Par Pierrick de Morel, Raphaelle Constant et Ziad Maalouf

Malgré la situation difficile de la presse papier, chaque semaine de nouvelles publications voient le jour. Beaucoup s'inspirent du succès des mooks, ces revues qui mélangent magazine et livres. D'autres choisissent des modèles plus conventionnels. Cette semaine, l’Atelier des médias donne la parole à ces "pureplayers du print" (on utilise généralement le terme pureplayer pour les médias qui se lancent exclusivement sur Internet), ces publications qui ont choisi de tout miser sur l’économie de l’imprimé à l’heure numérique. Émission enregistrée fin janvier  dans le cadre de la série #PrintisNotDead, organisée par le Labo de l’édition, Silicon Experience.


Comment penser l'information sur papier aujourd'hui ? Le "print" ne peut-il se construire que par opposition au numérique ? Comment imaginer de nouvelles passerelles et complémentarités entre ces deux médias ? L’Atelier des médias s’est délocalisé à la Cantine numérique pour apporter quelques réponses à ces questions. Nos invités sont Raphaël Meltz du Tigre, Alexandre Chabert pour Charles et Schnock, Colin Caradec de The Shelf  et Christian Perrot de L'Impossible.



Extrait de l'introduction à cet événement par Ziad Maalouf.


« L'industrie de la presse quotidienne se meurt. Cette parenthèse dorée des grands quotidiens, de la publicité, des petites annonces. Cette grande illusion qui vivote aujourd'hui grâce à des banquiers, des vendeurs d'armes et remboursés fiscaux, qui détiennent les coûteux et prestigieux journaux encore vivants.


Le modèle économique de la presse quotidienne a périclité, c'est triste et inquiétant. Mais il n'avait de modèle que le nom cet équilibre étrange entre ventes, publicités et annonces payantes. Il périclite pour cause de révolution technologique, numérique. Encore une illusion, un avatar de la comédie humaine, prophétisent nos amis de la revue XXI dans leur manifeste récent qui a fait couler encre et kilo octet. La presse hebdomadaire, soit dit en passant, commence aussi à montrer des signes d'essoufflement.


La presse aujourd'hui se reconstruit et va se reconstruire sur de nouvelles bases. Seront-elles plus justes? Seront-elles plus modestes? Seront-elles plus humaines? Les invités de cette table rond sont les ouvriers de cette reconstruction. Contrairement à beaucoup, ils ont choisi le papier pour lancer leur projet, réaliser leur rêve. Combat d'arrière ou d'avant-garde, l'avenir nous le dira. Combat en tous cas.»


Raphaël Meltz est écrivain et directeur de publication du magazine Le Tigre. C’est un magazine généraliste, indépendant et sans publicité co-dirigé par Laetitia Bianchi. Né en 2006, il compte aujourd’hui plus de 100 numéros.
Sa maquette est séduisante, de la typographie à la mise en page, tout est recherché.
«On travaille sur un graphisme varié, sur des registres d’écriture très différents. C’est un mensuel généraliste qui veut traiter l’intégralité des formes qui existent dans le monde.» C’est pourquoi, journalistes, photographes, dessinateurs, et écrivains participent à l’élaboration de la revue.

Le Tigre paraît en kiosque, «
presse qu’on considère comme mourante contrairement à la nouvelle presse de librairie qui serait le renouveau ». Comme le rappelle Raphaël Meltz, en France, la diffusion d’une publication en kiosque assure une distribution sur tout le territoire français contrairement à la vente en librairie qui est nettement plus restreinte.


En 2010, Raphaël Meltz a publié un texte qui avait pour titre " 
Pourquoi faire un journal? ". Il y annonçait du magazine "pour une durée indéterminée". Finalement, « les journalistes : je les regarde, lancer leurs petits messages en 140 signes, répercuter des scoops si essentiels (Brice Hortefeux aimerait être maire de Vichy ! Apple lance un réseau social musical !). Je les vois jouir en caressant leur iPad, leur smartphone, en regardant leurs statistiques d’accès, en discutant de la consommation de l’information. La consommation de l’information : j’ai vu, de mes yeux vu, un journaliste laisser un de ceux qui organisent (financent) les flux d’aujourd’hui prononcer cette expression sans réagir... Aujourd’hui... : les journalistes "font" leur métier, et s’ils réfléchissent dessus, c’est juste pour savoir comment l’information va être hiérarchisée par Google ou Facebook. Ce qu’ils suivent, c’est : les clics, les followers, les outils. Le fond? Quel fond? Ah, les papiers : pas trop longs et surtout vite mis en ligne. Les journaux ? C’est du passé. On va avoir de superbes applis multimédia sur iPad. »


Alexandre Chabert est le co-fondateur de La Tengo Editions qui publient deux mooks, Charles et Schnock. Créée en mai 2011, la revue Schnock veut « revisiter la culture populaire française passée avec un regard actuel ». Charles, née en mars 2012, est une revue qui parle « politique, de ses acteurs, de son théâtre, et de sa dramaturgie ».  Son titre est inspiré de la revue américaine George (qui a pris le nom de son premier Président). Ainsi, Charles est une référence à Charles de Gaule même si le magazine ne porte pas ses opinions politiques. C’est une revue très spécialisée dans laquelle des plumes inattendues interviennent comme Roselyne Bachelot récemment.    


