Mis à jour le 30 novembre à 18h45

Ce matin, alors que je lisais
les réactions publiées par le New York Times aux dernières fuites de Wikileaks, j'ai été attiré par la reproduction d'un texte publié par l'ambassadeur des États Unis au Pakistan. Bien qu'il soit en Anglais, j'ai eu immédiatement une impression de déjà vu. La veille, j'avais lu la tribune de l'ambassadeur des États-Unis en France.

Après vérification et comparaison, j'ai pu me rendre compte que les ambassadeurs des États-Unis au Pakistan
(Cameron Munter) et en France (Charles Rivkin) partagent (vraiment, vraiment) les mêmes idées. Ci dessous, les versions intégrales (entrelacées) de leurs textes adressés aux peuples français et pakistanais. Je vous laisse juger.


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[En gras, le texte de Cameron Munter ambassadeur des États-Unis au Pakistan
En italique celui de Charles Rivkin
, Ambassadeur des États-Unis en France

Les numéros des paragraphes sont de moi.]


1 President Obama and Secretary of State Hillary Rodham Clinton have made it a priority to reinvigorate America’s relationships around the world.

Donner du sang neuf aux relations entre les États-Unis et le reste du monde, voilà une des priorités du président Barack Obama et de la secrétaire d'État Hillary Rodham Clinton.


2 They have been working hard to strengthen our existing partnerships and build new ones to meet shared challenges, from climate change to ending the threat of nuclear weapons to fighting disease and poverty.

Par un travail acharné, ils renforcent les alliances existantes et en forgent de nouvelles afin de faire face aux défis communs, qu'il s'agisse de lutter contre le changement climatique, contre la menace posée par l'armement nucléaire, ou contre les maladies et la pauvreté dans le monde.


3 As the United States Ambassador to Pakistan, I’m proud to be part of this effort. Pakistan is an important strategic partner of the United States. Of course, even a solid relationship will have its ups and downs. We have seen that in the past few days, when documents purportedly downloaded from US Defence Department computers became the subject of reports in the media. They appear to contain our diplomats’ assessments of policies, negotiations, and leaders from countries around the world as well as reports on private conversations with people inside and outside other governments.

En ma qualité d'ambassadeur des Etats-Unis d'Amérique en France, je suis fier de prendre part à cette mission. La France est le plus ancien allié des Etats-Unis, et la force, l'étendue et la profondeur des relations entre nos deux pays n'ont jamais été plus grandes qu'elles ne le sont aujourd'hui. Ensemble, nous travaillons sur tous les sujets majeurs de la scène internationale, de la paix au Moyen-Orient au terrorisme, de l'Afghanistan au désarmement nucléaire. Bien sûr, même les alliances les plus solides connaissent des hauts et des bas. Nous le voyons ces jours ci, alors que des documents du département d'Etat des États-Unis, prétendument obtenus des serveurs informatiques du département américain de la défense, font l'objet de comptes rendus dans les médias. Il semble que ces documents concernent des opinions émises par nos diplomates sur les politiques, les négociations et les dirigeants de nombreux autres pays du monde, et qu'il s'agisse aussi de notes sur des conversations privées échangées avec des personnalités appartenant ou non à des gouvernements étrangers.


4 I cannot vouch for the authenticity of any one of these documents. But I can say that the United States deeply regrets the disclosure of any information that was intended to be confidential. And we condemn it.

Je ne peux pas me porter garant de l'authenticité de tous ces documents. Mais ce que je peux dire, c'est que les États-Unis regrettent profondément la divulgation de toute information qui était destinée à rester confidentielle, et qu'ils condamnent cette action.


5 Diplomats must engage in frank discussions with their colleagues, and they must be assured that these discussions will remain private. Honest dialogue-within governments and between them-is part of the basic bargain of international relations; we couldn’t maintain peace, security, and international stability without it. I’m sure that Pakistan’s ambassadors to the United States would say the same thing. They too depend on being able to exchange honest opinions with their counterparts in Washington and send home their assessments of America’s leaders, policies, and actions.

