Les éditoriaux: nouvelle guerre froide russo-américaine

Les relations entre les Etats-Unis et la Russie sont fraiches. Doux euphémisme. La question syrienne a ravivé les tensions entre Barack Obama, partisan d’une intervention armée, et Vladimir Poutine, farouche soutien de Bachar al-Assad. Dans la presse, les deux camps échangent des amabilités et cherchent à faire mouche dans les opinions publiques adverses.

C’est Vladimir Poutine qui a lancé la première escarmouche. Le 11 septembre dernier, le président russe a signé de son nom une tribune dans le prestigieux New York Times, dans lequel il invite les Américains à rester prudents et à ne pas frapper la Syrie sans y avoir réfléchi à deux fois. Soutien historique de Bachar al-Assad, Vladimir Poutine estime que les rebelles sont les responsables de l’attaque à l’arme chimique du 21 août.

Le dirigeant russe n’a donc pas hésité à contredire publiquement les déclarations de l’administration américaine selon qui le chef de l’Etat syrien est derrière le recours aux armes chimiques qui a causé la mort de 1 400 personnes, dont 400 enfants. S’appuyant sur le droit de véto des membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, Vladimir Poutine met en garde les Etats-Unis contre une intervention unilatérale, et indique que le cas échéant le pays se trouverait responsable des nombreuses qui en découleraient.

« Une attaque éventuelle de la Syrie par les Etats-Unis, malgré la ferme opposition de nombreux pays et de dirigeants politiques et religieux de premier plan, comme le pape, fera des victimes innocentes et provoquera une escalade, risquant d’étendre le conflit loin au-delà des frontières de la Syrie ». Vladimir Poutine pèse ses mots et rappelle au bon souvenir des Américains l’épisode irakien de 2003 quand George W. Bush s’était passé de l’accord des Nations Unies et avaient envahi l’Irak sous couvert d’y chercher des armes de destructions massives.

Que Vladimir Poutine ait personnellement écrit ces lignes ou non, force est de constater que responsables politiques américains n’ont guère apprécié ce « coup de communication ». Barack Obama, préférant certainement ne pas envenimer les choses alors qu’il se trouve en première ligne pour trouver une issue satisfaisante au dossier syrien, n’a pas publié de réponse à son homologue russe. C’est John McCain, sénateur républicain et candidat malheureux à la présidence de 2008 face à Barack Obama, qui s’est chargé d’une réponse.

Dans un style très « guerre froide », John McCain a titré sa tribune : « La Russie mérite mieux que Poutine ». Il s’insurge contre le soutien de Vladimir Poutine à Bachar al-Assad, de sa tentative de désinformation envers le peuple américain et son autoritarisme général qui bride la société russe. Se défendant d’être anti-russe, M. McCain défend les principes de démocratie, de libre entreprise et de justice impartiale qui caractérisent les Etats-Unis. Tandis que le régime du Kremlin est celui de « la corruption, la répression et la violence ».

Nettement plus manichéen dans ses propos et usant d’arguments éculés, il est peu probable que le billet de John McCain jouisse de la même presse en Russie que celui de Vladimir Poutine aux Etats-Unis. En outre, comme l’indique Slate, le média russe qui a publié John McCain, pravda.ru, n’est en rien l’équivalent du New York Times, ni même la version actuelle du célèbre journal de propagande communiste qu’avait lancé Lénine.

En définitive, si une nouvelle « guerre froide » éditoriale soit se généraliser entre les deux pays, il semble que Vladimir Poutine a gagné la première bataille. Si le président russe n’a certainement pas dû convaincre beaucoup de ses lecteurs, au moins aura-t-il été lu et publié dans un journal reconnu.

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