Les deux revues de La Tengo Editions sont diffusées en librairie sur le modèle économique du livre. Pour Alexandre Chabert, la vraie difficulté est de se frayer une place parmi la concurrence, sachant qu’en France, il y a 70.000 nouveaux livres par an.  

« Quand on voit les chiffres de la revue XXI, distribuée par les libraires, on se dit qu’on peut proposer un journalisme de qualité en prenant d'avantage de temps dans une petite structure. »


Crédit photo : Electronic book par timonoko via Flickr

 

Colin Caradec se pose également en défenseur du papier. Sa revue, The Shelf, est même un hommage au livre en tant qu’objet, en tant que produit “charnel”, comme il le dit lui même. La rubrique centrale de sa revue, “Me, My Shelf and I” (un jeu de mot avec l’expression anglaise “Me, Myself and I”, soit “Moi, Moi et Moi”) propose d’ailleurs chaque mois de mettre en avant un acteur des métiers du livre (libraire, éditeur, relieur), interviewé dans sa bibliothèque ou dans son atelier. Véritable déclaration d’amour au papier, le projet The Shelf ne privilégie pas sa présence en ligne :

« En tant que revue sur le livre, nous n’avons pas vraiment intérêt à nous embêter avec le numérique, qui ne donne pas de valeur à ce dont on parle et à ce qu’on aime, c’est-à-dire le papier. »


Dernière revue évoquée : L’Impossible, lancée en mars 2012 par Michel Butel. Christian Perrot qui fait partie de sa rédaction est également en charge des publications sur Facebook. Une position logique selon lui, qui permet à son journal papier, qui ne paraît qu’une fois par mois, de réagir à l’actualité au quotidien. «Aujourd’hui sur le web, tout le monde fait un quotidien : on ne peut pas être sur internet sans tenir compte  du fait que c’est le média de l'immédiateté. »


Christian Perrot a fait partie de l’aventure L'Autre Journal avant de lancer le quotidien le Jour, qui a paru pendant quelques mois, entre mars et novembre 1993 avant de disparaître, faute de moyens. « Il ne me restait plus qu’à découvrir Internet pour pouvoir encore publier quelque chose, explique le journaliste. A cette époque là le papier était devenu hors de portée, impossible à atteindre pour s’exprimer. »


Aujourd’hui, L’Impossible connaît  régulièrement des problèmes économiques comme l’expliquait Michel Butel sur le site du mensuel, en janvier dernier : « Les difficultés de trésorerie du journal constantes, les terribles soucis quotidiens, les inquiétudes diurnes et nocturnes de dirigeants d'une petite entreprise [..] les questions que même des proches doués d'empathie n'imaginent pas mais qui alarment nos vies depuis le 14 mars 2012 : tiendrons-nous jusqu'au mois prochain ?» Mais Christian Perrot veut continuer à croire que l’aventure de L’Impossible va se poursuivre, pour une seule raison :

« L’envie de faire des journaux est toujours là... »

 

Vues : 695

Balises : emission, internet, la cantine, livre, magazine, mook, numérique, papier, print, pureplayer, Plus...r/évolutions dans les médias, tablettes, édition, émission

Commentaire de Yann dortindeguey le 9 mars 2013 à 9:26

Dans la même ligne, il y a la "Revue Orbs, l'autre Planète". 
« Ce beau livre-magazine, dans la lignée des ‘mooks’ actuels, fait renaître l’esprit de la mythique revue Planète. Tous les trois mois, au rythme des saisons, Orbs, l’autre Planète, explore les nouvelles manières d’être, de faire et de penser, à la croisée des traditions ancestrales et des expériences actuelles. »

Commentaire de pouyemoussa le 9 mars 2013 à 20:14

Pourquoi ne pas faire autant en presse écrite que faire une presse en ligne ou des ebooks?

Commentaire de serge katembera rhukuzage le 11 mars 2013 à 2:46

très belle émission

Commentaire de Hiba Kahla le 12 mars 2013 à 20:04

Paper will never die ! http://vimeo.com/61275290

Commentaire de Grace Bailhache le 18 mars 2013 à 4:46

Excellente émission que j'ai écouté avec gourmandise dans les deux parties en podcast comme d'habitude. Ce qui me frappe toujours, c'est de voir à quel point même des personnes d'expériences continuent d'imaginer pouvoir obtenir des résultats différents en pratiquant de la même manière, sous prétexte qu'ils l'ont toujours fait. Bizarre vous avez dit bizarre comme c'est étrange !!!

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