Les chants de l'éclipse ne résonnent plus sur l'Afrique

La science apporte la connaissance mais l’éclipse la poésie des traditions

 

Une procession d’enfants, 14 ans pour le plus âgé, munis de boites de conserves vides ou de tessons de calebasses confectionnés en castagnette, les uns pieds nus, les autres chaussés de « maraka gninty »1 sillonnent les ruelles géométriques de Bamako, pour implorer le sort. Ils chantent et entonnent ensemble :

« Diakouma yé kalo minè, ah kè Alla yé i ka bila ! »

« Le chat a attrapé la lune, pour l’amour de Dieu lâche la ! »

 

Portés par le coté ludique, ils bravent la chaleur caniculaire et vont de concession en concession pour des micro sit-in  le temps de collecter une offrande que les familles mettent généreusement à leur disposition.

 

Leur mélopée litanique dure le temps du phénomène naturel qui absorbe l’attention de tout le monde. Ils s’évertuent et s’activent avec ardeur dans ce parcours improvisé entre les venelles du quartier, convaincus que leur prière portera. Ils ignorent en ce moment que les deux astres sont juste dans un même alignement que la terre et que dans sous peu de temps ils reprendront leur parcours sur leur orbite respectif. Dommage qu’il ait manqué d’adultes disponibles pour leur faire un petit exposé sur le mouvement des planètes autour du soleil. Les programmes scolaires à ce niveau non plus n’avaient pas commencé à accorder un intérêt spécial à l’explication de ce phénomène naturel dans les classes de primaires.

 

La bande de marmots s’amuse et prend le temps d’observer le soleil à l’œil nu, sans filtres, ni lunettes spécialement conçues pour quantifier à temps réel l’effet de leur candide prière de gosse qui rendrait service à tout le monde. Car l’éclipse, comme la tradition l’a colporté depuis l’aube des temps, aurait une portée mystique et très généralement de très mauvaise augure. Exorciser le mauvais sort comme objectif a de quoi motiver plus d’un enfant, de surcroit, agrémenter de prime sous la forme de quelques victuailles en « takoula » (galette de farine de mil), de bonbons, ou pour certains cas un peu d’argent de poches.

 

Ce voyage dans le temps se situe évidemment dans le début des années 80 où la vulgarisation d’information n'était pas à l’échelle de celle des années 2010.

 

Novembre 2013. Mais déjà des années avant, la date du 3 de ce mois était connue comme celle de l’éclipse de soleil que l’Afrique assisterait en première loge. Et pour aller plus loin dans la précision, la tranche d’heure exacte du phénomène et le tracé précis des zones concernées étaient connus d’avance. La vulgarisation de l’information aidant au fil des années, les processions de ces « enfants de l’éclipse » dans les rues se font rares et se retrouvent sur la toile.

 

Ainsi s’éclipsent les soleils et les traditions

 

Solo Niaré

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Maraka gninty 1 : Chaussure en plastique trouée comme une passoire de Soninké. C’est un terme à plaisanterie entre les sanakou (alliance inter ethnique sur la base de vannes)

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