Les pelleteuses de la peur

Il y a quelques temps, on a vu surgir des agents municipaux dans les quartiers de Pointe-Noire pour avertir et apposer des croix sur les espaces ayant dépassé les limites conformes au plan de la ville. Les autorités veulent certes faire régner l’ordre, mais cela ne participe pas à créer un climat serein lorsque les populations ont l’impression de subir une injustice.De passage à Nkouikou, un quartier de Pointe-Noire, j’ai pu faire ces photos qui montrent les pelleteuses en action, mais aussi une terrasse de nganda (bar public) complètement démolie. De nombreux curieux et des victimes assistaient impuissants face à cette opération musclée de la municipalité.Marina tenait un salon de coiffure sur la grande avenue qui traverse de ce quartier, elle a juste eu le temps de sortir son matériel, aidée par ses apprenties. Elle n’a pas voulue s’exprimer lorsque je lui ai demandé comment elle se sentait. Mais je pouvais lire sur son visage la tristesse de voir, en quelques minutes détruire, ce lieu de travail. Elle m’a simplement fait comprendre que la prochaine fois, elle ferait attention pour ne pas implanter son salon n’importe où.Charlie vient de la République Démocratique du Congo (RDC), plus bavard que Marina, il n’a pas hésité à exprimer sa colère. Pour lui, les autorités ne sont pas solidaires des personnes qui essaient de travailler pour ne pas aller voler ou arnaquer d’autres. Il était amer puisque cela faisait trois ans qu’il tenait un petit atelier de mécanique automobile. Pour lui, « c’est trois ans de sacrifices pour fidéliser une clientèle. Il faut désormais aller tout recommencer ailleurs ». Mais confiant, il espère trouver un autre endroit dans le même coin.Ces réactions illustrent bien le fait que la population n’a pas compris le bien fondé de cette opération démolition des espaces en cause. Et c’est là qu’une faille s’est introduite dans une action pourtant justifiée, puisque nul n’est au dessus de la loi et celle-ci doit être respectée par tous les citoyens. On ne peut pas construire n’importe où, ni n’importe comment.Or la municipalité de Pointe-Noire a laissé les gens, durant de longues années, s’installer dans l’illégalité sans réagir ; elle a même construit des routes en tolérant ces infractions. La population a toujours vécu là les unes sachant qu’elles étaient en faute, les autres qui sont venues après croyant qu’elles pouvaient installer leurs terrasses en toute quiétude.De plus, les autorités municipales ont manqué d’aller à la rencontre des populations en organisant des sortes de sensibilisation afin de dialoguer, question de leur faire comprendre pourquoi elles avaient décidé d’agir de manière ferme. Ce travail à la base manquant, les populations ont l’impression de subir une sorte de dictature, alors que la municipalité ne fait que son travail. Une population qui n’est jamais consultée, rencontrée, aura toujours tendance à se désintéresser de ce qui le concerne et à subir les décisions prises depuis le haut sommet.Curieusement, pour l’instant, ne sont touchées par ces pelleteuses en furie que certains quartiers populaires. Au centre ville, on voit toujours ces terrasses qui dépassent les bornes, mais aucune croix, ni aucune pelleteuse n’a encore fait son apparition. On fait confiance à la mairie qui doit poursuivre son opération. A suivre donc.

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