Le XXIème siècle sera-t-il chinois ?

Le site chinois de e-commerce Alibaba (Crédit photo: Leon Lee via Flickr/CC)

Je ne suis pas le premier à m'interroger sur le futur du XXIème siècle. J'aborde cette semaine une question bateau – le XXIème siècle sera-t-il chinois ? Je reconnais volontiers qu’on peut prévoir la montée chinoise, mais ce qui m’intéresse c’est la réaction que cela peut entraîner.

 

D’abord quelques faits:

  • Alibaba, la puissante entreprise chinoise d’e-commerce, vient d’annoncer son intention d’entrer à la Bourse de New York.

  • C’est une des trois géantes chinoises de l’internet, elle vaut plus que Facebook, Amazon ou eBay explique le New York Times.

  • Les services qu’elle offre correspondent à Amazon (avec Tmall) + eBay (avec  Taobao) + Paypal (avec Alipay).

  • L’an dernier, la valeur des marchandises vendues sur ses sites a dépassé celles d’Amazon et d’eBay réunies. Ses marges de profit sont supérieures en raison du coût réduit de la plupart de ses opérations.

  • Elle est active en Russie, en Grande Bretagne et au Brésil et s’apprête à se lancer aux États-Unis avec 11Main.com.

  • C'est un exemple de ce qu’après s’être imposées en Chine, qui sera bientôt le plus gros marché du monde dans à peu près tous les domaines, les grosses entreprises chinoises s’étendent à l’extérieur.

 

Le e-commerce ne suffit pas pour dominer le monde mais dans ces cas, il ne s'agit pas de marchandises.

Le blog Focus Campus de Jean-Claude Lewandowski explique que, début avril, la Chine a fait une entrée en force dans le domaine des MOOCs, ces cours en ligne "massivement ouverts". L’initiative revient à l’université Jiao-Tong de Shanghaiqui en réunit 18 autres dont les meilleures de Bejing et de Hong Kong. Pour le moment on y trouve surtout des cours de maths, de médecine chinoise traditionnelle et même les principes de Sun Tzu appliqués au management. Pour attirer les étrangers, certains cours comporteront des sous-titres en anglais.

Il ne s’agit donc pas seulement de puissance commerciale mais de puissance intellectuelle tournée vers l’extérieur.

 

Cela ne suffit toujours pas pour constituer une puissance hégémonique mais j’ai lu avec beaucoup d’intérêt un article de KishoreMahbubani, ancien diplomate singapourien et directeur de la Lee KuanYewSchool of Public Policy de son pays. Dans un article publié début avril il avance des arguments qui pèsent lourd :

  • L’économie chinoise (comme celle de l’Inde) était plus grande que les économies occidentales jusqu’en 1820. Elle devrait rattraper celle des Etats-Unis en 2019 et sa part du GDP (Gross Domestic Product) global pourrait-être 2,5 fois celle des Etats-Unis en 2030 (elle était un dixième de cette dernière en 1980).

  • La taille de l’économie n’est pas tout, réplique Michael Beckley de Tufts University à Mahbubani, mais, selon ce dernier, « Un leadership fort est peut-être le plus grand avantage concurrentiel de la Chine. »

  • Sans oublier que près de 100 millions de Chinois sortent chaque année du pays (et reviennent).

  • En bref, il estime que la domination européenne puis nord-américaine des XIXème et XXème siècles ne sont que des « aberrations historiques ».

 

Nous savons cela depuis longtemps mais c’est en train d’arriver sous nos yeux et que le moment est venu d’en prendre conscience… et de passer à a la question de ce qui découle de la constatation de l’éclosion chinoises.

Beaucoup de gens se demandent en effet si c’est grave et s’il faut avoir peur. Ça n’est pas ma position. A côté de leurs apports indiscutables, les horreurs et les défauts des dominations européennes et américaine invitent à comprendre que c’est la notion de modèle et les tentatives pour l’imposer qui sont insupportables.

En fait, nous nous dirigeons vers un monde dont le centre se trouve en Asie (où Mahbubani souligne la montée parallèle de l’Inde et de l’Indonésie). - Je n’y vois pas un problème - Et vers un monde chaque fois plus multipolaire. C’est ça qu’il faut préserver. Et je crois que nous pouvons tous y contribuer. Les Européens comme les autres, à condition, sans doute, de rester ensemble.




Chaque semaine, Francis Pisani chronique les évolutions et révolutions de la société numérique dans l'Atelier des médias. C'est notre vigie à l'affût des nouveautés, des frémissements, des évolutions de nos usages qui indiquent que les médias (au sens large) sont en train de changer d'ère. Depuis 2013, Francis publie également des chroniques dans La Tribune et l'Opinion.



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