Les alter-connectés, tendance de l'été

Crédit photo: Chase Elliott Clark (FlickR)

La tendance high-tech de l’été : les applications de reconnaissance multimédia. Face à cette nouvelle technologie, qui filtre toute chose au prisme d'un terminal mobile, certains cherchent à concevoir un rapport nouveau à l'outil numérique : les alter-connectés sont nés.

Les applis de reconnaissance visuelle s'invitent dans nos vacances 

Au début de la décennie, les actifs découvraient non sans une froide stupeur que leur smartphone allait les contraindre de suivre en continu mails et autres tweets, et les induire à prolonger leur activité professionnelle sur les plages dévolues au loisir et au repos. En France, 58% des actifs considèrent le fait de recevoir un smartphone par son entreprise comme une menace (AFP, juillet 2013).

 

Nouveaux venus sur le marché des applis pour smartphone cet été, les moteurs de recherche qui associent une fonction de reconnaissance multimédia à la prise de commande sur son smartphone annoncent l’essor d’une interaction de plus en plus intense entre l’outil technologique et le loisir. 

Malin génie domestique, le smartphone permet désormais de comparer des produits, d’identifier un type précis de réparation à faire dans la maison, ou de retrouver le titre d’une chanson qui passe à la radio. En ville, il reconnaît et commente les films à l’affiche, et renseigne sur les oeuvres exposées au musée.

Firefly, lancé par Amazon le 18 juin, est capable de reconnaître plus 70 millions d’objets, dont des livres, des disques, des produits alimentaires. Il a référencé 35 millions de chansons, ainsi que 245.000 films et épisodes de séries télévisées. Le service d’Amazon permet également de décrypter les codes-barres, les QR-codes, les emails et les adresses web. Quelques jours plus tard la start-up californienne Image Searcher sortait la nouvelle version de son moteur de recherche visuel disponible sous iOS et Androïd, « CamFind ».

Hyper-connectés sans s’en apercevoir 

Pour presque tout objet, il existe désormais une identité visuelle et une double  fonction de recoupement et de comparaison qui lui est associée. Une nouveauté qui risque bien de faire de nous des hyper-connectés sans même que l’on s’en aperçoive : car, si la lecture de ses mails et de ses tweets au bord de la mer est vécue comme un fil à la patte professionnel , se promener avec son smartphone présente un agrément. Il ne se contente pas de dévirer un service, il rend service.

Un été en digital détox

Et pourtant, la dépendance vis à vis du smartphone risque bien de nous priver de ce qui fait l’essence des vacances : flasher un melon sur le marché pour que l’application nous indique son taux d’acidité, au lieu d’en humecter dix, est-ce le même acte que choisir un fruit ? 

Toujours, le smartphone nous ramènera à autre chose que l’objet qu’il prétend cerner et scanner mieux que les cinq sens humains. C’est en introduisant l’objet technologique au coeur des réalités les plus ordinaires que l’on se prive du moment où elles s’annoncent à nous. 

Face au phénomène d’hyper-connexion, la pause numérique est une idée qui séduit de plus en plus. En France, en 2013, 1,7 millions d’internautes se revendiquaient déconnectés volontaires, et 3 millions affirmaient se couper de tout terminal internet au moins deux semaines par an (AFP). Nouveauté de l’été, des Summer Camps « Digital Detox » fleurissent le long de la Silicon Valley. Axées sur la recherche des vrais plaisirs, ces cures qui accueillent une majorité de 25-40 ans sont très axées sur le soin de soi. 

 

Déconnectés volontaires et alterconnectés 


Un type d'expérimentation que certains estiment peu constructive, à long terme, car sans finalité, sinon celle d'un bien-être individuel.

Pour certains, il ne s'agirait pas tant de jeter le smartphone par-dessus bord, et à plus forte raison, le numérique, que de concevoir des modes de connexion qui créent du lien social, et à des fréquences qui ne l'entravent pas.


Dans cette optique, les applications dotées de la reconnaissance visuelle sont une chance pour les personnes qui souffrent d’un déficit de vision, puisqu'elles leur permet de gagner en autonomie, et de dialoguer plus aisément avec les autres. Le smartphone n'est pas un gadget servile dont il faut apprendre à se débarrasser, mais un instrument qui offre l'opportunité d’insérer, par exemple, les malvoyants ou les personnes âgées à la société numérique.

Les alter-connectés sont nés. 

Envoyez-moi un e-mail lorsque des commentaires sont laissés –

Journaliste médias à Intégrales Mag et à Socialter en même temps ; sème aussi des chroniques, notamment à Sud Radio (Le Brunch Médias) ; intervenante au Celsa "nouveaux médias".
Twitter : @ClaraSchmelck
myslowmedia@tumblr.com

Vous devez être membre de Atelier des médias pour ajouter des commentaires !

Join Atelier des médias

Articles mis en avant

Récemment sur l'atelier

mapote gaye posted blog posts
4 févr.
Mélissa Barra posted a blog post
La Côte d’Ivoire veut s’attaquer aux dysfonctionnements que connaît l’enseignement supérieur public…
18 janv.
Plus...