Sur France Inter, à J'ai mes sources, on causait presse en ligne ce matin. Les chiffres...? Ils ne sont pas brillants, peu lisibles, confirmant l'idée que le business model idéal n'est pas trouvé sur ce créneau, si jamais il en existe un. Mais l'erreur d'analyse -entendue en fait en boucle dans les médias en général- est quasiment une question "d'histoire de la presse" et influence du "micro buzz parisianiste". Quelques cadors lancent des projets sur internet en arrivant après tout le monde? Pas grave, ils monopolisent le débat, trustent les conférences, se citent les uns les autres, font le buzz... Et on arrive bientôt à résumer toute la presse en ligne et ses enjeux, à leur seule existence! Effarant. Ceci en mettant de côté tout respect pour chacun de ces sites, leur sincérité et leur volonté (bien compréhensibles) de se faire une place, devenir des leaders et des références, proposer leur parole et leur vision du monde.Mais la vérité est que leur "fixette" légitime sur leur propre cause et leur défi, prend échos chez des commentateurs et experts médias, eux-mêmes peu au fait d'une presse en ligne qu'ils découvrent sur le tard. Bref, on reste en vase clos, on se regarde le bout des pieds. Alors qu'il faut prendre un peu de hauteur, voire la frise temporelle à plus grande échelle.Des sites de "presse en ligne" pure players, il en existe depuis les origines du web, et qui ont survécu jusqu'ici : Clubic (créé en 1997), AuFéminin.com (créé en 1999), PC INpact (créé en 2003), etc. Pour se mettre totalement à jour, je conseille de lire par exemple le dernier OJD des sites internet : on y voit aussi des gens comme Caradisiac (né en 2000), Evene (né un an plus tôt)... A compléter par le listing des membres du Geste (Groupe des Editeurs de Services en Ligne). Plutôt que focaliser sur les nouveaux players qui marchent mal ou pas, pourquoi ne pas (aussi) parler de tous ceux-là? Et de comparer, voir les points communs, les schémas mutualisables, etc. Voire aussi des groupes de presse en ligne qui se sont parfois créés et pèsent sur le marché. Comme le groupe JDNet (Benchmark Group en fait) ou le groupe CNet Networks (passé sous pavillon CBS depuis peu). On le voit, il y a matière... Et le paysage est bien étoffé qu'on ne le croit.Ce matin, on invitait l'un des 4 projets qui donnent le "la" en ce moment, qu'on entend en boucle (Rue89, Mediapart, Bakchich et Slate), mais aussi Causeur.fr, moins repéré lui, il est vrai.Revue de quelques incohérence repérées justement ce matin sur ces ondes, et entendues ailleurs depuis un moment :- la tentation du portail : "On a des baraques de frites. On a intérêt à faire plutôt des gros MacDo..." disait N. Beau de Bakchcih. C'est l'idée de la création de portail commun, à plusieurs petites marques. On revient donc en arrière... dans la notion du portail généraliste née au début des années 2000 et qui est morte toute seule. On réinvente l'eau tiède... et pire, l'eau tiède qui marche pas! Le lecteur ne peut pas être gardé prisonnier dans un environnement web délimité. La présence en ligne est désormais éclatée, parcellisée, mobile aussi et sur plusieurs terminaux. Comme la lecture. En revanche, on passe à côté d'un besoin majeur : la pertinence et la subjectivité. Pour attirer un lecteur sur internet comme ailleurs, il faut lui servir quelque chose d'original, de pertinent et d'impertinent. Le phénomène n'est pas nouveau, il a débuté... dans les grottes à la préhistoire! Un beau dessin était regardé par le clan... un moche et un vide de sens, non.- la fidélisation individuelle impossible : "L'internaute en moyenne regarde 4 pages par mois..." disait aussi N. Beau, soulignant le peu de temps consacré à la lecture sur le web. C'est vrai sans doute, mais pourquoi fixer cet internaute unique et volage? C'est l'ensemble qu'il faut voir. Un site aujourd'hui parle à la planète entière; c'est à dire à un instant "t" à l'ensemble des personnes de par le monde parlant en français! Ca fait du monde, et c'est même une des premières communautés de fait que celle linguistique. C'est un axe de réflexion développé par mon ami et confrère Jean-Pierre : la difficulté de la presse à comprendre cette ouverture "hors frontière", le fait qu'un site n'est pas limité à un pays géographique. Et de fait en découle l'inadaptation éditoriale des projets à répondre à leurs attentes, trop "franco français" qu'ils restent...- l'efficacité auditée : Pour E. Levy, ce qui perturbe c'est le "calcul du retour direct, pouvoir évaluer le nombre de clics sur une pub, voire le nombre de personnes qui achètent une bagnole à la fin!", notait la responsable de Causeur. Hé oui, c'est ainsi, sur le web on peut mesurer, suivre. C'est donc la fin des discours pipo les bains et des chiffres sur-gonflés. La fin du monde pour autant? Non, et c'est même peut être l'opportunité de travailler différemment pour les équipes commerciales et de pub. Ne plus vendre au kilo mais dans la finesse, tout en entrant aussi dans cette culture web de la "présence en ligne élargie"; hors de son site. De nouveaux produits et approches à inventer? Sans doute. De la formation pour adapter les commerciaux comme les journalistes? Certainement.- l'appel aux riches financeurs : on entend cela depuis un moment, comme à chaque période où l'économie flanche... Si on a plus de pognon dans l'hexagone, vite, cherchons des émirs, des nouveaux riches russes, des magnats américains! Pardi, les fameux mécènes à gros chéquiers! Mais quoi de nouveau là-dedans? C'est ainsi que la presse française se finance depuis ses origines! Et c'est aussi un vrai problème, de relations putatives entre presse et grands industriels, médias et grands argentiers. Si les projets web espèrent simplement un peu de répit à coup de chèques épais, c'est une grosse erreur. D'abord parce qu'il y en a moins (= crise mondiale), ensuite parce que la question de l'indépendance reste la même, encore plus sur le web. Si un patron financeur peut imposer une ligne éditoriale à coup de ciseaux dans du papier, comment contrôler un site web communautaire avec de ch'tits contributeurs libres de leur plume?
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