Les diplomates doivent pouvoir mener des discussions franches avec leurs collègues, et doivent être assurés que ces discussions garderont leur nature privée. La franchise du dialogue au sein des gouvernements et entre les gouvernements est au cœur même des relations internationales; nous ne pourrions pas assurer la paix, la sécurité et la stabilité internationale sans un tel dialogue. (Je suis convaincu que tout ambassadeur de France dirait la même chose que moi. Lui aussi a besoin de savoir qu'il peut échanger en toute honnêteté avec ses homologues de par le monde, puis transmettre à son gouvernement son opinion franche sur les dirigeants, les politiques et les actions des autres pays.)


6 I do believe that people of good faith recognise that diplomats’ internal reports do not represent a government’s official foreign policy. In the United States, they are one element out of many that shape our policies, which are ultimately set by the president and the secretary of state. And those policies are a matter of public record, the subject of thousands of pages of speeches, statements, white papers, and other documents that the State Department makes freely available online and elsewhere.

Je suis convaincu que les citoyens de bonne volonté reconnaîtront que les rapports internes écrits par les diplomates ne représentent pas à eux seuls la politique étrangère officielle d'une nation. Aux États-Unis, ils ne constituent qu'un des éléments parmi d'autres qui contribueront à forger nos politiques, lesquelles sont déterminées, en dernier lieu, par le président et par la secrétaire d'État. Ces politiques font l'objet d'archives, constituées de milliers de pages de discours, de déclarations, de rapports et d'autres documents que le département d'État américain met à disposition du public sur le Web et ailleurs.


7 But relations between governments aren’t the only concern. US diplomats meet with local human rights workers, journalists, religious leaders, and others outside the government who offer their own candid insights. These conversations depend on trust and confidence as well. If an anti-corruption activist shares information about official misconduct, or a social worker passes along documentation of sexual violence, revealing that person’s identity could have serious repercussions: imprisonment, torture, even death.

Mais les torts causés aux relations entre les gouvernements ne sont pas le seul sujet de préoccupation dans cette affaire. Les diplomates américains ne rencontrent pas que des acteurs gouvernementaux; ils sont également amenés à rencontrer des militants des droits de l'homme, des journalistes, des dirigeants religieux et toutes sortes de personnes qui peuvent donner leur opinion franche sur telle ou telle situation. Ces échanges sont, eux aussi, fondés sur la confiance et sur la discrétion. Si un militant engagé dans la lutte contre la corruption fait état d'informations concernant des malversations de la part de personnes haut placées, ou si un travailleur social apporte des preuves de violences sexuelles, le fait de révéler l'identité des coupables peut avoir de sérieuses conséquences : l'emprisonnement, la torture, voire, dans certains pays, la mort. Il n'est de l'intérêt de personne de révéler ce genre d'information.


8 The owners of the WikiLeaks website claim to possess some 250,000 classified documents, many of which have been released to the media. Whatever their motives are in publishing these documents, it is clear that releasing them poses real risks to real people, and often to particular people who have dedicated their lives to protecting others. An act intended to provoke the powerful may instead imperil the powerless.

Les animateurs du site Internet WikiLeaks prétendent posséder quelque 250 000 documents secrets, dont une grande partie a été communiquée aux médias. Quelles que soient leurs intentions en publiant ces documents, il est clair que cette divulgation suscite des risques bien réels pour des personnes bien réelles, et bien souvent justement pour des personnes qui ont consacré leur vie à protéger d'autres vies. Une action destinée à émettre une provocation contre les puissants pourra, au contraire, mettre en danger les personnes sans défense.
Nous soutenons et nous encourageons le débat d'idées sur les questions cruciales de politique publique. Mais diffuser des documents à la légère et sans considération pour les conséquences éventuelles n'est pas le bon moyen d'engager ce débat.
Charles Rivkin, ambassadeur des États-Unis en France


We support and are willing to have genuine debates about pressing questions of public policy. But releasing documents carelessly and without regard for the consequences is not the way to start such a debate.


