LES LUMIERES

Afghanistan : Obama tente de concilier les contraires

L'envoi de 30 000 soldats en renfort n'enthousiasme pas les démocrates, et l'annonce d'un début de retrait fâche les républicains.C'est une stratégie afghane prise entre deux logiques partiellement contradictoires que les principaux lieutenants de Barack Obama ont entrepris de défendre dès mercredi devant le Congrès. Alors que le secrétaire à la Défense Robert Gates, la secrétaire d'État Hillary Clinton et le chef d'état-major des armées Mike McMullen étaient entendus par la commission des forces armées du Sénat, la contradiction inhérente au plan Obama était relevée dans maints commentaires au lendemain du discours prononcé par le président américain devant l'académie militaire West Point, dans l'État de New York.En annonçant qu'il est «dans l'intérêt national des États-Unis» d'envoyer quelque 30 000 troupes supplémentaires combattre les talibans et al-Qaida en Afghanistan - et de compléter ce dispositif par un appel à de nouvelles contributions alliées pour plusieurs milliers d'hommes - le président a choisi de s'inscrire globalement dans la logique militaire du général en charge de l'opération, Stanley McChrystal, qui avait défendu une stratégie de contre-insurrection et réclamé l'envoi de 40 000 soldats. «Amérique, nous traversons un temps de grande épreuve. Et le message que nous envoyons au milieu de ces tempêtes doit être clair : notre cause est juste et notre résolution inébranlable», a lancé Barack Obama avec gravité, rappelant qu'à l'heure où il parlait, «al-Qaida prépare de nouveaux attentats contre l'Amérique et ses alliés». Mais, en déclarant que les troupes américaines commenceraient à quitter le terrain afghan dès l'été 2011, le président a en partie brouillé son message, sacrifiant à une logique politique destinée à rassurer une opinion publique américaine fatiguée par près d'une décennie de conflits.Le travail de la coalition sera de sécuriser le pays, puis d'organiser la formation accélérée de l'armée et de la police afghane, afin de leur transférer la responsabilité du terrain au fur et à mesure du retrait des forces américaines, a-t-il longuement expliqué, car «les troupes américaines ne peuvent rester indéfiniment en Afghanistan». Soucieux de ne pas se laisser entraîner dans une guerre sans fin assimilée à l'embourbement vietnamien, Barack Obama affirme qu'il n'entend pas lésiner sur les moyens militaires nécessaires pour «démanteler et détruire» al-Qaida, mais qu'il minutera le temps donné à l'armée pour accomplir sa mission. Il promet du sang et des larmes, mais tout en montrant la sortie, procédé qui donne finalement l'impression qu'il hésite.Un coût qui inquièteCette position mi-chèvre mi-chou suscite d'ailleurs moult inquiétudes sur la gauche et sur la droite de l'échiquier politique américain. Nombre de démocrates, comme la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, sont très sceptiques sur l'envoi de troupes supplémentaires sur un terrain afghan si difficile que les précédents renforts ne semblent pas y avoir fait de réelle différence. Le président de la commission des forces armées, Carl Levin, s'inquiète surtout de la capacité de l'armée et des forces civiles américaines à organiser une «montée en puissance des Afghans», essentielle selon lui mais bien incertaine, vu le degré de corruption et de chaos de l'administration locale. La question du coût de la guerre tourmente aussi beaucoup les démocrates, préoccupés par la dette de l'État, qui culmine à 1 200 milliards de dollars.

Au lendemain du discours d'Obama, les doutes sont aussi vifs chez les républicains, mais pour des raisons opposées. Favorables à l'envoi de troupes supplémentaires, ils craignent que le président ne se soit lié les mains en annonçant déjà une date de départ. «L'indication d'une date de départ envoie un mauvais message aux Américains mais aussi à nos ennemis et à nos alliés», a critiqué merdredi le sénateur John McCain, persuadé qu'annoncer le retour des troupes dès aujourd'hui renforcera la résolution des talibans et gagnera plus d'Afghans à leur cause.Soucieux de calmer ces critiques, le secrétaire à la Défense, Robert Gates, a minimisé la signification de la date annoncée par Obama, la présentant plutôt comme celle du «début du transfert des responsabilités». «Nous n'allons pas les jeter ( les Afghans, NDLR) dans la piscine et tourner les talons», a-t-il dit. Des propos destinés aussi à rassurer les généraux américains sur la marge de manœuvre qui leur sera donnée. «Une opération de contre-insurrection réclame toujours une immense patience», avertissait mardi le colonel de réserve John Nagl, auteur du manuel de contre-insurrection utilisé en Irak.
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