Rebecca Amsellem est la fondatrice des Glorieuses, une info-lettre féministe hebdomadaire qui dresse chaque mercredi un panorama de l’actualité féministe internationale, assorti d’un édito et d’un portrait. Dans son emploi du temps bien chargé, celle qui est à l’origine du projet m’a ouvert sa porte, offert un café, et raconté…

Réinventer l'info féministe 

J’avais déjà eu l’occasion de rencontrer Rebecca. C’était fin 2015, je travaillais sur un projet dans le cadre de mon master en journalisme. Cette année-là, elle s’était décidée à lancer sa newsletter d’infos féministes, Les Glorieuses, « parce qu’il manquait une parole féministe déculpabilisante, ni militante au premier degré ni trop radicale ». Le projet naissait du constat suivant : la route qui mène à l’égalité entre les femmes et les hommes est encore longue et ardue. Qui plus est, le message féministe a du mal à passer : soit il est trop radical, soit il est mal traduit par les médias.

 

Une partie de l'équipe des Glorieuses

Dès le mois de septembre et le lancement de la newsletter, une petite communauté d'hommes et de femmes de tous âges se crée autour d’elle. Jusqu’à ce que son initiative n’explose. En novembre 2015, elle publie un manifeste “Les Glorieuses s’engagent contre le Front National”, à la suite de propos tenus par Marion Maréchal-Le Pen, au sujet du planning familial, pendant les élections régionales. La newsletter explose. En peu de temps, elle passe de quelques centaines d’abonné(e)s, à plusieurs milliers.  

 

J’ai retrouvé Rebecca un peu plus d’un an et demi après cette première rencontre. Les Glorieuses sont désormais sept. Elles ont même transformé la petite aventure en une belle histoire : la newsletter est devenue une association. Une version pour les ados a aussi été lancée, et une version anglophone verra bientôt le jour. Pour les élections, Rebecca et son équipe ont aussi lancé “Les femmes ont le pouvoir”, une plateforme de vérification de l’information (fact-checking) des politiques visant à vérifier leur implication, leurs propos et leurs positions en matière de droit des femmes. Désormais, Les Glorieuses affiche 40 000 abonné(s) au compteur.

 

Activisme en ligne

Égalité salariale, parité dans les média, défilé contre Trump… Les Glorieuses sont impliquées et actives. Le pari fait par Rebecca Amsellem de réveiller la sphère féministe sur l’internet porte ses fruits. En novembre 2016, elle décide d’adapter à la France une étude islandaise qui calcule précisément le moment de l’année auquel les femmes ne sont plus, théoriquement, payées, à force d’inégalités salariales. Elle tombe sur le 7 novembre, à 16h34 et décide alors d’en parler dans l’édition hebdomadaire de l’info-lettre. En quelques jours, des appels à la grève sont relayés, le hashtag #7novembre16h34 fait le tour du pays, et ses chiffres sont repris dans les médias.

Les suffragettes 2.0

Rebecca n’est pas seule. Sur internet fleurissent ces dernières années, des initiatives multiples de féminisme en ligne. Les “suffragettes 2.0*” réinventent le militantisme et se saisissent des outils du web et des réseaux sociaux pour faire passer leurs messages. En voici deux autres exemples :

  • La Poudre, un podcast fondé par Lauren Bastide, ancienne rédactrice en chef du Elle et chroniqueuse pour Cyril Hanouna. Elle fait parler les femmes “sans les couper”, au fil d’une conversation où sont abordés de nombreux sujets.

  • Cheek Magazine, un pure-player féminin créé il y a trois ans par trois journalistes, et racheté début février par les Inrocks.

Le web, extension de nos engagements 

Si l’internet reconfigure notre manière de faire société, comme l’écrit le sociologue spécialiste des réseaux sociaux Antonio Casilli dans son livre “Les liaisons numériques”, il reconfigure par extension notre manière de nous engager. L’accès indépendant et anonyme à plus d’informations permet à une audience plus large, qui n’était pas forcément impliquée auparavant, d’être touchée. Au risque d’exporter, sur le web, leur lot d’intolérance et d’agressivité ? Nombreux(ses) sont celles et ceux qui en ont déjà fait les frais... 

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* "Suffragettes 2.0" est une expression employée par la sociologue Josiane Jouët. 

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Journaliste en apprentissage chez RFi, à l'Atelier des Médias et Mondoblog

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