For our part, the US government is committed to maintaining the security of our diplomatic communications and is taking steps to make sure they are kept in confidence. We are moving aggressively to make sure this kind of breach does not happen again. And we will continue to work to strengthen our partnership with Pakistan and make progress on the issues that are important for our two countries. We can’t afford anything less. I am in close contact with Pakistan’s leadership to make sure we continue to focus on the issues and tasks at hand. President Obama, Secretary Clinton, and I remain committed to being trusted partners as we seek to build a better, more prosperous world for everyone.
The writer is US ambassador to Pakistan.
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A l'exception de deux ou trois paragraphes imaginés par l'ambassadeur des États-Unis en France, les deux textes sont totalement identiques. Est-ce une pratique "diplomatique" courante? Personnellement je trouve cela assez irrespectueux de laisser croire qu'ils sont de la main d'un individu alors que manifestement ils ont été dictés par une tierce personne (le Département d'Etat?) ou qu'au mieux, ils ont été co-écrits par les deux diplomates. Je n'ai pas eu le temps de vérifier si des tribunes similaires ont été publiées en Italie, en Chine, en Arabie Saoudite ou ailleurs mais cela ne m'étonnerait pas.
Qu'en pensez-vous?

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Mise à jour (18h45) grâce à un commentaire de Bertrand Kogoé :
" L'ambassadeur des Etats-Unis au Zimbabwe a tenu exactement les mêmes propos à lire ici , l'ambassadeur américain au Sri lanka et aux Maldives également (à lire ici). En réalité tous les ambassadeurs ont relayé le même message ; il suffit de taper dans Google un ou partie d'un paragraphe pour tomber sur ces liens."
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Ziad Maalouf est journaliste, producteur de l'Atelier des médias RFI

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Commentaires

  • @Ziad : eh non Ziad, tu ne feras pas le même texte etc... parce que tu n'es pas diplomate porte-parole de ton pays mais journaliste et blogeur.Nos règles de journalistes ne peuvent s'appliquer à tous les corps de métier, qui ont chacun leur logique propre. Quand à ta remarque sur le net, elle est intéressante, mais les textes en question sont d'abord destiné aux journaux dont l'immense majorité des lecteurs ne vont pas comparer avec d'autres textes sur le site d'autres journaux . Y compris les lecteurs qui découvrent ces textes sur le sites des journaux. Du point de vue de la diplomatie , cette pratique est efficace et , pour reprendre ton expression,ne mérite pas abolition. Pas encore en tout cas.
  • Les américains sont pragmatiques et cherchent à sauver la peau de leur diplomatie partout.
    Cette pratique est la seule manière de pouvoir transmettre les consignes de la politique étrangères de ce puissant Etat.
    Dommage.
  • @Pierre Tu as certainement raison. Ceci dit, la pratique, même courante, n'en n'est pas moins étrange. Je ne me vois pas signer et écrire à la première personne, un communiqué adressé à une population donnée, sachant que mes confrères de tous les autres pays publient le même texte. C'est au mieux, un manque d'imagination, au pire un manque de respect. En tous cas, au risque de défoncer des portes ouvertes, je pense qu'à l'heure du net (quand des textes entiers circulent en une seconde sur la planète et que des moteurs de recherche permettent de vérifier leur originalité) cette pratique mérite abolition. Tu ne crois pas?
  • Cette histoire de wikileaks est décidément une machine à enfoncer les portes ouvertes ! Un ambassadeur en fonction exprime le point de vue de son gouvernement, il en permanence en relation avec son ministère des affaires étrangères, partage ses analyses (au moins publiquement) , recueille des éléments de langage pour exprimer le point de vue de son pays au plus près de la politique définie par le gouvernement dont il dépend. Bref, rien d'étonnant que sur une question posée dans les mêmes termes dans différents pays, les différents ambassadeurs du même gouvernement fasse la même réponse. Je suis sûr qu'en cherchant dans les archives des journaux français et étrangers on trouverait d'autres exemples de textes identiques signés par différents ambassadeurs des Etats-Unis , de France ou d'ailleurs.
  • vous croyez qu'il vont en guerre les rangs dispersés? les américains accordent leurs cordes et jouent toujours la même symphonie très en accord. c'est ce qu'on appelle le pragmatisme américain.
  • @Bertrand Merci pour ton ajout.
  • Pour apporter de l'eau à ton moulin l'ambassadeur des Etats-Unis au Zimbabwe a tenu exactement les mêmes propos à lire ici , l'ambassadeur américain au Sri lanka et aux Maldives également (à lire ici).
    En réalité tous les ambassadeurs ont relayé le même message ; il suffit de taper dans google un ou partie d'un paragraphe pour tomber sur ces liens.
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