L’Atelier des médias a rencontré une journaliste et un spécialiste des médias en Egypte pour dresser un état des lieux de la presse deux ans après la chute de Hosni Moubarak. Les sujets d'inquiétudes restent nombreux même si certains acquis sont indiscutables.

Il y a deux ans, la rue égyptienne venait à bout, en quelques jours, d'une des dictatures les plus anciennes et les plus corrompues du monde arabe. Un vent de liberté et d'espoir soufflait sur le Caire, Alexandrie, Port Said et l'ensemble du pays. Un vent d'espoir immédiatement tempéré par les réalités du terrain, le pouvoir des militaires, les violences intercommunautaires, la monté des partis religieux.

Deux ans après, l'incertitude et les inquiétudes demeurent. L'exécutif, et particulièrement le Président frère musulman Mohamed Morsi, a montré des tentations de pouvoir sans partage. Les violences et comportements dégradants de la police continuent et sont dénoncés grâce à des vidéos amateurs.
Les affrontement récents d'une violence inouïe à Port Said ont même poussé certains spécialistes à s'interroger un moment sur l'éventualité d'une guerre civile.

Du point de vue des libertés, le tableau est également plein d'interrogations. Il y a quelques jours un juge a décidé d'interdire l'accès à Youtube, le site de partage vidéo, pendant un mois pour avoir diffusé le film Innocence of muslims. Une décision contestée, probablement inapplicable, mais inquiétante tout de même. L'Egypte de Moubarak n'était pas l'état le plus fermé du monde arabe en termes de liberté d'expression. Il y avait une presse dynamique, des espaces d'expression libre mais aussi un certain nombre de lignes rouges infranchissables : le président, sa famille, les forces de l'ordre, la corruption des puissants etc. A-t-on évolué de ce point de vue? Y a-t-il encore des tabous? De nouvelles lignes rouges?

Cette semaine, l'Atelier était au Caire, en Egypte pour une émission spéciale. Nous profitons de l'organisation du Forum 4M par Canal France International (CFI). Les forum 4M réunissent depuis deux ans des acteurs des médias pour s'interroger sur le journalisme face aux enjeux numériques. 4 M pour média, Méditerranée  mutations et Montpellier la ville où est née cette conférence nomade.
A écouter ci-dessous l'entretien avec David Hivet (CFI), Enrico de Angelis (CEDEJ) et Lina Atallah (Egypt Independant).

Le colloque 4MCairo


David Hivet est le directeur Méditerranée-Asie pour CFI, agence de coopération française tournée vers les médias des pays d’Afrique, de la Méditerranée, des Balkans, du Caucase et de l’Asie. Filiale de France Télévisions, CFI travaille avec les médias traditionnels (télévisions et radios) et s’attache aussi au développement des nouveaux médias dans le monde arabe. Pour David Hivet, la révolution numérique est un véritable phénomène en Egypte. Les acteurs des médias explorent de nouveaux outils créateurs de contenus tout en interagissant avec le public.

« Le Forum 4M a pour but de créer des synergies entre les acteurs de médias traditionnels et les professionnels des nouveaux médias du Sud et du Nord. »

Professionnels, journalistes, blogueurs se rencontrent pour échanger leurs savoir-faire et leurs initiatives dans le domaine des médias. Ce colloque permet donc de se nourrir de l’expérience des différents participants, d’échanger des idées, de faire découvrir des pratiques journalistiques inconnues pour certains.

Photo : David Hivet par Simon Decreuze

L’émergence d’espaces de liberté

Enrico De Angelis est chercheur spécialisé dans les médias du monde arabe au CEDEJ, institut de recherche français au Caire.

« Avant la chute de la dictature d’Hosni Moubarak, la presse traditionnelle était continuellement contrôlée. Dans ce contexte, le web a constitué un facteur important de détournement de la censure. »


Les outils de l’Internet ont permis de dénoncer les répressions, les violences policières par le biais de vidéos postées sur Facebook ou Twitter. Les réseaux sociaux ont démocratisé et favorisé les mobilisations contre Moubarak.

Aujourd’hui, les médias traditionnels sont plus libres. Le web n’est plus l’unique acteur de la liberté d’expression et se voit concurrencé. « C’est aussi un environnement plus complexe qu’à ses débuts puisqu’il favorise la division en permettant la formation de communautés. »

Photo : Enrico De Angelis par Simon Decreuze

Médias privés, médias publics

Lina Atallah est la rédactrice en chef d’Egypt Independent, l’hebdomadaire anglophone qui dépend du quotidien Al-Masri Al-Youm. Selon elle, les médias privés en Egypte ont toujours joué un rôle important pour la démocratie.

« Nés dans un contexte où les médias de l’Etat contrôlaient la scène médiatique, ils en ont pris le contre-pied. Ce mouvement a contribué à la révolution car les journalistes ont donné de l’écho aux problèmes engendrés par la dictature de l’ancien régime.» 

Deux ans après la révolution, Lina Atallah ne voit pas encore émerger la démocratie à laquelle les égyptiens rêvaient. « Le régime des Frères musulmans menace encore les journalistes pour leurs écrits. Pourtant, le rôle des médias est d’analyser la politique. Le pouvoir tente toujours de contrôler la liberté d’expression, surtout dans les médias privés.» La journaliste constate un problème plus grave: le retour de l’autocensure. Les journalistes se musellent par habitude alors que c’est la raison pour laquelle ils sont descendus dans la rue en 2001.

Photo : Lina Atalahh par Simon Decreuze

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Commentaires

  • Les Égyptiens sont très barbars!

  • Un proverbe africain avance qu'avant que l'eau ne s'épure elle se trouble toujours, autrement dit les différents bouleversements enregistrés çà et là partout dans le monde augurent de changements à tout point de vue positifs pour peu que chacun réalise qu'il en est l'acteur potentiel et essentiel. Dans cette histoire de printemps arabe, personnellement mon reproche à l'encontre des populations arabes a trait à leurs réactions épidermiques face aux provocations des autres communautés: beaucoup de leurs façons d'agir ainsi trahissent mal leur non maîtrise de la foi islamique qui pourtant prône la paix, la tolérance et la cohésion sociale. On ne répond pas aux coups de pied de l'âne par un coup de pied, sinon on s'abaisserait mal et se serait aussi une autre façon malsaine de proclamer sa tigritude. Non, le tigre reste à l'affût, guette sa proie et se l'accapare en un geste leste, posé et bien calculé. Il y faut une bonne et sérieuse organisation pour fédérer les idées et les intérêts vers une fin commune afin de pouvoir vaincre le fléau qui frappe ces pays. Je crois!

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