A Television War, par kniemla (Flickr/CC)

 

C’est une question qui se pose souvent dans les rédactions aujourd’hui : faut-il proposer aux lecteurs et aux spectateurs des sujets complexes pour leur expliquer l’état du monde, ou leur offrir ce qu’ils souhaitent voir, au risque d’avoir à traiter des sujets plus légers ?

Ce débat très ancien m’a de nouveau interpellée cette semaine, puisque je suis tombée sur une recherche de l’institut américain Pew Research Center, qui étudie à la fois l’état des médias aux États-Unis et l’état de l’opinion publique et de la vie politique.


Cette étude porte sur l’intérêt du public américain pour les sujets qui font l’actualité en ce moment. Fait intéressant : l’information qui fait chaque jour la une ici, ce sont les auditions de l’administration Obama par des élus américains, Républicains entre autres, concernant la manière dont a été traitée l'affaire Benghazi (l’attaque dont a été victime le consulat américain en Libye en septembre 2012). Or l’intérêt du public pour ce sujet est en baisse constante depuis plusieurs mois, alors que depuis 15 jours, il fait quotidiennement la une des sites d’actualité, de la presse et de la télévision.


A titre de comparaison, les Américains se sont beaucoup plus intéressés à un fait divers, la relâche de quatre jeunes femmes séquestrées durant plus de 10 ans à Cleveland. Le sujet a passionné l’opinion publique, alors qu’il a été beaucoup moins traité que l’actualité de Washington.


Quand l'intérêt du public dépend de son opinion politique


Cette étude révèle un fait intéressant : l’intérêt et les attentes du public varient selon leurs opinions politiques et leurs préjugés. Concrètement, plus l’audience est républicaine - et donc plutôt intéressée par le scandale qui peut entacher l’administration Obama - plus leur intérêt pour Benghazi est important, et plus il regarde certaines chaînes, comme Fox News, qui couvrent abondamment ces auditions. Ceux qui les suivent le plus trouvent même qu’il n’y en pas assez sur les antennes.


Autrement dit, cela pourrait signifier que ce journalisme qui répond à la demande de son audience peut fonctionner : répondre aux attentes d’un public plus politisé que la moyenne, et donc assoiffé de sujets complexes, peut amener les journalistes à traiter plus de thèmes sophistiqués que du fait divers assez banal.


L'information divisée en deux niveaux de lecture ?


Globalement, les médias sont plutôt satisfaits de la couverture qu’ils attribuent à chacun des sujets qu’ils traitent. Seuls moins de 10% des médias concèdent ne pas vraiment savoir évaluer leur travail. Un média sur cinq pense qu’il en fait peut-être un peu trop sur certains sujets (type fait divers), et à nouveau 10% pensent qu’il n’en font pas assez.


Ce débat sur un journalisme qui s’adapterait à la demande de son audience est compliqué à trancher. Ce qui m’a interpellée dans cette étude, c’est cette idée de dire que si les médias étaient mieux informés sur les préjugés politiques ou opinions de leur public, ils auraient intérêt à proposer plus de sujets complexes, parce qu’ils sauront qu’il existe une demande derrière.


C’est un peu la question de l’oeuf et de la poule : qu’est-ce qui vient avant ? La demande du public ou ce que les médias vont proposer ? Une façon d’approcher ce problème est peut-être de réfléchir à la création de plusieurs niveaux de lecture, plutôt que d’empiler les détails sur certains sujets. Les médias pourraient ainsi créer un premier niveau de lecture pour un public qui veut juste s’informer de manière générale, et un deuxième niveau pour ceux qui sont très intéressés par un sujet, et qui auront envie de le creuser afin d’en savoir toujours plus.


Marie-Catherine Beuth est journaliste, spécialiste des nouveaux médias au Figaro. Elle est l'auteure du blog 
Étreintes digitales. Chaque semaine, dans l'Atelier des médias, elle s'arrête sur l'un des aspects de la r/évolution des médias actuellement en cours.

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Commentaires

  • Marie-Catherine Beuth, tu touches là à un sujet assez important. Étant responsable d'une rédaction d'un média en ligne, c'est une question à laquelle nous sommes toujours confrontés. Ce d'autant plus que, dans ce domaine des nouveaux médias, à défaut de proposer ce que l'opinion a envie de lire, ils vous le font savoir en commentant les articles, ou en privilégiant le journalisme citoyen qui consiste à publier dans les réseaux sociaux. 

    L'idée d'une étude pour savoir ce que le public aime est bonne à quelque part, mais comme tu le dis, la question demeure de savoir s'il faut suivre cette opinion. Dans ma rédaction, nous avons abandonné des rubriques parce que personnes presque ne les lisait. Par contre, des rubriques bien instructifs et qui ont leur intérêt, peinent à intéresser les lecteurs, qui préfèrent souvent des articles pouvant alimenter leurs discussions quotidienne.

    Merci d'avoir remis à jour un sujet important qui ne s'épuise pas facilement.

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