Lire et écrire sur les tablettes et les mobiles

iPad 2 with Smart Cover running iMovie, par Robert Scoble (Wikimedia Commons)

 

A l’occasion du Salon du livre, je reviens cette semaine sur les découvertes que j’ai faites durant mon tour du monde de l’innovation concernant la lecture sur les tablettes numériques. Ce nouveau support pose la question des modèles d’écriture à adopter.

Quand je repense à mon tour du monde de l’innovation et à la question du livre numérique, quelques images me viennent à l’esprit :

  • J'ai ainsi été frappé par le nombre de gens qui se servent d'une tablette pour lire dans le métro de Moscou, et dans les avions du monde entier,
  • Je repense également à Yoza, cette application sud-africaine découverte à la conférence Netexplo en février 2013 et qui essaye d’adapter la littérature aux téléphones mobiles, en travaillant sur le format des textes. 31 nouvelles, 18 poèmes et 5 oeuvres de Shakespeare ont déjà été repris et adaptés par Yoza pour les petits écrans de nos téléphones. Entre août et décembre 2012, cette application a généré 575 millions de lectures, 50 millions de commentaires et 200 millions de visiteurs uniques. Tout ces chiffres sont à resituer dans le contexte de l’alphabétisation et de l’initiation à la lecture, très importantes dans ce pays africain.


Quel futur pour le livre électronique ?


Nous pouvions nous poser cette question il y a dix ans, mais plus aujourd’hui tant le livre électronique est omniprésent dans le monde. Pour moi, ce support est à la fois inéluctable et merveilleux. Par rapport au papier, il donne un accès plus commode à plus de textes, et pour moins cher.

 

En quelques années, nous sommes passés de l’ordinateur - pas très pratique pour lire - aux tablettes et même aux mobiles. Aujourd’hui, si j’ai le choix, j’achète plutôt la version électronique d’un ouvrage, en tous cas en anglais. Les prix pratiqués par les éditeurs français et espagnols sont encore trop élevés à mon goût pour le livre électronique.

Mais le papier ne disparaîtra pas pour autant, car il a ses vertus. Je conseille d’ailleurs à mes lecteurs d’aller voir le merveilleux clip de publicité pour le papier toilette de la marque Trèfle, qui traite de manière humoristique de l’avenir du papier. Il montre en tout cas que ce support est irremplaçable...

L’attachement au papier est pour moi comme un vieux vice dont on ne parvient pas à se défaire. J’ai toujours sur moi un carnet et un stylo, même si je m’en sers de moins en moins. J’ai d’ailleurs pris toutes les notes de mon voyage sur un ordinateur. J’ai maintenant toujours un téléphone mobile sur moi et très souvent une tablette. La question qui compte le plus finalement n’est plus celle du support mais de l’écriture qu’il invite à utiliser. Un problème sur lequel de nombreux journalistes devraient se pencher.


Moderniser l’écriture journalistique en fonction des supports

 

Lors de mon récent voyage en avion vers Barcelone, j’ai pris quelques journaux pour passer le temps. J’ai ainsi lu Libération et le Monde, et je me suis aperçu que si le contenu de ces quotidiens m’intéressait, ces supports papier me sont tombés des mains, et je crois savoir pourquoi :

  • Tout d’abord au niveau du journal, j’ai trouvé qu’il y avait trop de choses dans un même quotidien. J’établis une comparaison avec les CD d’antan : aujourd’hui, nous achetons les morceaux de musique un par un, alors qu’il nous fallait auparavant acheter tout un album pour écouter un ou deux titres. Pourquoi ne pas faire la même chose dans les journaux, et n'acheter que les articles qui nous intéressent ?
  • Au niveau de l’article, je trouve que dans un papier, il y a trop de mots alors que seule une partie m’intéresse, et je n’ai pas de repères pour trouver exactement ce que j’ai envie de lire.

Je suis convaincu qu’on a besoin de changer d’écriture, pas seulement en se souciant du multimédia et des hypertextes, mais en tentant de modifier directement les techniques d’écriture.

Kindle 3, par kodomut (Flickr/CC)


Les écritures possibles sur les supports numériques

 

Il faut chercher les meilleures manières d’écrire pour être à la fois lisible et précis sur les tablettes. Pour le moment, quatre éléments me viennent à l’esprit qui pourraient nous aider à remplir ces deux conditions :

  • Les bullet points : au lieu d’avoir des textes rédigés et des phrases longues, nous aurions un article structuré par des points placés avant le texte, plus facile à lire.
  • La mise en avant du contexte : dans les articles que je lis, je voudrais avoir des éléments sur le moment et le lieu qu’il faut que je comprenne pour savoir apprécier l’histoire qu’on me raconte. Par exemple, un article sur les hackers chinois se comprend par le contexte de la décision du gouvernement américain d’envisager les cyber attaques pour anticiper les intrusions dans son système informatique.
  • Les tendances : j'ai envie qu'on m'explique où mène un nouveau fait d’actualité par rapport à la situation antérieure. Par exemple, le voyage de Obama en Israël augmente-t-il les chances d’une attaque israélienne contre l’Iran ? Le plan de sauvetage des banques pour sauver l'économie de Chypre augmente-t-il les chances d’un rejet populaire de la communauté européenne ? Ces questions sont souvent plus importantes que les faits, que nous connaissons tous parce que nous les trouvons facilement en ligne.
  • Toutes ces informations devraient être annoncées sur un seul écran a partir duquel la visualisation des éléments seraient facilitées, et où le lecteur pourrait aller où il veut.

J’ajoute deux éléments :

  • Toutes ces informations sont dans les bons journaux aujourd’hui, mais leur style d'écriture n’a pas changé,
  • Je propose donc que nous gardions ce style pour certains articles (reportages et vraies histoires) qui le méritent, mais pas pour l’information chaude.

Il faut tenter bien sûr, faire des expériences. Je rêve d’avoir les ressources pour y travailler avec d’autres… mais j’ai peur qu’il ne faille attendre encore un bon moment, en tout cas en France et en Europe. J’aimerais bien savoir ce qui se concocte en Chine et au Japon où l’écriture ET le rapport à la technologie sont différents. C’est peut-être de là que viendra l’inspiration pour révolutionner l’écriture que nous utilisons comme journalistes.

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Francis Pisani
@francispisani
Perspectives on innovation, creative cities, and smart citizens. Globe wanderer. Distributed self. Never here. Rhizomantic.

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Commentaires

  • Excellent moment d'écoute, comme toujours le calme olympien de la voix de Francis Pisani m'a bercé pendant que j'écoutais la chronique. Merci d'avoir retranscris l'entretien, je n'avais pas noté le nom de l'application sud-africaine, du coup je vais pouvoir faire quelques recherches en plus.

    Ce que j'ai appris en plus : l'intérêt des "bullets points"

    Grace

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