Les leçons de la fermeture de Gigaom

Lundi soir, la stupéfaction était générale quand Gigaom, un site d'actualité tech respecté et apprécié par plus de 6 millions d'internautes, annonçait sa fermeture. Dans une courte note, le site, qui emploie 75 personnes dont 16 à la rédaction, expliquait ne plus avoir les moyens de rembourser ses dettes. 

Gigaom avait débuté comme un blog, lancé par Om Malik. En 2006, il a quitté son travail chez Business 2.0 pour en faire une entreprise, soutenu par des fonds de capital-risque. Le succès a suivi - du moins selon les standards en vigueur dans la Valley : de nouveaux tours de table ont permis à Gigaom de se développer et de lancer des rubriques plus variées (digital media, cleantech, internet des objets), une activité d'analyse conseil payante (Gigaom Pro) et des conférences.

Il y a un an encore, Gigaom avait levé 8 millions de dollars. Un tour de table qui devait l'aider à continuer son développement après le départ de son fondateur pour le fonds True Ventures. Alors que s'est-il passé ?  Et quelles leçons pour les autres médias numériques ? Il y a plusieurs hypothèses:

-  La qualité ne paye peut-être pas tant que ça : Gigaom privilégiait les articles réfléchis aux titres accrocheurs et aux modes. Mais son audience était à la traine comparé à Techcrunch, Business Insider et Mashable, champions de la course au clic.

- Le marché était saturé : les grands médias américains comme le Wall Street Journal et le New York Times ont considérablement étoffé leur couverture de sujets tech, rendant plus difficile la pertinence de ces blogs devenus adultes, qui comblaient jadis les angles morts.  

- Monter un média est difficile : Gigaom ne voulait pas devenir dépendant de la pression publicitaire et pariait sur un modèle de revenus par abonnement pour des services pros et l'organisation d'événements. Les événements étaient rentables mais la vente d'études n'a pas eu le succès tout à fait espérer. Autre problème : monter une conférence est aussi une source de distraction. Or c'est le modèle qui porte aujourd'hui Recode, un nouveau et puissant acteur des médias sur les tech, lancé par des anciens du Wall Street Journal. 

- Le modèle du capital-risque n'est peut-être pas celui qu'il faut pour les médias : Gigaom a cramé près de 25 millions de dollars en dix ans. Aujourd'hui Buzzfeed, Vox ont aussi fait appel au capital-risque. Mais les médias mettent au moins 10 ans à réussir et ne connaissent pas ces croissances fulgurantes qui distinguent les startup chéries par les VC. A moins de se compromettre un peu... 

Jusqu'ici, la direction de Gigaom n'a pas donné d'explication officielle sur ce brutal épilogue, que beaucoup de journalistes en interne n'ont même pas vu venir. Elle promet d'éclairer un petit événement qui a pris le monde numérique par surprise et qui pourrait avoir d'autres conséquences sur le secteur : au mieux un renforcement de médias existants qui vont recruter des journalistes d'exception désormais sur le marché, au pire le début d'un ménage de printemps sur le marché des médias en ligne...
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