Chatter pour informer

Prise en compte logique de nos modes de vie connectés, nos conversations en ligne ont investi depuis quelques temps déjà les films et séries. Désormais, ils donnent naissance à de nouveaux formats d'information. 

  • Une couche narrative supplémentaire

Les scénaristes ont dû se creuser les méninges sur cette question d'apparence toute simple : comment intégrer les SMS à l'écran ?

Le simple gros plan sur l'écran de téléphone ? Le procédé est simple, mais trop ennuyeux pour être reproduit le temps d'une conversation.
La lecture à haute voix ? La technique contourne le problème visuel, mais les messages textuels relevant souvent de la complicité - voire de l'intime, l'oralité sonne souvent infidèle, quand ce n'est pas tout simplement bizarre (si vous n'avez jamais entendu un texto lu par une messagerie, faites le test). 

La surimpression, c'est-à-dire l'incrustation des messages sous forme d'un calque qui s'ajoute à la scène en cours, fonctionne mieux : les conversations viennent à la fois alimenter la narration et la mise en scène, et la logique de superposition de l'espace numérique au réel est respectée. En clair, on voit les textos s'écrire au fur et à mesure de la performance de l'acteur, et nous pouvons regarder les deux simultanément. 

A Brief Look at Texting and the Internet in Film from Tony Zhou on Vimeo.

Bien que le procédé ne soit pas nouveau, et les occurrences des textos à l'écran nombreuses (il existe même une liste de films dédiée à la question sur Sens Critique), House of Cards ou Sherlock sont deux des séries récentes qui se sont le mieux approprié le texto comme un outil narratif supplémentaire. Comment ? En instaurant un dialogue textuel avec tous les jeux d'hésitation, de suspension et de réécriture qu'on peut imaginer.

Bref, comme le souligne Xavier de la Porte, l'intégration des textos à l'écran a fait naître une nouvelle convention audiovisuelle, qui s'insère "comme un sous-titre, (...) les intérêts narratifs en plus".

  • Filmer l'histoire en train de s'écrire

Pour représenter d'autres écrans que celui du téléphone, la technique du desktop film - qui consiste à filmer son écran - donne l'impression d'une navigation live désintermédiée, quand bien même elle est mise en scène. Couramment utilisé pour les tutoriels informatiques, cette technique a par ailleurs donné lieu au clip Drifted de The Shoes :

Si les séries et films ont trouvé divers moyens de représenter notre quotidien numérique, certains médias s'en inspirent désormais pour proposer de nouveaux formats d'écriture. Bien sûr, ça fait déjà trois ans qu'Ovale Masqué s'amuse à parodier ce que serait le mur Facebook du XV de France de rugby, et on retrouve aujourd'hui des séries qui intègrent très bien de nombreux aspects de notre vie en ligne à la fois, à l'instar d'"Il revient quand Bertrand ?".

Mais rares sont les formats qui se cantonnent au chat pour faire passer leur message. Focus sur trois d'entre elles :

  • La web-série Ploup d'Arte met en scène de manière drolatique des conversations en ligne de notre vie courante. Le format chat s'y prête bien, pour la simple raison qu'on s'y reconnaît tous. Qui ne s'est jamais fait piéger par son correcteur orthographique me jette la première pierre.

  • Neon a de son côté l'"interview texto" dont le nom laisse assez peu de place au doute. Directement inspirée de Ploup (si l'on en croit l'interview texto des deux auteurs), la conversation s'engage cette fois-ci entre un journaliste et une personnalité publique, plutôt qu'entre deux personnages fictionnels. L'échange texto permet un ton plus personnel, des questions journalistiques plus dilettantes et rend l'humour omniprésent. Au final, l'interviewé est plus jugé sur sa qualité de répartie textuelle, un exercice pas si facile si on considère le texto comme un "hybride", "à mi-chemin entre le spontané et le réfléchi" comme Sylvain Gouvy, un des deux co-fondateurs de Ploup. Avec une contrainte principale : le temps de réaction, calculé entre le moment où le message est lu et celui où il trouve réponse. 

  • Dernier né du trio, le format des Détricoteuses sur Mediapart Live fait quant à lui interagir deux historiennes d'un côté, des personnages historiques et des hommes & femmes politiques - présentes ou passées - de l'autre. Sous la forme d'une conversation Whatsapp, Laurence De Cock et Mathilde Larrère s'attaquent à déconstruire les instrumentalisations de l'histoire. Ici, la conversation n'est qu'un prétexte : message après message, les deux auteures déroulent leur argumentaire, invoquant régulièrement des citations contemporaines et des références historiques pour appuyer leur propos. Peu importe, le format reste habile, dans la mesure où il permet de combiner fact-checking et histoire dans un format familier de tous, et qui laisse toute sa place à l'humour et à l'auto-dérision : 

"Pas cher, efficace, élégant" : tel est le combo gagnant selon Tony Zhou.

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Mathias Virilli - journaliste made in Atelier des médias

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