Les Jours a vu le jour

En juin 2015, l’Atelier des médias s’est entretenu avec un groupe d’anciens journalistes de Libération. A l’époque, ils nous ont fait part de leur projet de créer un média digital qui traduirait leurs « envies d’un journalisme différent ». Depuis le 11 février 2016, le site d’information Les Jours est en ligne. Nous avons discuté à nouveau avec eux pour faire un point sur le contenu, le format et le modèle économique de ce “pure player” qui feuilletonne l’actualité sous forme « d’obsessions ».

Huit mois auparavant, le laboratoire à idées des Jours se trouvait dans l’appartement des «Garriberts», le célèbre binôme Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts qui décryptait l’actualité des médias TV chez Libération, jusqu’en décembre 2014. A cette époque, Les Jours était pour leurs fondateurs un projet, un souhait partagé par une poignée d’anciens de Libé de pratiquer un journalisme indépendant et « profond ». Aujourd’hui, le site est lancé et son équipe me reçoit dans des nouveaux locaux, au troisième étage d’un immeuble dans le XIXe arrondissement parisien, pour me donner des nouvelles des Jours.

Un air de joie règne dans les bureaux du nouveau média digital. Depuis le 11 février, date de sa mise en ligne, les fondateurs des Jours accordent sans cesse des interviews à la télévision, à la radio et à la presse écrite. Selon l’équipe, qui se garde de dévoiler des chiffres, le nombre d’abonnés depuis le lancement est « très encourageant, au-delà de tout ce qu’on pouvait espérer » sourit Isabelle Roberts. « Ce qui nous rend très optimistes, c’est aussi les retours extrêmement positifs que l’on a eu » ajoute Alice Géraud, co-fondatrice.  

Des hommes et des « obsessions »

LesJours.fr, c’est un modèle éditorial conçu au moment où ses neuf journalistes fondateurs ont quitté le quotidien Libération : une réflexion sur le format, le contenu et la forme. Les Jours propose ainsi des thèmes d’actualités racontés à la manière des séries de TV que l’équipe nomme des « obsessions ». Des récits développés sur la longueur, à travers lesquels le lecteur est invité à suivre le quotidien d’un certain nombre de personnages.

 

L’obsession d’Antoine Guiral et Charlotte Rotman :

« Politique, année zéro : nouvelles pratiques et vieilles ficelles »

« On est partis du constat de la fameuse défiance des citoyens par rapport à la politique. Ce qui nous intéressait c’était de voir qui, dans la classe politique et dans la société, essayait de prendre des initiatives pour inverser ce rapport défiant à la politique et qui continuait à faire de la politique de manière très traditionnelle.

On s’est donc appuyé sur trois députés : deux socialistes, Barbara Romagnan et Olivier Faure, et un Les Républicains, Franck Riester.

Avec « Politique, année zéro », on essaye de révéler une pratique au quotidien et de mieux faire connaître leur travail. On tente aussi de montrer à quels types de problèmes ils sont confrontés quand il y a des cas de conscience : par exemple, face à la déchéance de la nationalité ou la prolongation de l’état d’urgence. On essaye de comprendre s’ils sont capables de sortir des carcans imposés et de voir s’ils prennent des risques, comme celui de perdre une investiture politique. Ce qui nous intéresse, c’est d’être au plus près de la fabrique de la décision politique.  »

Une autre particularité des Jours, l’impératif d’esthétique et de confort de lecture du site. Sa maquette est simple et photogénique. « Pour raconter des histoires, des lieux, des personnages, il faut des images » peut-on lire sur ce site qui veut privilégier « une photographie indépendante, originale, porteuse de sens et… faite maison ». Pour cela, Les Jours soigne autant la qualité de production de ses photo-reporters que celle de ses plumes.

 

Un modèle fondé entièrement sur les abonnements

« Le payant permet la qualité », défend Isabelle Roberts. Pour l’instant, Les Jours est en version pilote, le site propose donc une offre découverte de 1 euro par mois. Une fois en version définitive, l’abonnement est de 9 euros par mois en tarif normal, ou de 5 euros en tarif réduit. « On arrive à un moment d’Internet où les gens sont prêts à payer. C’est la cas pour Netflix et c’est le cas pour la musique en ligne. »

En parallèle, Les Jours part à la chasse aux investissements, à travers une deuxième campagne de crowdfunding, cette fois sur le site Anaxago. Pour devenir actionnaire du média, le ticket minimum s’élève à 1000 euros. Un modèle d’actionnariat salué par Julia Cagé, économiste et auteur de Sauver les médias, paru en 2015.

L’équipe envisage, par ailleurs, atteindre un équilibre budgétaire dans trois ans, avec un objectif de 25 000 abonnés.

Si vous souhaitez vous abonner, c’est par ici. Pour l’instant, le site n'offre pas d’articles gratuits en avant-goût, mais c’est une idée que l’équipe souhaite proposer.

En attendant, vous pouvez réécouter notre entretien avec ses fondateurs, en juin 2015 : 

M'envoyer un e-mail lorsque des personnes publient un commentaire –

Melissa Barra est journaliste à L'Atelier des médias de RFI
@MelissaBarrra

Vous devez être membre de Atelier des médias pour ajouter des commentaires !

Join Atelier des médias

Récemment sur l'atelier

Mélissa Barra posted a blog post
Le 8 décembre 2017 s’est tenue à Paris la remise du Prix Numérique et Transparence. Il récompense d…
hier
Atelier des Médias - RFI via Facebook

Puisque les podcasts ont le vent en poupe, on a quelques questions à vous poser. Vous…

Atelier des Médias - RFI via Facebook

Voila un nouvel événement pour mettre en lumière l'innovation…

Atelier des Médias - RFI via Facebook

« L’idée, c’est de mettre en place un mouvement citoyen à grande…

Plus...