Le sacrifice d’Aline Sitoe Diatta

La Fondation Konrad Adenauer de Dakar et le Mouvement citoyen ont tenu à célébrer la journée internationale de la femme de leur manière. Et de quelle manière ? En retraçant, à travers une pièce théâtrale, l’histoire d’une héroïne de la résistance au joug colonial, Aline Sitoe Diatta, de la région casamançaise.

Lorsque j’ai reçu l’invitation de cette rencontre et que j’ai lu le nom Aline Sitoe Diatta, je me suis dit que je dois tout faire pour y assister. Cela, parce que j’ai souvent entendu ce nom sans savoir réellement ce que représente la personnalité. C’est d’ailleurs le nom donné à la cité des filles de l’Université de Dakar. Donc il fallait que j’aie un peu plus d’information sur elle. J’avoue que je n’ai pas été déçu d’avoir fait le déplacement. Même si j’y suis arrivé en retard, indépendamment de ma volonté, j’ai pu comprendre quelque chose de l’histoire de cette grande dame, de l’histoire de la résistance au Sénégal.

Il s’agit d’une pièce théâtrale montée par une troupe du nom de Totok (vocable Diola -une ethnie du Sénégal- qui signifie ça suffit). Quand j’arrive, la troupe est déjà sur scène. Trois acteurs dont l’un, apparemment messager de l’héroïne, Aline Sitoe Diatta, parle du sacrifice que cette dernière recommande aux villageois inquiets de leurs récoltes. Le sacrifice : un bœuf à égorger mais pas par n’importe qui. Ils doivent d’abord égorger un coq rouge et le laisser se débattre jusqu’à ce qu’il perde complètement la vie sous les pieds de quelqu’un. Et c’est ce dernier qui devrait égorger le bœuf qui sera ensuite exposé pendant trois jours. Selon le message de la reine, ce bœuf ne sera pas touché par des mouches pendant ces trois jours et de surcroit, à l’issue des trois jours la viande sera aussi fraiche comme si le bœuf venait d’être égorgé. Quel miracle ! En effet la reine avait un don mystique. Mais les villageois avaient une autre préoccupation, celle de la participation à l’effort de guerre et la taxe réclamées par l’administration coloniale. Ils posent donc la question au messager. C’est ainsi que Aline Sitoe Diatta rentre en scène.

D’un ton sec elle répond : « refusez de payer cette taxe et cette participation à l’effort de guerre qui nous sont imposées par les colons à leur seul profit » et elle conclu « partez ». Le message n’est pas tombé dans des oreilles de sourds. Je ne vais pas vous raconter toute la pièce parce qu’elle est longue mais retenez que l’héroïne à pousser son peuple à ne pas se soumettre à l’autorité coloniale. Autorité qui a eu du mal à digérer ce défi surtout venant d’une femme, comme l’a dit le commandant blanc de la pièce lorsque compte-rendu lui a été fait à propos du refus des villageois de collaborer sur la question des taxes et autres qu’ils trouvent injustes. Ordre fut donné par le commandant d’arrêter Aline Sitoe Diatta et de mettre hors d’état de nuire toute personne qui voudrait résister à cette arrestation, c'est-à-dire marcher sur le village si les habitants, en principe non armés (qui n’ont, du moins, pas d’armes à feu), se posaient en obstacle.

Pour sauver son peuple des canons des colons, Aline Sitoe Diatta a accepté de se livrer à eux tout en demandant à son peuple, qui était prêt à résister, de ne rien faire. Elle a, par cet acte, sauver son peuple du désastre de la colère de l’administration coloniale qui était prêt à tout pour imposer sa loi. Aline Sitoe Diatta fut jugée et condamnée hors du Sénégal. Elle mourut loin de sa patrie. C’est ce que j’appelle le sacrifice d’Aline Sitoe Diatta qui a résisté non pas par les armes mais en proférant des messages de paix. Elle a disparu depuis des années mais aujourd’hui on parle d’elle à l’occasion de la journée mondiale de la femme comme pour dire qu’il n’y a pas eu que des hommes qui ont résisté à la colonisation ; les femmes aussi y ont joué un grand rôle.     

 

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