Crédit: Gustave Deghilage/FlickrCC

L'économie du partage, ce n'est pas seulement Uber et AirBnB, mais aussi des plate-formes numériques qui veulent permettre de faire société avec des populations qui, d'ordinaire, subissent souvent l'indifférence et l'exclusion. 

Les réseaux forment la première strate d’une solidarité indispensable pour qui espère survivre dans une société qu'il découvre, tant tout paraît difficile, depuis l’apprentissage de la langue en passant par les difficultés de logement, la recherche d’un emploi, les relations avec l’administration, avec les gens du pays… Quand on parle de « réseaux de migrants », on a l’habitude d’entendre par là des modes d’organisation sociale, par lesquels s’organise une économie interne  parfois informelle. Mais, les nouvelles plate-formes inspirées des médias sociaux et de l’économie du partage, qui veulent créer des échanges entre migrants et locaux,  sont entrain de décloisonner les solidarités.  

En France, les travailleurs immigrés (f)ont leur radio 

L’Atelier des Médias de RFI lui avait consacré un reportage en janvier dernier : depuis deux ans, la Radio des foyers diffuse chaque mois ses émissions depuis le foyer de travailleurs immigrés de la rue Bisson, dans le 20e arrondissement de Paris. Son objectif : permettre aux migrants de s’emparer de l’outil radio pour rompre l'isolement, combattre les préjugés et favoriser l’échange. Cela va donc au delà du « réseau de migrants », étant donné que la radio s’adresse à tout auditeur. 

En Allemagne, le Air BnB de l’accueil des réfugiés 

 « Ce n’est ni de l’assistance publique, ni de la charité », annonce Jonas Kakoschke, qui a crée la plate-forme sociale « Refugees welcome » en janvier 2015, et qui fête en mai sa présence dans 70 villes allemandes. Alors que Bruxelles est en pleine gestion de crise des migrants, ce graphiste allemand voulait, en activant le levier de l’économie du partage, proposer une troisième voie d’accueil des réfugiés en Europe.

A la manière d’un réseau comme AirBnB, le site met en relation des particuliers, dont l’identité et les centres d’intérêt sont visibles sur un « profil », qui auraient besoin ou d’un logement ou d’un colocataire.  Un système d’échanges de services est également envisagé.

Un fonctionnement simple, inspirée des plate-formes de partage

L’initiative obéit au principe des avantages partagés. Elle vise à éviter d’engluer en tas les réfugiés dans les no-man’s lands que sont les foyers destinés aux migrants plantés en périphérie des lieux d’activité et d’échange. « C’est une manière de les faire participer à notre société », poursuit . Réciproquement, ce système permet aussi à des Allemands de bénéficier d’une rentrée d’argent, mais aussi d’expériences différentes, quand il ne leur est pas possible de voyager. Une manière de faire société ensemble, plutôt que de toujours penser l’intégration à sens unique.

Changer notre imaginaire sur les réfugiés

Comme le rappelle Pierre-Samuel Guedj, président d’Affection Mutandi, une agence conseil en stratégies sociétales, l’imaginaire que nous entretenons en Europe sur les réfugiés politiques et climatiques est loin de correspondre à la réalité de l’expérience. On se représentent des cohortes débarquées d’un radeau. Or, il y a des profils très différents. Les personnes qui ont obtenu des demandes d’asile en France ou en Allemagne, par exemple, ont des compétences diverses, voire qui ne sont pas développées en France. Et de surcroit, tous ne sont pas sans le sou comme on est enclins à le croire. Un tel site permet de rompre avec l’imaginaire ou bien méprisant ou bien désespéré qui se développe à la faveur de l’anonymat.

La question se pose toutefois de la vérification de l’équité de la relation ainsi instaurée entre citoyens du pays d’accueil et réfugiés, car pour l’instant, il n’existe pas de dispositif juridique précis pour prévenir et détecter toute sorte d’abus éventuels.

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Journaliste médias à Intégrales Mag et à Socialter en même temps ; sème aussi des chroniques, notamment à Sud Radio (Le Brunch Médias) ; intervenante au Celsa "nouveaux médias".
Twitter : @ClaraSchmelck
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Commentaires

  • on pourrait aussi citer tous les autres médias du net que vous avez oublié, et qu'on retrouve sur Youtube et autres réseaux sociaux qui font que tous les immigrés se retrouvent s'agissant de partager les informations du pays d'origine sur la culture, économie, la société et divers...qui plus est à mon avis une idée extraordinaire pour briser la routine de nos infos quotidiens du pays d'accueil.

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