Encouragement pour l’émergence de la démocratie africaine : Les nouveaux dirigeants doivent être modérés et avoir de la retenue

Par Mohamed Keita, coordinateur de sensibilisation en Afrique pour le Comité de Protection des Journalistes - 02/08/11 15:13

 

 

Lors d'une réunion à la Maison Blanche la semaine dernière, le président Barack Obama a salué quatre têtes récemment élues des Etats africains comme «des références fortes" pour la démocratisation, la promotion de la bonne gouvernance et des droits humains. Pourtant, comme a noté le New York Times, les promesses ambitieuses et nobles mais tous trop familiers de Washington ont passé sous un silence troublant, des rapports d’ une tentative d'assassinat, de fraîches violations des droits humains et de la liberté de presse.

À l'exception du président Boni Yayi du Bénin, les trois nouveaux dirigeants africains, les présidents Mahamadou Issoufou du Niger, Alassane Ouattara de Côte-d'Ivoire, et Alpha Condé de Guinée, ont chacun été en poste pendant moins d'un an, après des élections, pour certains, des plus contestées sur le continent. Pourtant, Washington a adopté dans «la construction des institutions démocratiques les plus fortes », deux dirigeants, le président Ouattara de Côte-d'Ivoire et le président guinéen Condé, qui ont déjà été impliqués dans des violations des droits de l’homme, depuis leur prise de fonction.
Peut-être, ironiquement, personne n'a passé plus de temps dans les combats de l'opposition, pour la démocratie, que le président guinéen Condé. Washington a condamné la tentative d'assassinat du 19 Juillet contre Condé, seulement sept mois après son arrivée au pouvoir suite à un passage militaire douloureux. La même semaine Condé était à Washington s'engageant à construire la démocratie en guinéen, pendant ce temps, Martine Condé, nommé par lui à la tête d’un organisme de réglementation des médias du pays, avait émis un ordre de censure qui a interdit la diffusion des programmes et articles en Guinée sur la tentative d'assassinat du chef de l’état.
Martine Condé m'a dit que des débats radiodiffusés et dans des télévisions privées, où les auditeurs ont soulevé des questions critiques sur les circonstances de l'attaque, exacerbaient les tensions. «Nous voulons éviter ce qui s'est passé dans d'autres pays comme le Rwanda», dit-elle. Quand je lui ai dit que le gouvernement américain n'a pas interdit la diffusion de toutes les couvertures et points de vues des médias sur les attentats terroristes du 11 Septembre, elle a répondu: "Je sais que nous sommes dans un village global, mais il y a une lacune dans la compréhension de la démocratie ».

Les attentes de Washington sur la démocratie en Afrique ont été déçues auparavant par une génération antérieure de dirigeants africains comme Meles Zenawi, en Ethiopie, Paul Kagame du Rwanda et Isaias Afeworki d'Erythrée, salués par l'Occident comme des réformateurs démocratiques. Depuis son arrivée au pouvoir, ces dirigeants ont abandonné la rhétorique de la démocratisation en devenant autoritaire. "Nous ne suivons pas les principes démocratiques libéraux que les pays occidentaux nous pousse à suivre", a déclaré le vice-Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn dans une interview en 2010 sur Voice of America, une radio financé par le gouvernement américain.

Peut-être que le président Ouattara, qui a été une fois directeur général adjoint du Fonds monétaire international, répondra plus aux attentes de Washington sur la Côte-d'Ivoire. Fortement soutenu par Washington dans sa lutte pour le pouvoir, cinq mois après la chute de Laurent Gbagbo, Ouattara a déclaré dans une conférence de presse, la semaine dernière, à New York aux Nations Unies: «Nous voulons respecter les droits de l'homme, cela est très important pour nous. »
Pourtant, tandis que Ouattara parle beaucoup de réconciliation nationale après des discordes ethniques et un sanglant conflit post-électoral, son gouvernement cherche à régler des comptes avec les membres et associés du régime déchu, par la détention et poursuite de nombreux journalistes, dont Hermann Aboa, qui risque la prison à vie pour son rôle de modérateur d'un programme politique anti-Ouattara, en tant qu’employé de la Radiodiffusion public national RTI contrôlé par M. Gbagbo. Ouattara a dit aux journalistes la semaine dernière que Aboa n'était "pas en prison», mais simplement "interrogés" pour sa participation à une campagne qui a " vraiment appelé à la haine", tout en énumérant de nouvelles accusations ‘’ le journaliste avait reçu de l'argent pour acheter des armes pour des mercenaires’’. En fait, après un examen des séquences du programme en question, les accusations liées au journaliste Aboa sont plutôt sans fondement. Alors que les abus ont été commis par les deux protagonistes du conflit ivoirien, Alassane Ouattara n'a pas encore tenu compte des combattants qui l’ont amené au pouvoir en dépit des atrocités, y compris l'assassinat de Sylvain Gagnetaud, un journaliste pro-Gbagbo, les impliquant comme l’affirme Amnesty International dans un de ses rapports.

Parmi les quatre dirigeants africains, c'est peut-être le président du Niger Issoufou qui a pris l'étape la plus immédiate et significative dans la construction d'institutions démocratiques. Le jour de son 100e anniversaire en siège par exemple, Issoufou a tenu sa première conférence de presse où il a été confronté à des dizaines de journalistes. Boubacar Diallo, un dirigeant nigérien de presse, m'a dit que c'était la première fois dans l'histoire du pays que des journalistes soient autorisés à poser des questions au chef de l'Etat sans les soumettre à l'avance pour approbation. Maintenant, les conférences de presse présidentielles sont régulières et institutionnalisées, ce qui est une pierre angulaire importante dans la construction d'institutions démocratiques.

Mohamed Keita coordinateur de sensibilisation en Afrique pour le Comité de Protection des Journalistes.
330 7th Avenue, 11th Fl., New York, NY 10001 USA

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