comment il prit la décision de les retrouver.

VIII - TEMPS ANCIENS VII – Le vice-roi de Gléhué depuis son balcon


Résumé


Gankpé et Francisco de Souza s’assurant des derniers réglages de la destitution du roi.
Exfiltration de Sophia de Montaguère (Sikadjin) vers Porto Seguro.


Expressions– Mots clés

  • « Ils avaient le pouvoir, enfin, et plus personne ne pouvait les en déposséder. »

IX - TEMPS ANCIENS VIII – Les sandales de Huégbadja


Un autre Titre : « La première cérémonie de destitution du roi ADANDOZAN.»


Résumé


Les sandales de Huégbadja, symbole du pouvoir des souverains du Danhome sont retirées des pieds du roi ADANDOZAN .
Gankpé devient le nouveau souverain. Il prend le nom de GUEZO, le buffle écorné et nomme le lendemain Francisco Chacha de Souza vice-roi à vie de OUIDAH.


Expressions– Mots clés

  • « Son précepteur, à l’époque où le roi Agonglo le destinait à régner, le lui avait toujours répété : les liquides, plus que les aliments solides, demeurent le moyen le plus utilisé pour empoisonner un roi, méfie-toi même des liquides juteux qui sortent du corps d’une femme. Et voilà qu’au moment fatidique, alors qu’il se savait chez Chacha en territoire ennemi, il s’était laissé aller à ce relâchement qui lui coûte à présent l’humiliation totale. Où pouvait-il être en ce moment, ce pauvre maître des rituels ? Mort certainement, ou jeté aux caïmans, selon la triste loi des complots importants : nul ne peut être certain de la solidité d’un secret gardé par trois complices, il en faut un qui soit sacrifié pour que les deux autres sachent à quoi s’en tenir au cas où l’envie les prendrait de se confier. »
  • « Avançant d’un pas, le roi se débarrassa des babouches qu’il portait et glissa ses pieds dans les sandales à cordelettes que les souverains du Danhomé se transmettaient depuis Huégbadja. »
  • « Homme aux pieds nus, choisis toi-même ta demeure, et retire-toi en paix. Que t’accompagnent dans ta nouvelle vie les esprits des ancêtres, les mêmes qui ont édicté ces lois par lesquelles les hommes te jugent. »

X - NOUVEAUX MONDES – TEMPS MÊLES - EPILOGUE


Le maîtres des rituels dont on n’écrira jamais le nom authentique sera fait esclave puis déporté.
Il prendra successivement les noms d’esclave Miguel et de Soule Djibril. Il participera à une révolte historique à Salvador de Bahia puis rentrera dans son Afrique natale, près de la tombe de son roi mort, pour y découvrir de nouvelles surprises. Soit dit en passant, il rentrera avec un jeune homme du nom de Francisco Olympio da Silva, futur père d’Epiphanio Elpidio Olympio, premier président du futur Etat de « TiBrava ».
Toutes ces péripéties sont relatées dans les livres II et III (Nouveaux Mondes, Temps mêlés) qui ne sont pas détaillés ici.
Un ouvrage palpitant de M. KANGNI Alem que je vous invite à lire.
MERCI.

KOGOE Bertrand.

07/12/2009.

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Commentaires

  • Quelle histoire? suis -je tenté de dire, c'est quand même bon de connaître notre histoire, notre identité en dépend.
    ABC.
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