Soldiers Prepared to Honor WWII Veterans at Normandy
Photo by Sgt. 1st Class Scott D. Turner
June 06, 2008

Le 6 juin 2014, le 70ème anniversaire du  D-Day était célébré en Normandie, et débarquait pour la première fois sur Twitter. Une manière pour les internautes de se réapproprier l'histoire. Les réseaux sociaux sont-ils devenus de nouveaux lieux de commémorations collectives  ? 

Le succès du rétro live dans les médias 

Un compte en rouge vieilli, des brèves d’une précision dont auraient rêvé les soldats et les civils suspendus aux ondes secrètes de Radio Londres  : Twitter est un média privilégié quand il s’agit de créer l’effet d’ une immersion totale . A l'occasion des 70 ans du Débarquement Allié en Normandie, la radio France Inter a offert une plongée omnisciente dans le passé.

Une initiative qui n'est pas sans faire écho au succès des nombreux comptes Twitter consacrés au "live-tweeting" de l'année 1914, qui cherchent à faire revivre en direct les batailles en incorporant des Tweets d'autres protagonistes de fiction (soldats, infirmières, chefs d'Etat...). 

Quand la mémoire collective prend la forme du rétro-gaming 

En 1997, dans l'ouvrage dirigé par  Pierre Nora sur La Mémoire Collective, l'historienne Mona Ozouf se demandait comment constituer une mémoire collective vivante, par opposition à une mémoire nationale figée dans des cérémonies ou dans des récits héroïques dont les jeunes générations étaient entrain de se détourner. 

Une quinzaine d'années plus tard, le choix du live rétro-gaming apparaît comme une réponse, et Twitter comme un nouveau lieu de mémoire collective. Pour France Inter, par exemple, il ne s’agissait pas seulement de formaliser sur Twitter des données historiques, de délivrer suivant la chronologie de la journée du 6 juin 1944 des dates, des photographies ou des témoignages, mais d’engager une commémoration vivante, et en commun.

Au point d’intersection de la pluralité des mémoires, l’individu puise dans la mémoire collective la ressource de pouvoir négocier à sa manière, sur les plate-formes des sites sociaux, son rapport à l’histoire. 

« A la limite du docu-fiction, genre déjà bien connu mais généralement réservé à la télévision, ces « rétro live games » se multiplient grâce aux nouveaux outils extrêmement simples d’utilisation» observait le journaliste Erwann Gaucher en 2012 («Les médias se mettent au rétro-live», 10/07/12).

A la faveur des nouveaux modes de partage de l’information, le rétro-live est propice au partage. Parce que les événements qui sont devenus aux yeux de tous de grands moments de l’histoire, épousent aisément la forme d’un récit, on peut les donner à rejouer en commun. 

Les médias sont prêts à créer ainsi avec les internautes du passé recomposé. Le live donne la sensation irremplaçable d’être propulsé au coeur de l’action, et de la vivre en temps réel. Ce faisant, nous n’avons pas l’impression d’être détournés du présent, mais au contraire, de le vivre intensément. 

En même temps, on se demande si la mémoire collective, à quelque échelle que se soit,  peut se constituer exclusivement à travers une mémoire participative, ou si le souvenir exige aussi des individus un effort de décentrement pour se sentir concernés par des événements historiques qu'ils n'ont pas vécus et qu'ils ne vivront jamais réellement.  

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Journaliste médias à Intégrales Mag et à Socialter en même temps ; sème aussi des chroniques, notamment à Sud Radio (Le Brunch Médias) ; intervenante au Celsa "nouveaux médias".
Twitter : @ClaraSchmelck
myslowmedia@tumblr.com

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